L’Église, les papes et la paix

par Gérard Leclerc

mercredi 14 novembre 2018

En cette période de commémoration du terrible conflit de 1914-1918, l’Église a-t-elle un message spécial à faire entendre ? Sûrement oui ! Ce n’est pas pour rien que tous les papes depuis le début du XXe siècle se sont montrés avocats passionnés de la paix, de saint Pie X jusqu’à François. Est-il vrai que le pape Joseph Sarto est mort de chagrin en voyant l’Europe entière engagée dans un conflit effroyable ? On lui prête ces mots, alors qu’il s’était retiré dans sa solitude vouée à la seule prière : « Combien aurais-je aimé pouvoir offrir ma vie misérable à Dieu, si j’avais pu ainsi empêcher le massacre de tant de mes jeunes fils. » Son successeur, Benoît XV, élu le 3 septembre 1914, déclara tout de suite qu’il était frappé par « l’indicible horreur et l’angoisse causée par le monstrueux spectacle de cette guerre et des flots de sang chrétien ». Cette mention de sang chrétien doit être comprise, selon la pensée du Pape. Benoît XV est particulièrement déchiré par le fait que ce sont des nations chrétiennes qui se battent cruellement entre elles.

La diplomatie vaticane se mettra alors en quête d’une possibilité de médiation pacifique du conflit, en se tournant notamment vers l’empereur Charles d’Autriche, ardent catholique, béatifié depuis par Jean-Paul II. Mais la tentative à laquelle Eugenio Pacelli, le futur Pie XII, consacra tous ses efforts, ne put aboutir. Pour diverses raisons, dont l’hostilité de Georges Clemenceau à un accord séparé avec une puissance jugée trop cléricale. Cela n’empêcha pas la papauté de s’engager dans une vaste opération de secours aux populations les plus éprouvées, en coopérant avec la Croix-Rouge. Plus tard, Pie XII poursuivrait dans le même sens, déployant tous les moyens possibles durant la Seconde Guerre mondiale, notamment au service des civils.

C’est un des paradoxes de l’institution ecclésiale d’être simultanément amie de toutes les nations particulières et d’exercer aussi une fonction internationale liée à son indépendance spirituelle. Il lui arrive même de suggérer très concrètement des solutions d’ordre politique, étant d’autant plus crédible qu’elle se trouve au-dessus de la mêlée. Sans doute, ce genre de mission ne va pas sans les aléas de la politique et il est arrivé, plus d’une fois, qu’elle soit vivement contestée. Mais si l’Église n’était pas une sorte d’ultime recours au service de la conciliation des peuples, elle manquerait à sa vocation spécifique, humano-divine. La tradition s’est continuée jusqu’à nous, et il est reconnu à tous les papes d’être les avocats de la pauvre humanité écrasée. « Plus jamais la guerre ! Plus jamais la guerre ! » s’écriait saint Paul VI à la tribune des Nations unies. Hélas, la paix eschatologique n’est pas de ce monde, mais il appartient à l’Église de demeurer la gardienne vigilante de la paix promise aux hommes de bonne volonté.

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