L’Etat et la voiture électrique

dimanche 29 novembre 2009

Comparée au prix des petites voitures les plus courantes, environ 7.000 euros, la prime de 5.000 euros promise aux acheteurs de voitures électriques est considérable. Même en donnant gratuitement ces voitures, voire en les accompagnant d’une prime, l’Etat est-il capable de lancer ce produit de grande consommation ?

Les 34 millions d’iPhone vendus en 2 ans ont-ils été soutenus par l’Etat ? Non. Les CD, les PC, les baladeurs, les DVD, les voyages pas cher, les écrans plats, la télévision sur Internet, les 4x4, les téléphones portables non plus. La dernière fois que l’Etat français a voulu soutenir le lancement d’un produit grand public, date de 1985. Laurent Fabius avait lancé le plan « Informatique pour tous ». Des dizaines de milliers de petits ordinateurs familiaux français avaient été livrés aux écoles dans toute la France. Ils ont encombré leurs placards et leurs caves avant d’être mis à la poubelle sans avoir été jamais utilisés. Pour les clients, un produit prématuré, une absence de formation et de support logistique. Pour l’industriel, un faux espoir, des pertes et l’abandon de la filière 4 ans plus tard. Pour l’Etat, de l’argent et du temps gaspillés.

Pour les voitures électriques, ce n’est pas non plus la première fois que l’Etat « soutient cette industrie d’avenir ». Au début des années 1990 déjà, Renault et Peugeot avaient été invitées par l’Etat à proposer des voitures électriques, et La Poste et EDF contraintes de les acheter. Mais dès 1997, le nombre de voitures électriques vendues chutait de 1300 à 600, avant que les constructeurs ne les retirent de leurs catalogues.
En 2005 encore, La Poste recevait 8 voitures électriques, fabriquées sur la base d’une Kangoo. Baptisé Cleanova, ce véhicule « propre » est dit « moins coûteux qu’une voiture classique ». Malgré ces qualités annoncées, le marché ne décolle absolument pas. Il existait des problèmes de fond qui n’avaient pas été traités.

L’Etat connaît l’avenir dans les transports

En 2009, le Ministre de l’écologie a annoncé le lancement prochain d’un appel d’offre de véhicules électriques pour les entreprises publiques (EDF, SNCF, La Poste). "L’Etat montrera l’exemple puisqu’il est sur une commande de 40.000 véhicules électriques ». Jean-Louis Borloo a ajouté que la "bataille de la voiture décarbonée est devant nous, elle est absolument mondiale, elle est incontournable et on va la gagner".

Parce que le prix du pétrole a augmenté et que la technologie des batteries a fait des progrès, l’heure des voitures électriques a-t-elle sonné ? On le souhaite. Mais comment croire que l’Etat soit compétent pour décider laquelle des 3 ou 4 technologies de batteries en développement est la meilleure et si elle sera suffisamment au point pour convaincre les vrais clients ? Il est vrai qu’en 1783, Louis XVI a soutenu les efforts de Parmentier pour convaincre les Français des bienfaits de la pomme de terre en faisant servir ce nouveau légume à sa table et en mettant sa fleur à la boutonnière. Mais sa culture n’a vraiment démarré que quand les Français en ont eu vraiment besoin, pendant la Révolution.

L’arrivée du Ministre de l’écologie en voiture électrique dans la cour de l’Elysée est sympathique, mais insuffisante pour convaincre les Français qui ont besoin de ce merveilleux instrument de liberté et de productivité d’abandonner un système éprouvé pour un système expérimental.

Comme on ne doit pas s’arrêter en si bon chemin, Messieurs Bertrand et Besson ont suggéré que la France produise une voiture électrique si économique et si écologique qu’elle pourra inonder le marché chinois. On n’arrête pas le progrès.

Michel Gache

© Ifrep - Acip

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