Déconfinement

L’Église au cœur de la cité

par Gérard Leclerc

jeudi 30 avril 2020

Le Pape lui-même a indiqué qu’on ne pourrait longtemps en rester à une participation virtuelle à la messe.
© Fred de Noyelle / Godong

Le confinement dans le domaine religieux, et singulièrement pour ce qui concerne la liturgie chrétienne, a provoqué ici ou là des polémiques que l’on peut comprendre. Vraiment, nous n’avions jamais vécu, pas plus que nos prédécesseurs, cette interdiction de participer à la messe dominicale. L’épreuve a été d’autant plus cruelle qu’elle a affecté la grande semaine de Pâques. Aujourd’hui, l’impatience est grande face à la volonté du gouvernement de reporter la levée de l’interdiction jusqu’au mois de juin. L’épiscopat français, qui a fait preuve d’un civisme rigoureux en acceptant les règles communes, montre désormais qu’il partage ce désir de beaucoup de fidèles pour revenir au plus vite aux célébrations communautaires. Le Pape lui-même a indiqué qu’on ne pourrait longtemps en rester à une participation virtuelle à la messe.

Pour ma part, je serais enclin à recevoir avec la plus grande attention ce que Pierre Manent, philosophe politique, nous confie avec indignation : «  Avez-vous remarqué que, sur la longue liste des motifs autorisant la sortie du domicile, on n’a pas oublié “les besoins des animaux de compagnie” mais qu’il n’est pas envisagé que nous souhaitions nous rendre dans un lieu de culte ? Cela mérite réflexion. Ceux qui nous gouvernent sont des personnes honorables qui font de leur mieux pour surmonter une crise grave. Or, ils n’ont pas perçu l’énorme, l’inadmissible abus de pouvoir qui était impliqué dans certaines de leurs décisions. Comment est-ce possible ?  »

Peut-être y aurait-il lieu d’apporter quelques nuances à ce reproche. Je sais des responsables politiques importants qui se sont souciés de munir de masques les prêtres qui se rendaient au chevet des malades, souvent gravement atteints. Mais l’interrogation garde toute sa force. C’est Malraux déjà qui mettait en cause une civilisation qui n’avait su construire «  ni un temple, ni un tombeau  ». Il ne s’agit donc pas d’une sorte de revendication corporatiste.

Eucharistie et charité

Mais il faudra également méditer ensemble sur ce que signifie cette réouverture de nos églises. Si l’eucharistie est, comme l’a réaffirmé Vatican II, le sommet de la vie chrétienne, c’est qu’elle élève au milieu de nous l’offrande suprême du Christ à l’humanité. Cette offrande est transformante pour ceux qui y prennent part, mais elle doit aussi témoigner de la puissance du Dieu qui a fait le don de lui-même pour le Salut du monde.

La paroisse n’est pas le lieu clos d’un club sympathique. Elle doit rayonner du mystère qui s’y manifeste. Elle est donc le point de repère de ceux qui recherchent la lumière pour eux-mêmes mais aussi le secours immédiat qu’exige leur détresse matérielle. Natalia Trouiller, une chrétienne très soucieuse de la vocation de nos communautés pose la question : «  Nos paroisses sont-elles prêtes à l’afflux de la misère qui va déferler ?  » Oui, il n’est que trop réel que cette terrible crise sanitaire engendre des effets sociaux redoutables. Nos paroisses auront à montrer que leur vocation eucharistique entraîne un élan irrépressible de charité.

Messages

  • Vos reproches seraient pertinents si seuls les rassemblements religieux étaient interdits. Or Tous les rassemblements le sont : cinémas, orchestres, chorales, sports, bars, restaurants, plages etc... De nombreux français perdent leurs emplois voire leur vie. Le virus ne fait pas de différence entre un métro, un cinéma ou une église. A la messe on chante ce qui propage des gouttelettes éventuellement contaminants. Alors arrêtez de toujours vous poser en victime de la République et de l’État
    Soyez pour une fois au rendez vous et au diapason de l’effort demandé a tous, c’est cela être chrétien. Merci

  • Ne soyons pas naïfs : la classe dirigeante est depuis longtemps profondément anti-chrétienne et viscéralement anti-catholique. C’est même une forme de haine joyeuse et de plus en plus souvent assumée Rien ne les fera changer à cet égard bien au contraire les mesures les plus liberticides cible t toujours et cibkeront les catholiques, c’est très facile à constater, vérifier, obje tover, inventorier. Ne soyons pas naïfs : Jupiter n’est pas dans la légende dorée !

