2021

L’année de la force

par Aymeric Pourbaix

mercredi 6 janvier 2021

« Il est heureux que 2021 soit consacrée dans l’Église à la figure de saint Joseph »
© Robert Cheaib

Il faut croire que les temps d’épreuves ont ceci de bon qu’ils font surgir le meilleur. C’est le cas pour cette petite musique, entendue çà et là, appelant au courage et à la force, et que l’on trouve notamment chez le philosophe orthodoxe Bertrand Vergely. Dans son dernier ouvrage, La Vulnérabilité ou la force oubliée (éd. Le Passeur), ce dernier réhabilite en quelque sorte la vertu de force, contre le misérabilisme qui oublie d’affermir ce qui est faible, et contre la victimisation utilisée comme une arme pour prendre le pouvoir.

À sa manière, le curé de la basilique Notre-Dame de Nice, frappée par l’attentat sauvage du 29 octobre dernier, en est une illustration, lorsqu’il affirme que la mort «  nous remet dans le réel  » et qu’il existe un devoir de vérité vis-à-vis de l’islamisme : «  il faut arrêter de dire que ce n’est pas l’islam  », a-t-il déclaré à KTO.

Ravages de l’individualisme

En 1945 déjà, le philosophe chrétien Emmanuel Mounier [1], entrevoyait la nécessité de la force, entendue au sens de l’exigence pour obtenir le meilleur de chacun, afin de répondre aux ravages de l’individualisme, qui conduit au repli sur soi, à la peur de l’autre et du réel. Avec un regard visionnaire, il décrivait ainsi, dans l’Affrontement chrétien (Seuil), les conséquences de cet individualisme en matière religieuse : peur de l’Incarnation, du sensible en matière de liturgie, de la liberté, qui conduit l’âme à devenir «  spectatrice  » et le spirituel, désincarné. Utile point de vue pour analyser les conséquences des confinements en matière de culte… «  Est-ce là l’avant-garde de Daniel marchant contre la Bête ?  », interrogeait encore Mounier, avec des accents prophétiques à la Péguy ou Bernanos.

La force, concluait-il avec saint Thomas d’Aquin, «  bannit l’avarice [qui est] comme capable d’efféminer la vertu  » : elle est à l’inverse magnanime, généreuse, elle croit en la grandeur de la Création.

Saint Joseph, une âme forte

C’est pourquoi il est heureux que 2021 soit consacrée dans l’Église à la figure de saint Joseph. Car en dépit des représentations picturales le montrant vieux, à la personnalité affadie, voire effondrée et portant une fleur, il est une des figures chrétiennes majeures incarnant la force, ce qui n’exclut pas la douceur et la grande sensibilité chez celui dont on célèbre cette année les 150 ans de son patronat de l’Église universelle. C’est même une «  âme particulièrement forte  », note le grand auteur Jean Galot, qui a su trouver en Dieu les ressources spirituelles dans les épreuves. C’est pourquoi France Catholique a choisi de le mettre à l’honneur tout au long de cette année, à travers différentes rubriques que vous découvrirez dans nos prochaines éditions.

C’est tout le plaisir que je vous souhaite, avec mes meilleurs vœux à chacun, en notre compagnie !


[1Pour les 70 ans de sa mort, l’association des Amis d’Emmanuel Mounier organise un colloque avec l’Institut catholique de Lille le 26 janvier, sur le thème de la responsabilité.

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