Le Pape au Japon

L’hommage aux martyrs

par Aymeric Pourbaix

mercredi 27 novembre 2019

Le martyre de Paul Miki S.J., Jacob Kisai S.J., John Goto S.J
CC by-sa : Wellcome

Dans la mémoire contemporaine, la ville de Nagasaki constitue avec Hiroshima le symbole du désastre absolu, de l’apocalypse nucléaire qui fit capituler le Japon et mit un terme à la guerre du Pacifique en 1945. Mais c’est aussi, bien avant cette catastrophe, un lieu fondateur pour la foi catholique au Japon.

Sur cette colline en effet, 26 catholiques dont le séminariste Paul Miki furent crucifiés, à la fin du XVIe siècle. Soit moins de cinquante ans après le passage de saint François-Xavier, missionnaire exceptionnel qui avait converti plus de mille personnes en deux ans. Ils seront devenus plus de 200 000 en 1587…

C’est donc là, sur cette colline des croix, que s’enracine «  l’ADN  » de l’église au Japon, comme l’a déclaré le pape François lors de son voyage dans ce pays, du 23 au 26 novembre. Un ADN marqué par une politique de persécution religieuse très violente, et que le film de Scorsese, Silence, a contribué à faire connaître.

On peut se représenter, aujourd’hui, l’impact de ces exécutions du bout du monde sur toute la chrétienté, et jusqu’à l’Europe – au point que ces martyrs furent béatifiés en trente ans, un délai exceptionnel pour l’époque – en pensant à celles des Coptes décapités sur la plage par Daesh, en 2015.

La même année, juste avant les attentats islamistes de novembre sur le sol français, Martin Steffens avait écrit un petit essai percutant, intitulé Rien que l’amour : repères pour le martyre qui vient (éd. Salvator). Ou comment continuer à aimer dans un monde de plus en plus violent, du fait de cette «  Troisième Guerre mondiale par morceaux  » dont parle le Pape.

C’est que finalement les martyrs d’hier et d’aujourd’hui renvoient à une question essentielle : quel est notre propre ADN, celui de la France, et comment le faisons-nous vivre pour que ce ne soit pas qu’une glorieuse relique ?

Martyre du quotidien

La réponse donnée par l’Église est sans ambiguïté : le martyre fait partie de l’ADN du chrétien. Pas nécessairement jusqu’au sang, mais dans le don de soi, de sa vie, de sa réputation parfois, en endurant la calomnie… Dans la persévérance et la cohérence de vie aussi, contre ce que la psychologie moderne nomme la «  dissonance cognitive  » – tension entre les idées et le comportement. Ou simplement dans ce «  martyre du service quotidien  » dont a parlé le Souverain pontife.

Pour en retrouver l’élan, sans doute faut-il réentendre aujourd’hui cette rude interpellation de saint François-Xavier, dans sa lettre à saint Ignace : «  Bien souvent, il me prend envie de descendre vers les universités d’Europe, spécialement celle de Paris, et de crier à pleine voix (…) : “Combien d’âmes manquent la gloire du ciel et tombent en enfer à cause de votre négligence !”  »

Messages

  • On ne peut qu’être attentif à la visite du pape jésuite originel à l’université Sophia de Tokyo, entre compagnons de Jésus aujourd’hui.
    /
    Un message explicite du pape François qui définit les règles de "la maison commune" dans un pays économiquement puissant, où des souffrances humaines gangrènent la psychologie de la population.

    A ses frères religieux le pape demande de garder l’âme jésuite de François Xavier pour les plus fragiles de la société, le souci de la formation des cadres du pays pour les nouveaux défis sociétaux du moment, la protection de toute vie même âgée, les questions militaires, l’usage maitrisé de l’atome civil et le devoir d’éviter les accidents du passé déjà survenus autour de centrales en service.

    En cette université privée catholique et jésuite, véritable étoile de l’Orient qui réunit des centaines de chercheurs et de professeurs venus du monde entier, parmi des milliers d’étudiants en formation, François parle aux siens et leur rappelle leur mission à dimension universelle, de l’éthique chrétienne de la vie et de la survie des humanités.

    Un siècle de présence jésuite continue, une université qui fait autorité dans le pays, une sélection des meilleurs pour des défis exceptionnels, un rappel à l’intuition Xavière de servir et d’in-culturer la présence jésuite dans la tradition bouddhiste et l’exister oriental et japonais, d’une civilisation ancienne, un désir de rejoindre les défis nationaux d’un pays émancipé, évolué et faisant référence en Orient…

    Un jésuite irlandais présent dans ce pays depuis cinquante ans rappelle que tout prosélytisme religieux, déclaré illégitime, il est possible d’être au Japon un témoin de la foi chrétienne reconnu par une nation singulière, ouverte et curieuse de toute rencontre avec les étrangers..

    On semblerait réentendre Francisco de javier à quelques siècles d’histoire passée, réitérer son souci de la mission dans cet autre monde, ce monde autre, avec l’humilité de l’intelligence au service d’un peuple différent.

    On devinait la présence jésuite en Orient, on les découvre enracinés et actifs dans la science et la conscience d’une mission souveraine de la foi que l’on ne peut qu’admirer et vouloir imiter en occident, en peine et en souffrance parfois aujourd’hui…

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