  • Je remercie Vincent pour son message. Il dit exactement ce que je pense.
    Nos dirigeants souhaitent protéger nos prêtres en différant la reprise des offices religieux au mois de juin, ils souhaitent également protéger les personnes qui participent aux messes.
    Et puis comment expliquer à ceux qui arrivent les derniers que toutes les places sont prises (selon les dispositions de distanciation prévues) et qu’ils doivent retourner chez eux ? En France il n’y a pas que des cathédrales immenses, il y a aussi des églises de villages très petites et cependant bien remplies le dimanche.

  • Si les martyrs des premiers siècles avait offert de l’encens à l’empereur par "obéissance" aux autorités civiles, ils s’en seraient tous tirés !! J’aimerais connaître leur réaction aujourd’hui : "qu’est-ce que nous avons été c...!" L’Eglise du Christ est fondée sur les martyrs.... Si tous les évêques déclaraient toutes les églises ouvertes le jour de la Pentecôte en demandant à tous les fidèles d’être là, à la messe, il n’y aurait pas assez d’agents de police pour les mettre dehors, en admettant que les fidèles se laissent faire, on peut toujours rêver..., Contre une résistance générale, ils sont impuissants, et ils le savent, ils en ont aussi peur que la trouille qu’ils ont provoquée par leur media à la solde...

  • Bonjour,
    La question difficile, voire épineuse, que peu semblent prêts à considérer et à se poser demeure : la promptitude de l’épiscopat à suivre les directives (les "commandements" ?) de l’État, est-ce "faire preuve d’un civisme rigoureux" ou bien cela relève-t-il d’abord d’un manque de foi et d’espérance ?
    Cette question, pour peu que l’on veuille s’y pencher dessus, recèle une grande complexité théologique. Et je ne (me) la pose que parce qu’elle me tourmente, et non pour ajouter une énième couche au mille-feuilles déjà saturé de polémiques.
    Et cette question peut être associée à la vocation de la paroisse, qui "doit rayonner du mystère qui s’y manifeste" et "entraîner un élan irrépressible de charité".
    Peut-être qu’accepter d’accueillir la réalité de notre pauvreté de foi, d’avant et d’après l’épidémie, nous conduirait-il à mieux penser la faiblesse, la pauvreté de cœur, la mort, l’eschatologie qui s’y attache, et susciterait-il un désir plus brûlant de conversion ..?

  • Oui : il faut cesser de : reprocher même s’il y a lieu ; se plaindre même s’il y a de quoi ; se déplacer même pour enterrer son père ; remarquer même les passe-droits ; contester même les excès de pouvoir du "haut" et du "bas" ; parler dans la rue à ses voisins ; s’inquiéter des contradictions officielles ; s’exprimer librement, penser, prier peut-être aussi sauf chez soi, en silence de préférence ; mais... il ne faut pas cesser de s’enfermer et de la fermer, de se taire, d’accepter, de payer surtout ,oui de payer sans broncher.
    Etre "au rendez-vous et au diapason de l’effort demandé à tous" c’est ça être chrétien". Seulement ça ? Le sanhédrin et Pilate étaient au rendez-vous et au diapason.

  • Hors toute considération religieuse ou politique, s’arrêter un instant au sens exact des mots serait utile puisque s’en servir comporte la responsabilité de les utiliser à bon escient.

    Un exemple : "assister" à la messe. Comment ça ? La messe n’est pas une conférence et encore moins un "show". On n’"assiste" pas à la messe, on y participe. Ce que dit G. Leclerc de la paroisse est valable pour l’église, car elle "n’est pas le lieu clos d’un club sympathique". "Assister à la messe" est donc une expression erronée encore utilisée au XXIe...

    "La messe des jeunes" a été parachutée dans les années 1970. Le pire avait, à l’époque, été évité avec le curé pour dénoncer cette façon sectaire de qualifier la sainte liturgie, la messe étant le seul espace ouvert aux aînés, aux ados, aux maigres, aux gros, aux riches, aux pauvres, aux bons et aux autres. Pour "motiver" les jeunes, "messe animée par les jeunes" aurait été plus adéquat. Bien plus tard est arrivée "la messe des familles", et pourquoi pas ? Sauf qu’après avoir annoncé "la messe des parents et des enfants", le curé s’est entendu prié d’annoncer la date des messes des grands mères, des grands pères, de l’oncle, de la belle-soeur et du neveu. Le curé a alors jeté dans le combiné : "C’est comme ça et c’est tout !" avant de recevoir le "clac"de fin d’appel de paroissiens impénitents.

    D’où l’importance des mots et, dans ce contexte, il ne serait pas inutile de "méditer" sur la conclusion de cet excellent article. Mais, nul n’est astreint à explorer la dimension de ce qui est en train de se passer. De toutes façons, l’avenir le dira.

