L’abbé Franz Stock

par Gérard Leclerc

mardi 27 février 2018

Un événement s’est déroulé à Chartres, il y a trois jours, dont l’écho a été beaucoup trop faible eu égard à son importance hautement symbolique. Il s’agissait, en effet, de la célébration du soixante-dixième anniversaire du décès de l’abbé Franz Stock, un prêtre allemand qui, sous l’Occupation à Paris, accompagna des centaines de prisonniers sur le lieu de leur exécution. C’est ainsi qu’il assista Honoré d’Estienne d’Orves, celui-ci recevant à genoux la bénédiction du prêtre avant d’être fusillé avec ses compagnons. À l’heure où le sacerdoce est souvent sali, il est salutaire de méditer sur une telle figure qui incarna jusqu’à l’extrême héroïsme la compassion dont il était le ministre. Il eut droit, après la guerre, à la reconnaissance de nombreuses familles de résistants, qui dans la tragédie, avaient pu reconnaître la grâce du sacerdoce. Dans les circonstances de la guerre, un Allemand fut ainsi le signe que l’appartenance à l’Église du Christ dépassait les pires conflits et surtout les haines inexpiables de l’époque.

Mais l’abbé Franz Stock ne devait pas en rester là. Fait prisonnier au moment de la Libération en tant qu’Allemand, il bénéficia d’une autorisation qui lui permit de fonder et de diriger ce qu’on appela le Séminaire des barbelés. En effet, des centaines de séminaristes allemands, eux-mêmes soldats prisonniers, furent regroupés dans un camp, auprès de Chartres, pour se préparer au sacerdoce. Le futur pape Jean XXIII, qui était alors nonce à Paris, protégea le Séminaire des barbelés et lui rendit visite. Pour lui, ce séminaire était l’honneur de l’Église de France et de l’Église d’Allemagne. Mais Franz Stock devait mourir à l’âge de 44 ans. Comment ne pas honorer une telle mémoire ? Joseph Folliet, ce bon journaliste catholique, a pu écrire de lui : « Je crois qu’il n’existe que de rares destinées chrétiennes qui témoignent de l’universalité de l’Église et de la Paix du Christ, d’une façon aussi permanente et durable que celle de Franz Stock. »

Sa cause de béatification est en route. Un hommage lui a donc été rendu samedi à Chartres dans l’église Saint-Jean-Baptiste-de-Rechèvres où se trouve sa tombe. Mgr Jacques Perrier, lui-même ancien évêque de Chartres, est très attaché à celui dont il a écrit la vie, a évoqué sa mémoire, entouré d’une foule de fidèles qui savaient que Franz Stock est une des plus belles figures de l’Église au XXe siècle.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 27 février 2018.

Messages

  • Dans la même categorie mais beaucoup moins connu le père Alfred Stanke aumonier allemand de la prison de Bourges

  • Le « franciscain de Bourges » ? Qui donna lieu à un film du même nom ?

  • "Le franciscain de Bourges" film, sauf erreur, porté à l’écran par Claude Autant-Lara en 1966 ou 1967 avec Hardy Krüger dans le rôle principal (Père Alfred Stanke) D’après le livre de Marc Toledano. Hardy Krüger qu’on a pu voir aussi dans "Un taxi pour Tobrouk).

  • La béatification de Franz Stock ferait un beau pendant - lourd de symbole - à l’élévation sur les autels de Maximilien Kolbe, autre figure du dévouement altruiste au risque de sa propre vie au coeur d’une situation violente de guerre.

    En revanche, la perspective évoquée dans la rubrique voisine "pour aller plus loin" ("Sainteté et politique") d’une béatification de Robert Schuman me révulse au plus haut point. Et je sais que je ne suis pas le seul...

    Schuman, vieux routier de la politique n’a cessé de tremper dans des affaires troubles.
    Allemand de naissance, soldat du Kaiser (administration territoriale) durant la première guerre mondiale, devenu Français par les effets mécaniques du Traité de Versailles, il applaudira aux accords de Munich puis, député depuis plus de vingt ans, votera les pleins pouvoirs à Pétain !...
    Il reprend, comme si de rien n’était, sa carrière politique sous la IVe et profite, avec son complice Monnet, de la mise à l’écart du général De Gaulle pour engager - sans consultation démocratique - la France dans un processus supranational de construction fédérale européenne.

    Tout ceci opéré en catimini, sans aucunement rechercher l’accord des Français (qui ne penchaient pas dans cette direction). (*)
    On est très loin des personnalités lumineuses de Stock et de Kolbe !
    La béatification ne saurait être dévoyée sans risque...

    * en catimini, un peu comme cette "Déclaration de 1950", dite "de Schuman", qui figure sur tous nos chèques ! Une très forte loupe permet de révéler que les traits sont constitués de caractères microscopiques qui reprennent ce texte qui a fait basculer, toujours en catimini, les Français dans l’engrenage de ce qui est aujourd’hui l’U.E.
    Étonnant, non ?

  • Ayant évoqué, de mémoire, "Le franciscain de Bourges", de Claude Autant-Lara, et revenant au message du 27 février 21:20 où on lit "...beaucoup moins connu le père Alfred Stanke..." et en surfant sur le web : il semblerait que Frère Alfred Stanke, aumônier de la prison de Bourges" n’est pas tellement "moins connu..." : le 25 septembre 2000 aurait même été émis par La Poste un timbre de 4,40 FF représentant Alfred Stanke avec la cathédrale de Bourges en arrière-plan.

    Information donnée sous toutes réserves d’informations diffusées sur le web. La vérité historique devant prévaloir sur tous éventuels malentendus sur le sujet, en admettant qu’autant Alfred Stanke que Franz Stock auront été tous deux des aumôniers au service de leurs frères en Humanité.

    Béatification et canonisation n’étant que du ressort des instances compétentes de l’Eglise catholique ne sauraient cependant empêcher tout un chacun de respecter la mémoire de celles et ceux, souvent inconnus, méconnus et anonymes qui ont leur place réservée dans le coeur de Dieu.

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