L’heure du courage

par Gérard Leclerc

jeudi 4 janvier 2018

Le sondage qu’a publié hier La Croix sur les questions de procréation et de fin de vie paraît sans appel. Ainsi que l’écrit Guillaume Goubert, directeur du quotidien : « Les personnes interrogées dans ce sondage se déclarent en majorité favorables à la levée de l’interdiction des techniques de procréation médicalement assistées (PMA) pour les couples de femmes et les femmes seules. Même souhait d’ouverture s’agissant de l’euthanasie ou du suicide assisté et même de la gestation pour autrui (GPA). » Ce dernier point est particulièrement significatif sur l’évolution des mentalités, car la gestation pour autrui entraînait jusqu’alors les plus fortes réticences eu égard à la marchandisation du corps des femmes – des mères porteuses – qu’elle implique. Il semble que cet obstacle moral a littéralement explosé en un laps de temps très réduit.

Une autre caractéristique de ce sondage est l’alignement de l’opinion des catholiques sur les tendances aujourd’hui majoritaires, même s’il demeure quelques différences significatives. Tout se passe, en effet, comme si l’ensemble de la population française participait d’une culture commune, celle qui est la plus couramment portée par les médias et qui correspond à l’esprit du temps. On qualifie cette culture par l’individualisme et le refus de toute souffrance, notamment morale. Il est insupportable de ne pas pouvoir accéder à la paternité ou à la maternité en vertu de sa condition physique sexuée.

Ce n’est pas en quelques mots rapides que l’on peut porter un jugement sur ces phénomènes de société. Il faudra prendre son temps pour faire participer le plus large public possible à une réflexion profonde sur les enjeux d’une révolution bioéthique qui entre dans une phase accélérée. La tentation pourrait être celle du défaitisme. À quoi bon lutter contre des évolutions qui semblent programmées d’avance. Mais justement, c’est lorsque tout paraît perdu d’avance que se décide la Résistance de ceux qui ne plient pas devant le diktat. Sans compter qu’il y a une assez jolie contradiction à se réclamer de l’individualisme pour mieux se rallier à la loi du troupeau. Les enjeux sont trop graves pour baisser les bras. Une bataille difficile s’annonce qui réclame rigueur de l’analyse, familiarité avec les enjeux anthropologiques et courage pour être égal à la grande cause qui est celle de notre humanité même.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 janvier 2018.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Je suis très choqué que ce soit un journal catholique qui ait lancé un vaste sondage sur ces questions qui précisément, ne relèvent pas du sondage mais du dialogue. Que n’importe quel autre média entreprenne ce type de recherche sociologique, je peux le comprendre, mais la voix spécifique de l’Eglise ne consiste-t-elle pas, précisément, à rappeler que le recours au suffrage ne peut jamais valoir pour certaines décisions, qu’une distinction des champs s’impose ? 99% des Français seraient favorables à l’esclavage que cela ne ferait pas de l’esclavage un heureux "choix de société". Quant au sondage, ses ambiguités sont bien connues et à elle seules, en dehors de toutes considérations éthiques, elles devaient interdire cette méthode. Derrière sa prétendue neutralité scientifique, le petit questionnaire réalise de facto une puissante distorsion de la réalité, il modifie son objet d’étude ; ici plus que jamais la prudence était de mise. La curiosité, la volonté de savoir, de "sonder" était la pire conseillère - il fallait impérativement laisser passer le temps du dialogue et de la réflexion. Les chiffres tombés, offerts en primeur au gouvernement par le grand quotidien de l’Eglise de France compromet d’emblée ce qui devait se présenter comme un débat : dans une démocratie, lorsque la majorité a parlé, le choix est fait. Nous pouvons maintenant considérer l’affaire comme pliée et nous atteler à autre chose. La rédaction de la Croix, sur le ton professionnel qu’on lui connaît, va pouvoir distribuer ses conseils de communication à l’épiscopat et surtout, aux catholiques "de la base" ; on nous enjoindra d’agir raisonnablement, je suppose. Arrêter de lire la Croix me paraîtrait le plus judicieux.

  • Mais les catholiques entendent tous les jours une propagande les conditonnant et sans magistère clair, baissent les bras et ne savent plus où est la Vérité.
    Tout un ensemble fait que nous capitulons.
    Ai lieu de faire des commentaires" littéraires" des textes bibliques où sont les prêches clairs qui aident à garder et la foi et le discernement ?. Aujourd’hui trop de lénifiantes homélies trop de vagues "dissertations". J’en viens à penser que la meilleure façon de perdre sinon la foi du moins la fidélité à ce qui fait le christianisme c’est de ne pas mettre les pieds à l’église...

  • Bien d’accord avec Hervouet ! le grand quotidien qui fait référence dans le monde catholique français devrait réfléchir à changer de nom, car, visiblement, il n’aime pas ce qui est signe de contradiction avec le monde, du moins avec le politiquement correct dont il s’accomode très bien...Il va être très intéressant d’observer si, du côté du Magistère, et d’abord de l’Episcopat français, la pensée et les mots qui la traduisent seront clairs et dénués du subjectivisme qui semble avoir le vent en poupe depuis quelques temps....Au train où vont les choses, la GPA pourrait être justifiée par des clercs au nom du bon sentiment et ceux qui la condamneront pourraient bien être qualifiés de pharisiens...Comme le RP Ribes a défendu autrefois l’avortement dans les Etudes, il pourrait bien avoir un successeur qui justifiera PMA puis GPA, la première entraînant ipso facto la seconde.....
    Un peu de ciel bleu dans la grisaille : la nomination archiépiscopale de Mgr Aupetit !

  • Entièrement d’accord avec m Hervouet
    Je me suis désabonnée du journal lacroix car faisant trop souvent écho au politiquement correct et se permettant d’afficher clairement son opinion sur des sujets qui relèvent de la réflexion personnelle et faisant appel à la conscience de chacun .En l’occurrence j’ai lu un article tendancieux et particulièrement élogieux sur Simone Weil lors de l a commémoration de la loi sur l’avortement...J ’ai d’ailleurs écrit mon indignation devant leurs prises de position pour le progrès...et la liberté...
    Leur attitude est très grave en effet car ils sont là en tant qu’informateurs et se doivent d’ être avant tout objectifs et non d’être de parti-pris et avant tout populaires et ..."modernes",car ils empêchent de cette manière toute réflexion personnelle et mise en question.
    Le journal Lacroix ferait bien de réfléchir sur les conséquences néfastes de certains de leurs articles sur des personnes qui en font leur référence religieuse...
    Chacun sait que les sondages ne forment pas une science exacte...et que certains s’en servent pour influencer les personnes ; en user est d’autant plus coupable et n’apporte pas la solution à des décisions d’une telle gravité puisqu’il s’agit de la vie et de la mort.

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