L’accélération de l’histoire

par Gérard Leclerc

vendredi 18 mai 2012

Plusieurs livres paraissent sur la campagne présidentielle qui vient de s’achever. En m’emparant de l’un d’entre eux, je suis partagé entre deux sentiments. Les journalistes sont bien les historiens du présent, et ce que Daniel Halévy appelait l’accélération de l’histoire rend peut-être plus impérative encore l’écriture immédiate de ce qui vient de se passer. Mais cela provoque l’impression que c’en est déjà fini de cette période intense où les passions se sont exacerbées. Fallait-il donc se dresser camp contre camp avec pareille énergie, indignations contre indignations, quand tout commande aujourd’hui de passer à autre chose. Je ne sous-estime nullement les convictions des uns et des autres et les enjeux que j’ai moi-même tenté de mieux mettre en lumière. Mais, il faut d ’urgence se mobiliser sur autre chose, car la situation presse.

On l’a bien vu avec ce départ rapide du tout nouveau président pour Berlin. L’Europe va mal, la Grèce, dit-on, est au bord du dépôt de bilan. Il n’est plus temps d’épiloguer sur la campagne passée, même s’il va falloir se mobiliser à fond pour les législatives. Et François Hollande a repris des mains de Nicolas Sarkozy les dossiers en cours qu’il lui faudra traiter et qui concernent des situations objectives qui réclament des réponses pratiques. L’ancien et le nouveau pouvaient bien se réclamer de valeurs différentes, il ne se distingueront vraiment que dans l’action effective avec des décisions susceptibles de changer la donne et d’améliorer la situation économique. Passer des intentions aux responsabilités, c’est toute la difficulté pour un homme qui n’a jamais gouverné, qui en est toujours resté à l’expression d’une ligne idéologique et aux arbitrages entre tendances et éléphants dans le même parti.

L’exemple d’Obama, a-t-on répété, montre que l’absence de pratique gouvernementale n’est pas rédhibitoire. C’est vrai, et François Hollande va pouvoir enfin révéler ses talents de dirigeant d’un pays. On sait qu’il a reçu les félicitations de Benoît XVI, assorties d’une bénédiction apostolique. On ne sait comment ce laïque conséquent a reçu cette dernière, mais on souhaite que le rappel par le Saint-Père des principes qui devraient éclairer son action, dont le respect de la vie, lui permettront de réfléchir utilement.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 17 mai 2012.

Messages

  • Voilà une péroraison éloquente, l’air de rien ; elle est comme un retour aux "passions exacerbées" dans la campagne électorale et dénoncées plus haut, et très loin des problèmes économiques et sociaux urgents invoqués, évoqués, dans le corps de l’article. "In cauda venenum" disait-on autrefois. Histoire immobile plutôt qu’"accélération"

  • J’ajoute à propos du communiqué suivant, de la FSSPX, pauvre Jeanne, toujours sur-utilisée, et pauvre Péguy, d’affiches "moyenâgeuses" en pélerinages. Chacun devrait relire l’article de Gerd Krumeich dans le Monde du 9 janvier dernier (quand l’un dénonçait l’autre pour récupération indue, et réciproquement), sur le caractère catholique, donc universel de Jeanne, Jeanne qu’on englue dans nos querelles.

  • Bonjour,

    Ce n’est pas l’histoire qui s’accélère, mais le sentiment d’angoisse qui monte en intensité devant l’incertitude de l’avenir et la perte de force morale...

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.