L’événement des Bernardins

par Gérard Leclerc

mardi 10 avril 2018

L’événement qui s’est déroulé hier soir au Collège des Bernardins a dépassé tout ce qu’on pouvait en attendre et surtout en espérer. Dire qu’il fut d’une qualité exceptionnelle ne suffit pas, en effet, à le qualifier. Dès le commencement, il parut évident qu’il ne s’agissait pas d’une rencontre ordinaire. Les six personnes qui apportaient leurs témoignages lui donnaient une tonalité inusitée sur la scène publique. Nous étions dans ce que Pascal appelle l’ordre de la charité qui définit spécifiquement la mission de l’Église et la vocation de ses fidèles : « La charité ne passe jamais, nous dit saint Paul. Les prophéties ? Elles disparaîtront. Les langues ? Elles se tairont. La science ? Elle disparaîtra. » Pourtant, il y allait avoir ensuite, sinon des paroles prophétiques, du moins des propos d’une grande densité, mais ils ne pouvaient être soustraits au climat initial qui leur conférait une tonalité que l’on ne trouve pas ordinairement dans nos forums.

Le discours du président de la Conférence des évêques de France se distingua par sa clarté. On pourrait dire aussi par sa rigueur, si le terme signifie bien autre chose que la rigidité. Mgr Pontier a exprimé les graves soucis de l’Église catholique en matière anthropologique pour ce qui concerne les lois bioéthiques ; il les a associés à la question de l’accueil des migrants qui relève aussi de la charité, même si le président Macron a rappelé la notion de prudence, qui n’est pas ignorée des grands moralistes chrétiens. Ce qui est certain, c’est qu’accueillant le chef de l’État, Mgr Pontier n’entendait nullement procéder à un exercice de diplomatie. Il s’exprimait en toute vérité.

La réponse du président de la République était attendue. Pourquoi ne pas le dire, en dehors de toute préférence partisane ? Elle fut, d’un bout à l’autre, portée par une inspiration dont on cherchera en vain l’analogue dans l’histoire de la République française. Impossible en quelques phrases de rendre compte de son contenu, dont l’analyse précise réclamerait un très long commentaire. Simplement, d’un mot, on peut dire que pour Emmanuel Macron la séparation de l’Église et de l’État ne signifie nullement indifférence mutuelle entre les ordres. Encore moins l’invention d’une sorte de religion républicaine qui se substituerait à la religion chrétienne. Le Président entend susciter une compréhension mutuelle qui se traduit par un intérêt soutenu, de sa part, pour la spécificité intérieure du christianisme. Ce faisant, Emmanuel Macron se lançait dans un exercice inédit, dont il faut dire qu’il était d’une rare empathie. Une empathie qui provoque la colère des tenants d’une laïcité à l’ancienne mais qui doit susciter, de notre part, une réflexion de très longue haleine.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 10 avril 2018.

Messages

  • Je l’ai déjà dit ailleurs (https://www.france-catholique.fr/Emmanuel-Macron-aux-Bernardins.html), je n’arrive pas à accorder crédit aux propos de Macron adressés hier soir aux Bernardins.

    Croyait-il véritablement à ce qu’il a dit ?
    Le doute est permis, tant il y a eu de précédents contradictoires dans ses productions logorrhéiques (je me suis infligé, depuis sa candidature, de longues heures d’écoute pour me faire une opinion).

    L’avenir tranchera...

    Cependant, il sera trop tard et nombre de pots cassés ne pourront plus être recollés.

    PS L’empathie n’est pas la sympathie !
    Cela peut ne rester parfois qu’une technique, un système adaptatif qui, en se mettant au diapason de l’autre, peut amener celui-ci à adhérer plus sûrement aux opinions qu’on lui présente.

    Chez Macron c’est ce que j’appelle son côté caméléon indubitable.

