L’homme est-il un loup pour la femme ?

par Gérard Leclerc

mardi 26 novembre 2019

Manifestation samedi 23 novembre à Paris contre les violences sexistes et sexuelles.
CC by-nd Jeanne Menjoulet

Qui oserait dire qu’il était contre la manifestation de samedi ? Qui oserait prétendre que la lutte contre les violences conjugales et surtout ce qu’on appelle désormais le « féminicide » est illégitime ? Personne, bien sûr ! Que des dizaines de milliers de femmes et d’hommes se soient mobilisés pour crier dans la rue : « Stop féminicide », « Pas une de plus », comment ne pas s’en féliciter à l’instar de Marlène Schiappa, organisatrice, de son côté, d’un Grenelle contre les violences conjugales : « Cette mobilisation est émouvante et positive car elle alerte l’ensemble de la société sur la nécessité d’agir. » Donc, il devrait y avoir unanimité morale sur le sujet, de celles qui provoquent ces consensus permettant de voter au Parlement des lois supérieures aux fractionnements idéologiques.

Pourtant, il y a derrière ces unanimités et ces consensus, des réserves qui tiennent non à la nécessité de protéger les femmes en grave danger mais à des différences philosophiques. La simple notion de féminisme fait difficulté, car il n’y a pas qu’une seule manière de défendre la cause des femmes, et les féministes militantes se divisent en tendance parfois férocement opposées. Simone de Beauvoir, l’auteur ultra-célèbre et ultra-célébrée du Deuxième sexe a suscité et suscite toujours la contradiction, telle celle d’une jeune intellectuelle comme Eugénie Bastié qui refuse de se laisser enfermer dans la lutte des sexes.

C’est dire que la cause des femmes ne saurait se réduire aux slogans que l’on a entendus samedi, du style « État coupable, justice complice » ou encore « À bas le patriarcat ». Les soubassements anthropologiques des rapports homme-femme nous renvoient à des débats vieux comme l’humanité. Faut-il envisager notre condition sous le seul aspect de la lutte ? L’homme est-il un loup pour l’homme ? Ou plutôt l’homme est-il un loup pour la femme ? Oui, il peut l’être, mais il est aussi autre chose : « Visage de dieu, visage de loup ». L’aspect violent se doit d’être bridé par tous les moyens adéquats qui ne sont pas forcément tout-puissants. L’aspect visage de dieu est peut-être un peu oublié en ce moment, car s’il est bon qu’un Grenelle contre les violences conjugales ait lieu, il y a aussi fondamentalement ce qu’on appelle bêtement amour conjugal qui se devrait d’être valorisé.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 26 novembre 2019.

Messages

  • Le sujet est difficile, complexe et mal perçu.

    Faudra-t-il regretter le temps rêvé du couple d’antan sans ombre, sans douleur, et sensible de parents qui nous ont portés avec les règles conjugales du passé ?

    N’exagérons pas le paysage idyllique d’un modèle harmonieux.

    On ne peut cependant ignorer le nombre de ruptures conjugales, de divorces, ou de séparations dans des couples hors mariage, aujourd’hui.

    Le Pacs qui se voulait une réponse au mariage déficient de nos parents, connait les mêmes difficultés.
    Sa durée est fragile, précaire et douloureuse chez de jeunes "mariés" en souffrance…

    Il doit sans doute y avoir un vrai problème ou quelque sujet sociétal en délicatesse, pour constater ces faits qui déchirent l’harmonie d’une famille.

    De quelles origines proviendraient ces situations sans réponse convaincante pour les premiers concernés, les jeunes en apprentissage de vie conjugale ?

    Une éducation, une histoire familiale, un enchaînement de lois permissives qui font sauter les résistances et les barrières de protection des couples ?

    Un air du temps permissif et utopique dans l’intention des auteurs, de quérir les horizons superficiels d’une vie sans épreuve, sans contrainte, sans résistance ?

    La réponse demeure bien peu reconnue pour les acteurs de toute vie conjugale.

    L’expérience du couple pressée, spontanée, libre, étrangement libérée, mène à des douleurs affectives qui pèsent et mettent à mal de jeunes gens qui se découvrent peu ou prou préparés à la vivre sans un temps probatoire et de maturation.

    Verrons-nous un jour une réhabilitation des fiançailles par défaut après un cursus d’expériences passagères de couples en recherche de sens, pour leur union ?

    Tout est dans le possible aujourd’hui.
    Les modèles surannés deviennent des questions ouvertes en attente d’expérimentation.

    La vie dans un couple est désormais longue, bien plus longue que jadis, et les facilités d’une vieillesse en plus rendent ces rapports conjugaux bien plus complexes que jadis.

  • Je trouve que l’article pose une bonne question mais que la réponse est un peu trop....prudente !
    N’ayant pas de responsabilité éditoriale il m’est plus facile de dire ce que je pense :

    En tant qu’époux, père et grand-père aussi bien qu’en tant que médecin et en temps que catholique, je commence à connaître un peu la vie et j’avoue être plus que lassé de cette campagne d’opinion, véritable "carpet-bombing" médiatique, associatif ,politique etc etc.. qui tend, depuis des lustres, à nous faire croire que l’humanité serait divisée en deux camps : les gentils à savoir les femmes et les méchants à savoir les hommes !.....
    Il y a dans le coeur de chaque homme et de chaque femme, je crois, une part de bonté et une part de perversité mais celles-ci ne s’expriment pas de la même façon !...voilà tout !

    Les violences physiques étant d’avantage fréquentes chez les hommes c’est fort probable ( quoiqu’il y aurait environ 100 000 hommes battus en France qui ne portent jamais plainte et dont on ne parle jamais) mais Quid des violences psychologiques ? Celles qui ne font jamais l’objet d’un certificat médical ni de plainte au commissariat ? Alors là je ne suis pas du tout certain que les hommes arrivent en tête ! Et pourtant ces dernières peuvent amener au suicide un conjoint, délaissé, trompé, moqué, humilié, etc etc
    On parle des féminicides odieux et indéfendables bien entendu mais ceux ci sont spectaculaires et
    médiatisés car commis par arme à feu, coups violents ou arme blanche.
    Mais n’existerait-il pas de "maricides" ? Or on sait depuis la nuit des temps que le mode opératoire le plus fréquent des épouses criminelles est le poison ; celui-ci est beaucoup plus discret et passe inaperçu dans la majorité des cas (pour peu que le mari soit un peu malade ou âgé).

    Pour finir sur une note un peu "théologique" il me semble bien que le péché originel a, hélas, frappé les hommes et les femmes et non les seuls hommes ! (Notre Seigneur et Notre Dame exceptés)
    Alors, s’il vous plaît, mesdames les militantes, un peu d’équité, de calme et de raison !!

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