L’icône copte, l’art des chrétiens du Nil

par Marie-Gabrielle Leblanc

samedi 3 mars 2018

L’icône copte, l’art des chrétiens du NiL’icône byzantine gréco-russe sur bois, très connue en France, n’est qu’une voie particulièrement illustre et prestigieuse de l’art de l’icône, mais il existe beaucoup d’autres styles d’icônes, non byzantins : icônes coptes d’Égypte, éthiopiennes, arabes, arméniennes, sur verre en Roumanie et Pologne...

Il est également peu connu en France que l’art chrétien est né en Égypte dès le IIe siècle, parallèlement à l’art des catacombes de Rome. En effet l’Égypte est un des tout premiers pays chrétiens au monde, dès le IIe siècle ils étaient déjà majoritaires dans le pays, malgré la persécution romaine. Les Coptes sont les inventeurs du monachisme chrétien avec saint Antoine le Grand au IVe siècle.

Aujourd’hui les chrétiens d’Égypte, contrairement à certains chiffres fallacieux donnés par le gouvernement égyptien, ne sont pas 6 millions mais 15 millions, soit 17% de la population égyptienne. Parallèlement au renouveau spectaculaire de l’Église copte depuis 1960, malgré la persécution islamique, on assiste depuis un demi-siècle à la renaissance de l’icône copte. Au patriarcat copte-orthodoxe du Caire, à l’ombre de la cathédrale Saint-Marc, Isaac Fanous (1919-2007), père de ce renouveau, a fondé le Centre d’Art Copte Contemporain. Presque tous les iconographes actuels sont ses disciples, Armia (Jérémie) El Katcha, Ayman Adeib, Evelin Adel, Adel Berty, Emad Bibawi, Ashraf Fayek, Martha Ghaly, Mary Guirguis, Nancy Mikaël, Hany Saweres, Delia Sobhi, Elia Youssef et tant d’autres.

Il les poussait à exprimer leur propre talent, mais on reconnaît « le style Fanous », la marque de l’« école fanousienne ». Ils ont décoré de nombreuses églises à travers l’Égypte, en France (église copte de Chatenay-Malabry) et aux États Unis. Son but fut de ressusciter la peinture d’icônes en Égypte, en un style ni byzantin ni occidentalisé. Il a forgé un style original, creuset de la peinture antique du temps des pharaons, des admirables portraits funéraires « du Fayoum » (Égypte romaine) et de l’icône copte ancienne, mais avec une touche résolument du XXe et XXIe siècle.

La géométrie de l’icône copte commence avec le cercle de l’auréole, au centre de laquelle passe la croix : c’est la forme parfaite et divine qui est la mesure de tout le corps. C’est tout-à-fait en accord avec la spiritualité des Coptes qui vivent une véritable amitié au quotidien avec le Christ et les saints. La technique byzantine, à l’inverse, divise l’icône en carrés. Fanous se flatte qu’aucune influence byzantine n’a approché son atelier. L’art copte est un art de pauvres : pas de couronnes, peu de feuille d’or et de lapis-lazuli. La composition de l’icône copte a une charpente géométrique forte, et une fausse naïveté très savante. C’est aussi un art moins austère que l’icône byzantine : des couleurs éclatantes, des notes d’humour (l’âne de la Sainte Famille a toujours des expressions inénarrables), une possibilité d’innovation sans être prisonnier de la tradition.

La Fuite en Égypte est le sujet copte par excellence. Elle s’appelle ici « Entrée de Notre Seigneur en Égypte », car c’est une fête liturgique importante du calendrier copte, le 1er juin. D’autres icônes représentent le voyage de la Sainte Famille sur le Nil ou le Retour d’Égypte, avec l’Enfant Jésus âgé de six ans guidant ses parents. Les saints préférés des Coptes figurent en bonne place : Georges, Ménas et ses chameaux, les Pères du désert comme saint Antoine le Grand, père des moines d’Orient et d’Occident, ou saint Paul de Thèbes le premier ermite, et son corbeau. Et aussi saint Marc, évangélisateur de l’Égypte, avec son lion, et Jonas, très aimé des Coptes. Fanous a peint les fresques de la crypte de la cathédrale Saint-Marc du Caire, où est vénéré le corps de l’évangéliste, rendu par Paul VI et par Venise en 1968.

