L’islam au centre du débat ?

par Gérard Leclerc

jeudi 24 septembre 2020

© Barbara Castello / Godong

Jean-Luc Mélenchon, qui se prépare à la candidature à la présidence de la République, met en garde Emmanuel Macron : «  Nous avons eu trois siècles de guerres de Religion. Il ne faut pas mettre le doigt là-dedans, il ne faut pas ranimer ça, si peu que ce soit…  » Qui n’acquiescerait à une déclaration de paix civile pour notre pays et qui ne désirerait que nos compatriotes musulmans s’intègrent dans le cadre commun, le plus fraternel possible ?

La difficulté, c’est que le danger «  séparatiste  » contre lequel une loi doit être élaborée, n’est pas un fantasme né dans la tête de quelques extrémistes. Ainsi que le déclarait Rémi Brague au Figaro du 18 septembre dernier : «  La République a créé des “territoires perdus”, par négligence, mépris, cynisme, etc. Ce sont aujourd’hui des gens qui se réclament de l’islam qui veulent se les approprier pour y vivre selon des règles à eux. Ils recyclent à une minuscule échelle la vieille distinction entre “maison de l’islam” et “maison de guerre”, le monde païen appelé à se soumettre.  »

Un défi considérable

Les politiques ne peuvent esquiver cette analyse émanant d’un universitaire, spécialiste reconnu de la pensée musulmane. Nous ne sommes pas dans la polémique, mais dans la connaissance d’un sujet qui requiert la compétence nécessaire. Par ailleurs, dire qu’il y a un problème particulier à l’islam, ce n’est pas condamner tous les musulmans à rester prisonniers dans une impasse théorique et pratique. Rémi Brague montre comment, à travers l’histoire, les politiques ont souvent pris le dessus sur la loi ciselée par des juristes religieux raffinés. C’est donc qu’il y aurait une difficulté majeure à appliquer ce qu’on appelle la charia sur le terrain. Il n’empêche qu’en période de surchauffe idéologique et de difficultés d’intégration sociale, l’État se trouve face à un défi considérable, dont on s’étonne que Jean-Luc Mélenchon ne veuille pas prendre conscience. Il ne s’agit, en aucun cas d’attiser on ne sait quelle guerre religieuse, comme au XVIe siècle. D’ailleurs le déchirement de la chrétienté d’alors ne correspond pas à une stricte querelle doctrinale. Elle est de nature politico-religieuse et elle ne pouvait trouver de solutions hors de la séparation du spirituel et du temporel.

Ambivalence de la laïcité

Une distinction que refuse catégoriquement l’islamisme. Et c’est en quoi consiste son propre séparatisme, non seulement rebelle, mais ennemi de la laïcité. Cette laïcité dont on se réclame à cor et à cri, ne saurait résoudre toutes les difficultés. Émile Poulat a montré qu’elle était avant tout de nature prudentielle et qu’il était périlleux de lui donner un contenu philosophique trop général, au risque d’en faire une autre religion. Reste à espérer que si le débat politique se concentre sur le danger de séparatisme, il s’éclaire des analyses les plus pertinentes et débouche sur un accord raisonnable. 

Messages

  • Le sujet est on ne peut sensible pour les politiques et les religieux eux mêmes.

    Politique tout d’abord, car "les séparatismes" au sein de la Res Publica ont créé des clivages inter générationnels indéniables dans le corps religieux et dans le corps sociétal lui même.

    - En voulant ignorer le fait religieux pendant si longtemps, taxé de superstition, de passéisme, d’ignorance au fait culturel, on a sans vouloir le faire exacerbé les sensibilités entre français.

    Il était pédant jusqu’à peu de qualifier les assemblées de fidèles musulmans de gens raisonnés sinon de sujets dépassés ou incultes.

    Quelle imprudence !

    - En souhaitant régler les difficultés sociales par le prisme étriqué des solutions économiques exclusives, on a obtenu le contraire de ce qu’on cherchait.

    - Disjoindre le rapport civique de l’homme au travail de celui du praticien héritier de croyances personnelles, selon la méthode jadis appliquée chez les chrétiens, gens du dimanche et gens de semaine n’a fait qu’envenimer le constat…

    Etrange en effet de penser que la question politique et religieuse doivent se pratiquer en dichotomie première et sans rapport entre eux, comme les deux lobes d’un cœur physique disposés à faire fonctionner le corps humain en autarcie suffisante ;

    Ancien aumônier de prison pendant plus de dix ans, j’avais compris que le retour à la vie normale après toute peine était pour tout citoyen d’origine musulmane possible si le sujet admettait que l’insertion sociale était vitale pour chacun et lui éviterait la récidive et la prison à nouveau si les rapports humains ne vérifiaient la réinsertion dans un tissu religieux d’accompagnement.

    Cette allergie pour les religions entretenue trop souvent par des réseaux hostiles ou des gens qualifiés de laiques, convenez d’une ignorance endémique pour toute connaissance religieuse des sujets de la république, ne porterait aucune adhésion, sinon le maintien dans l’ignorance ou le mépris chez ceux qui la pratiquaient sciemment, et ceux qui la refusaient consciemment.

    - Les religieux n’étant ni des demeurés et les laiques des gens cultes de naissance, le défi qui nous attend désormais c’est de réviser nos canons des certitudes et de porter une voix au dialogue inter personnel et inter générationnel dont souffrent bien des familles religieuses et politiques du moment.
    Je sais que en l’état je ne sais pas ; je sais que je ne puis savoir sans le chercher, je sais encore qu’à tout âge de la vie, je dois savoir et revoir ma sidération qui ne me donne aucun bénéfice sinon celui
    du doute de mes assurances sans risque !

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