Sécheresse spirituelle

«  L’acédie, mal de notre époque »

propos recueillis par Émilie Pourbaix

mercredi 12 mai 2021

« En se complaisant dans l’indifférence vis-à-vis de Dieu, le chrétien s’écarte de toute vie spirituelle. »

Assimilée à la paresse – un des sept péchés capitaux – l’acédie désigne un désamour de Dieu. Formée en philosophie à l’Institut catholique de Paris et au coaching, Alexandra Puppinck Bortoli est l’auteur d’un récent livre sur l’acédie.
Elle est coach et enseigne le coaching à HEC et à l’École française de coaching.

Pourquoi parler de l’acédie aujourd’hui ?

Alexandra Puppinck Bortoli : C’est au cours de mes études de philosophie que j’ai découvert l’acédie. Je ne me doutais pas de l’étendue et de l’actualité du sujet. Cette notion est aujourd’hui oubliée mais ses effets sont bien présents dans nos vies et cela à notre insu. À l’origine, l’acédie faisait partie des péchés capitaux. Puis elle a été remplacée par la tristesse, et enfin par la paresse. En l’occurence une paresse spirituelle, qui peut aller jusqu’au dégoût des choses de Dieu.

L’acédie se manifeste par l’indifférence et le manque de soin apporté à sa vie spirituelle. C’est l’oubli de l’âme ! Comme nous n’avons plus le désir de Dieu, nous lui tournons le dos. C’est en cela que c’est un péché. On s’ennuie dans la prière et on trouve habilement de bonnes excuses pour faire autre chose. Une véritable crise de foi et de doutes ! Le démon de l’acédie n’attaque pas que les moines ou les ermites, il nous concerne tous.

Y a-t-il des symptômes de l’acédie propres à notre époque ?

L’acédie prend, au travers du temps, les couleurs de son époque. En croisant l’étude sur l’acédie et mon activité de coach, j’ai observé un saisissant parallèle. Nous partageons les mêmes symptômes que les ermites des déserts d’Orient ou les moines, décrits par les Anciens. L’acédie nous jette dans un incompréhensible activisme ou une insondable lassitude qui mènent inévitablement à un sentiment d’errance et de perte de sens. Sentiments que nous connaissons bien aujourd’hui. Cette perte de sens ne serait-elle pas plus profondément, une acédie qui s’ignore ?

Pour Évagre le Pontique, l’acédie plonge le moine dans une agitation qui le pousse à vouloir quitter sa cellule. Pour le laïc cela revient à quitter ses engagements, son mariage, ses amis, son travail… À quoi bon ? Agité, il veut déménager, voyager, fuir… Comme le moine à l’étroit dans sa cellule, il se sent à l’étroit dans sa vie, s’imaginant que l’herbe est bien plus verte ailleurs ! L’acédiaque s’agite pour fuir le vide de sa vie intérieure privée de spiritualité, qu’il remplit par une hyper-consommation.

Le saint moine Jean Cassien (IVe-Ve siècle) ajoute à ces symptômes l’instabilité, le papillonnage, la curiosité, le bavardage… qui nous rappellent le zapping et l’usage incontrôlé des réseaux sociaux.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

— 

Le mal à l’âme. L’acédie, de la mélancolie à la joie,
Alexandra Puppinck Bortoli, Cerf, 2021, 216 pages, 18 €.

Messages

  • Voir un chapitre consacré à l’acedie dans le livre du cardinal Sarah Le soir approche et déjà le le jour baisse

  • Le propos est bien présent aujourd’hui.
    Dans le doute qui enserre la pandémie et ses effets psychiques sur l’individu, quel que soit son origine, ses convictions personnelles, le profil professionnel de sa vie.
    Douter de la sorte que toutes les vérités acquises du progrès à l’infini de l’homme, de son savoir et de ses pouvoirs ont pu être contrariés par un virus mortifère si longtemps et encore sans doute pour longtemps, oblige à se poser des questions universelles.
    Dans le doute on s’abstiendra de la sorte d’engager sa vie sur un chemin de foi et de confiance.
    Dans ce même doute on choisira les solutions de rechange ou de remplacement, tel celle de la drogue, de la cocaine pour les plus lotis, qui donnent une substantielle illusion de l’oubli, du dépassement et du rêve.
    Dans le doute il y aura mieux à penser que de penser par soi même son destin, sa vie et celle des autres.
    La fiction et l’imaginaire laisseront libre cours à la rêverie qui vous emporte vers des mondes meilleurs, les meilleurs ou les pires.
    La nostalgie d’un passé utopique donnera le sens d’une tradition d’hier qui prévaudrait au réel d’aujourd’hui pour les générations suivantes.
    Se bercer de la sorte d’illusoire laissera libre cours à des solutions de remplacement, qui n’existent que dans le virtuel et laissent le souvenir amer de l’angoisse personnelle.
    L’acédie devenue anxiogène alimentera les cabinets médicaux des mal êtres, des maux de l’être, des salles de relaxation zen, et du yoga, ces médications orientales qui se substituent à la prière occidentale, et à la lecture spirituelle des auteurs chrétiens oubliés, ou relégués par défaut à la vie monastique.
    Le monde qui est nôtre appelle au sursaut moral, spirituel, individuel, quel que soit l’horizon de notre éducation première.
    On ne se sauvera par des expédients exogènes, sinon en faisant pour tout un chacun le chemin en marche intérieure d’un retour à soi.
    Lisons augustin d’Hippone, Pascal, et bien des penseurs chrétiens qui nous parlent de l’Eternel et de nous mêmes.
    Faisons à notre tour ce retournement intérieur difficile et douloureux, dans un environnement où la responsabilité vient d’ailleurs, et la faute n’est jamais personnelle !

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