L’humble liturgie du mercredi des cendres

par Gérard Leclerc

mercredi 18 février 2015

Décidément, j’aime beaucoup le mercredi des cendres, qui est bien la plus discrète de nos liturgies. Je l’ai déjà expliqué en essayant de rendre compte de ce congé que donnent à la vie de travail ceux qui prennent le chemin de l’église, pour recevoir sur le front le signe de la plus stricte humilité. Dans les discussions actuelles sur le fait religieux, c’est par une description de ce geste que je procèderais pour donner une idée de ce qu’est l’ordre spirituel, c’est à dire selon Pascal, l’ordre de la charité. La disposition première requise pour y accéder, c’est l’humilité, dont l’étymologie nous renvoie justement à l’humus, au sol terrestre. C’est le dépouillement intérieur qui dispose à l’ouverture à l’appel divin. Nous sommes aux antipodes du prométhéisme orgueilleux.

Cette humilité est reconnaissance non seulement de notre précarité, mais aussi de notre péché. Le carême est une longue marche de purification où nous nous reconnaissons en attente de l’Unique qui nous apporte le Salut et donc le pardon. Se reconnaître pécheur c’est aussi se reconnaître impuissant à s’assurer soi seul du bonheur. C’est tout attendre du don le plus gratuit. Dans les termes savants de la théologie, on parle de pélagianisme pour désigner cette maladie de l’âme qui consiste dans un sentiment d’autosuffisance.

Voilà qui va singulièrement contre une mentalité assez commune, qui s’identifie avec l’humanisme athée ou la croyance en une religion de l’humanité, apte à nous offrir, aux forceps, le bonheur ici-bas. Il y a quelques jours, j’ai fait mention du livre de Bernard Maris sur Houellebecq économiste. Avec le destin tragique de son auteur, il prend l’allure et la saveur d’un testament spirituel, dont la profondeur et la véracité me saisissent. Que nous dit-il ? Qu’il ne faut pas se méprendre sur la prétendue science économique : « Car il n’y a pas de science économique, il y a de la souffrance masquée sous de l’offre et de la demande ; autrement dit de la poésie et de la compassion laminées par le talon de fer du marché… » Cette poésie et cette compassion sont à mon sens révélées en vérité dans l’humble liturgie du mercredi des cendres.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 18 février 2015.

Messages

  • Vos lignes sur le mercredi des cendres me sont tombées sous les yeux, tôt, ce matin. Je vous avouerais que je ne les ai pas lues, je n’ai pu que m’arrêter parfois sur une phrase, y réfléchir, puis la reprendre, sur un mot, et y revenir. Et c’est ainsi que j’ai atteint la fin de votre article.

    J’ai écrit "article". Mais pour moi, il y contient tant de mots qui incitent à la méditation. J’ai dit, pour moi. Oui, veuillez excuser cette confidence : vos lignes sur le mercredi des cendres ont pour moi valeur de méditation.

    Merci.

  • Oui, "le carême est une longue marche de purification" pour nous.
    Ce n’est pas du luxe !

  • Mettre en opposition la religion et le marché, c’est absurde !

    Réfléchissez-y bien : c’est Dieu qui a créé le marché et c’est l’homme qui a inventé l’économie réglementée. Et c’est dans cette dernière que les queues dans les magasins sont toujours les plus longues.

    Le marché est une donnée de la Genèse : tu gagneras ton pain à la sueur de ton front et non en nationalisant les boulangeries...

    • Où est donc "l’opposition" ? Il me semble que nous ne sommes pas sur la même longueur d’ondes.

      Etant incapable, qu’on veuille bien m’en excuser, d’entrer dans un débat théologique sur l’économie, je me dois quand même de me rendre compte qu’il n’est pas question de boulangeries dans la Genèse...et encore moins de leur nationalisation.

      Message peut-être intéressant mais qui dépasse ma petite compréhension

      "L’homme ne se nourrit pas seulement de pain...".
      Y avons-nous pensé ?

      (Quant au pain cuit sous les cendres, rien de meilleur !)

    • @ Gemayel : CQFD, vous dites exactement ce que je veux montrer.

      La nationalisation des boulangeries n’est pas prévue dans la Bible (Dieu merci !) mais elle serait plutôt bien vue par MM. Leclerc et feu Bernard Maris qui laissent entendre qu’il y aurait finalement un lien entre les Ecritures et l’économie administrée.

      L’homme ne vit pas SEULEMENT que de pain mais quand on en a pas ou mal ou peu...on ne vit plus.

    • @ Olmac

      Tant mieux si ma réponse a été "CQFD" comme vous l’écrivez. Vous avez parfaitement raison, la nationalisation des boulangeries n’est pas prévue dans la Bible" et je dois dire que j’ai trouvé ce petit jeu de ping-pong à coups de boules de farine plutôt amusant. Toutefois, vous semblez oublier qu’"en ce temps-là" , ainsi que commencent les évangiles, il n’y avait pas de boulangeries à nationaliser car chacun faisait son pain maison, sans levain, le pain "azyme" (si vous connaissez la signification de ce mot). J’aime beaucoup ce pain (mais pas industrialisé) et quand j’étais très jeune Madame Abram, la maman d’ami(es) de mes parents, me réservait toujours mon joli paquet lorsqu’elle faisait ce pain, une fois l’an, si je m’en souviens. C’était il y a longtemps, et ces personnes étaient chouettes, bien respectueux de tout le monde et à l’esprit très ouvert. C’était l’beau temps...

      Mais plus sérieusement, j’avoue ne pas pouvoir vous suivre sur la question de Leclerc et feu Bernard Maris car je n’ai pas lu leurs opinions. Mais il est vrai que lorsqu’on n’a pas de pain, ou peu, comme vous dites, "on ne vit plus". Aussi, certaines méchantes langues (étaient-ce celles, entre d’autres, de ceux qui ont fait travailler à plein rendement la guillotine et qui ont fini par y aller à leur tour pour certains d’entre eux), oui, on a raconté que le peuple s’étant plaint du manque de pain à Marie-Antoinette elle aurait répondu : "Qu’ils mangent alors des biscuits"...La reine de France, avait certainement des défauts, mais je ne pense pas du tout qu’elle était sotte au point de sortir cette histoire de "biscuits" de ses jupons. Enfin, chacun est libre d’y croire ou pas. Je vous avouerais que j’ai toujours eu pour ce couple royal beaucoup de tendresse. Mais, je m’égare....

      J’ai bien l’impression qu’il y aurait un ou plusieurs intervenants qui pourraient répondre à votre message au sujet de Leclerc et Bernard Maris, et ce serait bien car cela alimenterait un peu plus les connaissances de celles et ceux qui, comme moi, seraient comme déroutés ou en retard sur ce sujet. L’économie, tiens donc, quelle actualité brûlante ! Comme sous la cendre...

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