  • Sans vouloir refroidir l’enthousiasme de M. Leclerc, très bon commentaire de Christine Boutin :
    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2018/04/christine-boutin-met-en-garde-les-catholiques-contre-le-discours-de-s%C3%A9duction-de-macron.html

    PRIONS POUR LA CONVERSION de M. Macron, et qu’enfin un président réalise - ll en a l’intelligence et la capacité - que le bien de la France n’est pas dans le contentement de la plupart des Français, mais bien dans la justice et la vérité telles qu’enseignées par l’Église Catholique.

  • Cher Gérard Leclerc, je salue votre enthousiasme...Pour ma part, je suis plus prudent vis à vis de l’homme
    du "en même temps".....Attendons donc des faits après avoir entendu le discours....

  • On peut espérer qu’il finira par penser ce qu’il a dit !

  • Bien vu Réginald de Coucy

    J’ajouterais ce qui suit.
    Macron est d’accord avec tout le monde... François Asselineau le lui a asséné lors de la campagne électorale présidentielle ; j’aurais eu la même attitude que François Asselineau.

    Parler aux Bernardins devant un parterre on ne peut plus "sélect"(?) en citant les couples homosexuels comme une banalité fait vraiment s’interroger sur le type de société dans laquelle nous nous enfonçons. Car, à terme, banaliser ainsi l’homosexualité est une voie vers la stérilité et la perdition, symboliquement et - réellement -. La recherche du même et non de l’autre pour ce qu’il ou elle est dans l’amour mutuel détruit les principes mêmes de la Vie, tout comme la destruction des défenses immunitaires dans un organisme ainsi désemparé.

    Cette prestation aux Bernardins de l’enfant des plus grandes fortunes nationales et internationales plus puissantes que les votes... a cherché à faire le grand écart, sous circonvolutions langagières, entre ce qui n’est pas compatible. C’est à dire ajuster l’attitude humaine des "lumières" (et tout ce qui s’en suivit dans l’histoire) avec ce que ces "lumières" ont détruit. En effet, la révolution aura chassé Dieu de la société en Le confinant dans la seule sphère privée. Celle-ci s’étiolant inexorablement faute de régénération extérieure à elle-même. Que restera-il ?
    Comme je le rappelle souvent : Jésus-Christ et Caïphe ne sont pas compatibles et ne le seront jamais quoiqu’en disent les discours les plus habiles, les dialectiques à bout d’arguments et de souffle. En attendant, je souhaite me tromper, mais c’est le triomphe de Caïphe qui continue...

    Un détail banal, mais révélateur comme partout où c’est le même cas. Il y avait sur la tribune des Bernardins les sempiternels "deux drapeaux" : le national et l’ "européen". Pourtant, on ne peut servir deux maîtres disent les Écritures, faut-il rappeler à tous ces docteurs de la Loi cette sagesse élémentaire ? L’Église est-elle d’accord pour servir deux maîtres ??

    Ne voit-on pas que l’ "Europe" est repoussée de partout ? Et ce n’est pas du tout nouveau. En Europe de l’Est avec au moins la Hongrie et la Pologne, en Angleterre, en Italie, aux Pays-Bas, en France ce pays où les "politiques" pratiquent la forfaiture, en 2005 la nette majorité de NON contre le traité de Lisbonne fit que cette majorité fut trahie par les "politiques" et beaucoup d’autres exemples.

    Avec cette intervention aux Bernardins, on voit que la France en ses institutions politiques ainsi que l’Église de France seront sans doute les dernières à admettre la caducité de cette "Europe" et tous ses cosmétiques démocratiques qui cachent la violence faite aux lois naturelles dans tous les domaines et leurs conséquences... Domination financière et domination tout court de l’Europe du Nord sur celle du Sud. Un affreux mélange infect de la bière et du vin...

    Et dans cet exemple, si le vin préfigure le sang du Christ, tout serait dit ??

