Défense

«  L’âme est la source de l’héroïsme  »

propos recueillis par Guillaume Bonnet

mercredi 12 janvier 2022

Cérémonie aux Invalides en hommage aux 13 militaires tombés au Mali en décembre 2019.
© Anthony Thomas-Trophime

Le médecin en chef Nicolas Zeller est l’auteur de Corps et Âmes (éd. Tallandier) qui vient de remporter le prix Erwan Bergot 2021. Dans ce témoignage, issu de son expérience au sein des forces spéciales, il livre une analyse profonde des forces et des vulnérabilités du soldat français d’aujourd’hui.

Menaces turques, tensions en Ukraine, instabilité en mer de Chine… On parle du retour possible aux conflits de haute intensité. Le soldat français vous semble-t-il prêt ?

Nicolas Zeller : Il faut être prêt physiquement, moralement et intellectuellement, dans un équilibre subtil. Le corps, l’âme et l’esprit ! Rien ne sert de développer l’un au détriment des autres. Et ce sont l’âme et l’esprit, marginalisés dans le monde d’aujourd’hui, qui doivent retenir le plus l’attention. C’est difficile, à l’heure des diktats du corps et du bien-être. Quelles que soient la difficulté et l’intensité des combats de demain, à la fin c’est un être humain avec ses forces et ses faiblesses qui sera au cœur des affrontements.

Le militaire français bénéficie aujourd’hui de moyens technologiques de plus en plus perfectionnés, et pourtant il présente des vulnérabilités nouvelles…
Le jeune combattant est un jeune d’aujourd’hui. C’est rassurant et parfois plus troublant. Cette jeunesse n’a pas peur de s’engager. Si demain il faut sauver le monde, elle partira ! Elle est par ailleurs imprégnée de technologie, ce qui sera très certainement une force si elle apprend à la maîtriser. Mais elle est parfois plus vulnérable, pleine de paradoxes. La technologie peut la rendre pauvre dans ses relations, dans ses réflexions, dans sa capacité à prendre du recul par rapport au monde.

Elle a par ailleurs du mal avec la fidélité dans l’adversité. Cela l’effraye. Son rapport à la performance en est la conséquence : pour se rassurer, elle veut effacer toute forme de doute et d’hésitation, dans un monde qui aspire à tout contrôler.

Au travers du livre, on comprend que le militaire français souffre de déracinement. Il lui manque un socle…

Le métier des armes nous fait côtoyer la mort à un âge où, en principe, on se projette dans la vie. Cela n’a rien à voir avec la mort d’une personne plus âgée au terme d’une vie pleine et entière. Dans cet instant de la rencontre avec la mort, le soldat est seul. Il lui faut donc des repères. Les traditions, la hiérarchie militaire, la fraternité d’arme sont autant de bases sur lesquelles il peut reposer ses interrogations. Encore faut-il les transmettre et les recevoir.

(…)

Vous utilisez le mot «  âme  » dans votre titre : quelle place lui donnez-vous au sein des armées d’une République laïque ?

L’âme est la part la plus intime de nous-même, la plus sensible aussi, qui nous permet d’aimer et de créer. Elle nous relie à une transcendance consubstantielle à l’homme quoi qu’on en dise. Pour un militaire je crois qu’elle est la source de l’héroïsme. Elle fusionne l’action et la réflexion. Les armées d’une République disposent de soldats dont le métier est d’approcher la question de la mort. Or dans l’instant suspendu entre la vie et la mort, la question de la transcendance apparaît au grand jour. Le fait spirituel est une réalité de la guerre. Le nier, c’est amputer l’âme d’un soldat de son identité propre.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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