  • D’accord avec Archéritéguy…. la Foi déplace les montagnes. Jésus fréquentait les lépreux et les refoulés du monde qui souvent se retrouvent même de nos jours pour prier et louer le Seigneur de tendresse et de pitié dans nos EGLISES ou autre rassemblement où il y a de belles conversions. Que ce Covid19 nous fasse tous tourner vers le Ciel pour implorer sa Miséricorde et sa Bénédiction par ces temps difficiles. Marie aide nous à vivre comme Jésus le désire.
    Nous avons aussi un Ange Gardien qui nous suit toujours, Prions le de plus en plus… Berjan

  • Non ! L’Ange Gardien est dorénavant le pur esprit qui livre de délicieux plats prêts-à-déguster et aussi celui qui rembourse certains frais, alors que le 3ème désinfecte toute la maison sous l’oeil attentif de la doctrine gérant le tout avec sagesse. Et l’autre de se demander si lois, décrets et arrêtés seront étudiés au cours d’une saine liturgie, pendant qu’entreprises, petits commerçes etc., comme recueillis en pleine année sabbatique, attendent d’entonner un alleluia libérateur.

    En espérant que les croyants pourront enfin reprendre - dans le respect, bien sûr, des nécessités sanitaires - le chemin de l’église. Possibilité ou voeu pieux ?

  • Hum, quand par hasard je vais à la messe en semaine, je ne croise, d’assez loin, qu’une majorité de personnes ayant dépassé la cinquantaine et pour certaines de beaucoup... Pas mal d’espace entre nous. A moins que l’amitié ne nous rapproche, chacun est libre de choisir son banc à vrai dire...

    Sur 50 à 60 % de chrétiens dits pratiquants, 4 à 3 % seulement suivent plus ou moins activement la messe dominicale de manière régulière... Je n’ai pas les chiffres exactes mais je crois qu’ils sont malheureusement de cet ordre. Etes-vous allés en vacances l’été dans les Pyrénées Orientales assister ou participer à une messe dominicale dans ces énormes églises aux éblouissants retables baroques ? Aucun risque de contagion à craindre... J’ai pris les Pyrénées Orientales parce que c’est ma dernière expérience "choc" récente mais j’aurais pu évoquer la Bretagne intérieure ou pas mal d’autres régions de France.

    Je ne vois effectivement pas pourquoi le gouvernement devrait s’inquiéter et, surtout, pourquoi, tout d’un coup nous faisons tant de "gorges chaudes" sur la participation ou l’assistance à une célébration à laquelle si peu de catholiques semblent réellement attachés...

    Sur la question qui nous intéresse aujourd’hui, je rejoins totalement le point de vue de Vincent, surtout si l’on tient compte de la moyenne d’âge des participants. La charité n’exclue pas une certaine cohérence naturelle, non ? Le Saint-Sacrement est toujours là dans les églises et nous avons toujours autant de prêtres célébrants à la communion desquels nous pouvons nous associer.

    Et puisque Gérard Leclerc évoque la crise économique à venir et l’assistance à personne en danger, il y a probablement plus de charité et de bon sens à vouloir en premier lieu relancer, avec précaution, le travail de tout un chacun... pour éviter l’engorgement de nos églises par "la misère" !

  • La présence clairsemée de cinquantenaires "et bien plus" à la messe en semaine s’explique du fait que les fidèles à la retraite disposent du temps nécessaire pour participer à la liturgie alors que les fidèles encore en activité surfent sur des plages horaires différentes.

    D’autre part, il n’est pas sûr que "plus de charité et de bon sens" même exercés à leur maximum puissent "éviter l’engorgement de nos églises par ’la misère"".La misère", autant physique que morale et spirituelle est immense et cruelle, et elle seule, peut- être, est en capacité de témoigner de la spontanéité, du dévouement et de la qualité d’accueil qui lui est réservée dans les églises par des citoyens à son service et dans l’anonymat. "Eviter l’engorgement de nos églises par "la misère" part probablement d’un bon sentiment mais semble, hélas, relever de la chimère si l’on en croit Jésus qui a dit à ses apôtres qu’"il y aura toujours des pauvres"" parmi eux...

  • Je pense que lorsqu’il était évoqué la misère, c’était pour nous dire : vous allez voir arriver un afflux de misère, comment allez-vous réagir, allez-vous partager vos deux pains et cinq poissons avec les milliers qui ont faim ou vous laisserez- vous décourager parce que humainement, c’est tâche impossible ?

    Quant à la messe de semaine, bien peu de non-retraités peuvent effectivement s’y rendre, ce qui explique la tranche d’âge des participants.

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