L’avenir du Saint-Siège

par Gérard Leclerc

jeudi 2 janvier 2020

Vue de la place Saint-Pierre.
© Antoine Mekary / Godong

À plusieurs reprises, et encore au dernier jour de l’année 2019, j’ai évoqué ce qu’on appelle la crise de l’Église, et je voudrais y revenir aujourd’hui, non sans m’interroger sur la situation actuelle du monde. Il serait, en effet, pour le moins singulier de considérer que c’est la seule Église qui se trouve chahutée et remise en cause, à l’intérieur d’un monde pacifique en pleine possession de lui-même. Il suffit de considérer notre seul pays, pour observer à quel point il est en proie à des convulsions qui ne sont pas seulement conjoncturelles. L’affaire des retraites n’est pas seulement liée à la difficulté d’une réforme, mais elle se rapporte à l’ensemble de notre système institutionnel et social dans ses équilibres majeurs. Il en va de même pour l’ensemble de l’Europe et de la plupart des régions du monde confrontées aux processus de la mondialisation. Nous sommes très loin de l’optimisme des années 90, lorsqu’on annonçait la fin de l’histoire chaotique d’hier à laquelle se substituerait une mondialisation heureuse.

Donc, on ne saurait dissocier le devenir de l’Église de celui de la planète en général, d’autant que l’Église catholique est elle-même vraiment devenue universelle et qu’elle vit au rythme de tous les continents. Si l’on parle, par exemple, de crise systémique de son gouvernement central, on doit en envisager toutes les causes qui ne tiennent pas forcément aux pesanteurs d’une curie difficilement réformable. Lorsqu’il s’agira de donner un successeur au pape François, la nature du collège cardinalice risque de poser de nouveaux problèmes avec l’extrême diversité de ses membres, beaucoup ne se connaissant que fort peu et n’étant guère familiarisés avec le fonctionnement de l’institution romaine. Ce n’était pas le cas avec un conclave dominé par les Européens et même les seuls Italiens. Faut-il de ce fait, songer à ce qu’on appelle la fin de la monarchie pontificale ? Ce n’est pas du tout mon sentiment, du moins si l’on est attaché à sa mission historique et moderne, laquelle ne cesse de se renouveler. On ne saurait se passer d’un gouvernement central, apte à se hausser au-dessus des continents et à arbitrer les conflits des uns et des autres. À lui de trouver les nouveaux moyens pour remplir sa mission, une crise systémique ne pouvant être pour lui, selon l’étymologie, que l’occasion d’un jugement salutaire.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 2 janvier 2020.

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