  • La plus grande prudence s’impose. Un discours ne peut faire oublier le personnage, son parcours, ses actes, son langage double. Souvenons-nous ne serait-ce que des paroles de Monsieur Macron adressées à des enfants d’une classe de primaire au sujet de sa situation familiale,, leur imposant sa conception du mariage et de la famille (vidéo sur YouTube).
    Sérieusement, ne suivons pas le corbeau de la fable que je vous invite à relire et restons prudents !

    « Maître Renard, par l’odeur alléché, lui tint à peu près ce langage ... »

  • Entendu ce matin sur France info : Emmanuel Macron s’apprête à envoyer l’armée en Syrie , il s’entend d’abord avec les Américains.
    Ainsi, les chrétiens qui commencent à rentrer chez eux vont voir la paix s’éloigner et une reprise des bombardements . A qui les Occidentaux vont-ils confier le pouvoir pour une démocratie impossible ?

  • @ Gilberte
    C’est même plus grave que ça. Il s’agit d’une agression illégitime (Macron s’asseoit allègrement sur les résolutions du Conseil de Sécurité et sur le Droit international !) contre un gouvernement légitime.

    Les accusations contre Bachar El Assad ne tiennent pas la route. L’Histoire démontrera (c’est en partie réalisé) qu’il s’agissait de provocations et d’opérations "false flag" (montées par les djihadistes pseudo "modérés" et leurs alliés et sponsors...).

    Si quelqu’un est en train de "franchir la ligne rouge", c’est bien, en l’occurrence, Emmanuel et non Bachar !

    Rien même que l’idée de vouloir faire la guerre à la Syrie est une absurdité totale qui force à s’interroger sur l’équilibre mental des gens qui la soutiennent.

    Si guerre il doit, par malheur, y avoir, il faut que les va-t-en-guerre soient envoyés au front, en première ligne pour assumer leurs idées bellicistes.

    Macron, qui n’a jamais fait de service militaire, et qui semble aimer parader en uniforme, pourra trouver là une occasion de passer de la posture théâtrale sur la scène médiatique à la réalité tragique du combattant sous la mitraille et les gravats.

    Le Drian, cet ersatz de diplomate de sous-préfecture, qui appelle à la guerre, croit-il sérieusement que les Russes vont rester les bras croisés quand leurs soldats - légitimement engagés en Syrie, eux ! - vont se prendre sur la tronche des éclats de missiles français ?...

    On dit souvent que la guerre est chose trop sérieuse pour la confier à des miltaires. Soit. Mais de là à la confier à des clowns, il y a des marges à peut-être ne pas franchir...

  • Heureusement que quelques voix sages se font encore entendre (dans le désert des médias ?).

    Caroline Galactéros, Docteur en science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées (une experte, une vraie ; elle est compétente, c’est tout dire...), s’est exprimée sur les velléités guerrières des matamores excités qui encombrent les couloirs gouvernementaux.

    Elle nous dit pourquoi il ne faut pas "y aller".

    C’est ici (et c’est à diffuser largement, quand on est artisan de paix) :

    http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/04/10/31002-20180410ARTFIG00277-pourquoi-la-france-ne-doit-pas-s-associer-aux-frappes-en-syrie.php

  • La mère de Vincent Lambert vient d’écrire au Président lui demandant de sauver son fils que le docteur de l’hôpital a décider d’euthanasier c’est à dire mourir de faim et de soif alors qu’il n’est pas à la mort. On verra de quel côté se trouve Macron
    Au lieu de jouer les gros bras à l’étranger, il vaudrait mieux envoyer l’armée récupérer les zones de non-droit, zones où l’autorité de l’état ne s’exerce pas ; l’insécurité gagne partout et Macron veut s’imposer à l’extérieur. Comme pour les armes de destruction massive en Irak, les gaz au chlore en Syrie dont les Russes vont en faire rechercher l’origine nous couvriront de ridicule ou de cynisme

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