Les icônes fourmillent d’allusions à la liturgie copte, à l’Égypte ancienne ou populaire. Certaines sont cernées d’un cartouche comme les hiéroglyphes. Sur l’icône de la Nativité figurent les trois rois, car les orthodoxes, dans leur calendrier, fêtent l’Adoration des mages le jour de Noël. L’icône des Noces de Cana représente les époux couronnés et têtes jointes comme dans la liturgie du mariage copte. A la Multiplication des pains, ceux-ci sont des pains eucharistiques orthodoxes. Les anges sont revêtus de l’étole rouge drapée comme les diacres coptes. Les 4 poissons dans le Jourdain au Baptême du Christ, ou dans le Nil pour la Fuite en Égypte, symbolisent les 4 évangélistes. L’ibis du dieu Thot accueille la Sainte Famille entrant en Égypte, au nom des dieux révolus de l’Antiquité égyptienne.

Isaac Fanous disait « Ma technique et mon système symbolique sont anciens, mais ma "grammaire" est moderne. Il y a une continuité de l’art égyptien de l’Antiquité à l’art copte. Il ne faut pas se complaire dans le passé comme on le fait dans les pays islamiques, c’est un facteur de déclin. » Pour les iconographes coptes, à la suite de Fanous, l’inovation est tout-à-fait autorisée –contrairement à l’iconographie byzantine- du moment qu’elle est conforme au dogme chrétien.

Fanous est l’inventeur de l’« ombre lumineuse » dégagée par les personnages saints. Les personnages négatifs, au contraire, projettent une ombre noire. Le blanc de la tunique sacerdotale du Christ et son manteau rouge sont les couleurs symboliques de la Haute et de la Basse Égypte dans l’Antiquité, reprises dans les deux nappes, écarlate et blanche, qui recouvrent les autels coptes.

L’icône copte est l’incarnation de la Lumière. »


Photo d’Isaac Fanous. © John Pole.


Du 23 mars au 7 avril 2018 à la librairie 49 rue Gay-Lussac 75005 Paris.

Exposition d’icônes coptes modernes (vernissage le vendredi 23 mars de 16 h à 19 h) avec une causerie du professeur Ashraf Alexandre Sadek, égyptologue, - « La religion de l’Egypte ancienne a ouvert la voie au christianisme » - dédicace de ses livres.

Présence de Marie-Gabrielle Leblanc, historienne d’art.

Durant toute la quinzaine de nombreux et beaux livres sur l’Égypte à toutes les périodes de son histoire seront en rayons.

Marie-Gabrielle Leblanc sera également présente à la librairie pour vous expliquer les particularités des icônes coptes, le mercredi 28 mars, de 16 h à 19 h.

En partenariat avec Le Monde copte https://www.lemondecopte.com/styled/

http://www.lesvoyagesduprofesseur.com/

Messages

  • Un immense merci pour cet article qui traverse, comme une bouffée d’espérance et d’air pur, le mur de la littérature polluante déversée à profusion et tous les jours par des media spécialisés.

    Ouvrir, ici à travers l’art de l’icône, les yeux et le coeur sur les Coptes d’Egypte ces frères en Christ longtemps ignorés, ne peut qu’enrichir notre apprentissage à transformer notre regard et, par là, anoblir notre comportement envers une actualité où les épreuves, au lieu de les abattre, grandissent les enfants de Dieu.

    Ce billet sans artifices offre un temps de silencieuse communion dans un monde ivre du tumulte de violences indécemment étalées. Une traversée sereine dans une felouque au fil de l’eau avec les chrétiens du Nil...

  • Recevez tous les compliments d’un prêtre diocésain pour votre bel article, traversé par le souffle de la beauté que vous décrivez.

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