L’État et la violence

par Gérard Leclerc

jeudi 19 avril 2018

Une des définitions les plus adéquates du régime libéral tient sans aucun doute à sa pratique de la négociation pour résoudre les conflits sociaux et arbitrer entre les intérêts divergents. On peut donc dire que dans son essence un tel régime s’oppose à la violence, qu’il est même constitué pour dissoudre la violence. Encore faut-il qu’il dispose d’un consensus général assez solide pour rester fidèle à une telle finalité. Lorsque ce consensus se fissure, ne serait-ce qu’à cause d’une minorité ou d’un ensemble de minorités, il se trouve parfois plus qu’en difficulté, en échec. On peut se demander si tel n’est pas le cas, en ce moment, pour le gouvernement français face au conflit de la zone de Notre-Dame des Landes et au blocage de plusieurs universités par des groupes déterminés. On peut aller plus loin encore à propos de l’accumulation des oppositions qui créent un véritable bras de fer pour faire céder l’État.

Bien sûr, la grève et la manifestation sont des moyens légaux d’opposition reconnus par le régime libéral. Il n’empêche qu’à un certain degré de tension, le stade de la confrontation est dépassé et que c’est la violence qui s’impose et oblige les pouvoirs publics à l’utilisation de la force. J’ignore si les zadistes et les étudiants qui occupent Tolbiac ont lu les réflexions sur la violence de Georges Sorel, mais ils ne sont pas loin des thématiques du théoricien de la violence prolétarienne et de la grève générale : « La bourgeoisie, écrivait-il, a employé la force depuis le début des temps modernes, tandis que le prolétariat réagit maintenant contre elle et contre l’État par la violence. » Pour Sorel, la violence n’était pas la sauvagerie, elle rentrait dans une philosophie conflictuelle des rapports sociaux.

Lorsque des minorités sont imprégnées d’une telle pensée, elles mettent l’État libéral en fâcheuse posture. Quand cet État libéral est déterminé à faire respecter la loi et l’ordre, il est rappelé par ses adversaires, qu’ils soient de bonne ou mauvaise foi, à ses principes pacifiques. C’est à un point tel que si l’usage de la force politique aboutit à la mort d’un manifestant, comme Malik Oussekine en 1986 ou Rémi Fraisse en 2014, l’État vacille. Il ne joue pas à armes égales. C’est pourquoi on s’interroge sur la façon dont Emmanuel Macron et son gouvernement vont se tirer des pièges actuels.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 avril 2018.

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