L’art de vivre

par Gérard Leclerc

mercredi 25 avril 2018

Le Figaro proposait hier à ses lecteurs un supplément consacré à l’art de vivre. Ce quotidien est souvent associé à une clientèle plutôt aisée, et l’on peut penser qu’un tel supplément lui convient particulièrement. Mais y a-t-il une vraie différence avec la clientèle du Monde, faite sans doute de plus de professions intellectuelles, universitaires notamment ? Le Monde a son supplément hebdomadaire du vendredi dont l’esthétique n’est pas si différente. Détail amusant : ce supplément du Monde s’appelle M, le nouveau supplément du Figaro s’intitule F. La profession de foi de F ne serait sûrement pas démentie par M : « Surprendre, satisfaire les attentes d’un lectorat exigeant et avisé, dont le goût avéré pour l’art de vivre – de vivre bien, de vivre toujours mieux – trouvera toutes les résonances possibles avec les sujets éligibles dans ce magazine. »

Il n’est pas étonnant que pour éclairer cette notion de savoir-vivre, F soit allé interroger le sociologue Gilles Lipovetsky. Celui-ci s’était fait connaître en 1983 par un essai brillantissime intitulé L’ère du vide, où il s’appliquait à définir la véritable révolution qui s’était produite dans les mentalités et dans les mœurs depuis les années soixante. L’ère de la consommation, qui a succédé aux périodes d’abstinence de la guerre a engendré un univers nouveau dont l’individualisme est le maître mot. La tendance s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui car les dynamiques de marchandisation vont de pair avec des conduites d’hyperindividualisation.

Voilà à mon sens une coordonnée qui avait échappé, lors du concile Vatican II, aux rédacteurs de Gaudium et spes, lorsqu’ils avaient tenté de définir le monde contemporain. Ils avaient plus tablé sur ses dynamismes collectifs, que sur ses tendances « décoordonnées, volatiles et nomades » décrites par Lipovetsky. Et cela n’avait pas été sans conséquences dans la crise consécutive au concile, avec l’effondrement de la pratique religieuse, en raison de cette déliaison sociale. La pastorale devrait en tenir compte, c’est urgent. Dans l’art de vivre de F, il n’y a pas une seule mention de la dimension religieuse. Pourtant nous ne saurions nous contenter d’un art de vivre indifférent à notre vocation profonde.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 25 avril 2018.

Messages

  • Le livre "un saint homme" d’Anne Wiazemsky décrit un prêtre après Vatican II enseignant les lettres et le latin en collège l’auteur est son ancienne élève et amie,.Il a très bien formé une écrivaine devenue célèbre mais parfaitement athée, ignorante de la religion, elle y décrit même un bien curieux baptême effectué par le prêtre
    Les valeurs professées par la gauche ou la droite tendent à n’être plus que des valeurs matérielles

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