L’Assomption de la Vierge

Brian G. Svoboda, traduit par Bernadette Cosyn

vendredi 28 août 2020

« La Dormition et l’Assomption de la Vierge » par Fra Angelico, vers 1424-1434
[musée Gardner, Boston, Massachusetts]

Au musée Isabella Stewart Gardner à Boston, non loin de Fenway Park, le soleil brille sur l’œuvre de Fra Angelico intitulée « Dormition et Assomption de la Vierge », que le frère dominicain a peinte vers 1432 pour être l’un des quatre reliquaires de Santa Maria Novella à Florence. Les quatre œuvres ont été présentée publiquement ensemble pour la première fois en 2018, c’était la pièce maîtresse d’une exposition stupéfiante du musée Gardner intitulée « Ciel sur la Terre ».

Cela rappelle ce passage liturgique tiré des vêpres de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie :

O Vierge fort prudente, où te rends-tu, brillante comme le matin ?
Tu es toute belle et douce,
ô fille de Sion,
aussi belle que la lune, aussi choisie de Dieu que le soleil.

Dans la salle de l’Italie primitive, au second étage du musée Gardner, on trouve la peinture de Fra Angelico nichée dans un coin. De taille relativement modeste (62 x 38 cm), elle est minutieusement détaillée à la tempera, avec des glacis d’huile et de l’or. L’emplacement discret de l’œuvre l’a peut-être aidée à échapper aux voleurs qui ont pillé le musée en 1990 et volé des œuvres de Vermeer, Rembrandt, Degas et d’autres qui n’ont toujours pas été retrouvées à ce jour.

Le génie de Fra Angelico conduit le regard du spectateur du bas vers le haut de la peinture – de la Terre vers le Ciel. Tout en bas, Marie est couchée sur un brancard, entourée des Apôtres. Tout en haut, elle pénètre glorieusement dans le Ciel, accueillie par une foule d’anges et rejoignant les bras de son Fils qui l’attend. Comme l’écrit Nathaniel Silver dans le catalogue du musée Gardner pour l’exposition « Ciel sur la Terre », la disposition verticale de la peinture a été inspirée par la sculpture du XIVe siècle sur le même thème réalisée par Orcagna pour l’église Orsanmichele de Florence.

La scène décrit une des plus anciennes traditions de la chrétienté. « La vie de la Vierge », de Saint Maxime le Confesseur, écrite en grec au VIIe siècle et découverte dans une traduction en vieux géorgien plus d’un millénaire plus tard raconte une histoire qui a de loin précédé son auteur :

Les saints apôtres ont entouré le lit sur lequel repose le corps de la Sainte Théotokos (c’est-à-dire la Mère de Dieu)... Ils l’ont honoré avec des hymnes et des louanges... Ensuite les apôtres ont invité le bienheureux Pierre à prononcer une prière de funérailles... Il a prié et immédiatement après ils ont enveloppé dans un saint linceul et enduit de myrrhe le corps qui a contenu Celui qui ne peut pas être contenu, le Roi et Créateur de toutes choses visibles et invisibles, et ils l’ont étendu sur un lit.

De petits détails dans la scène du bas, tirés de la tradition antique, attirent une attention particulière : le pallium dont est drapé Saint Pierre, le psautier dans lequel il lit les prières pour les morts et la palme tenue par Saint Jean l’Evangéliste.

Se tenant au milieu de ses disciples se trouve Jésus (« car lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux »), portant dans ses bras l’âme de Marie sous la forme d’un bébé.

Alors la peinture conduit le regard vers le haut et sa magnificence est révélée : « Marie est emportée au Ciel, un chœur d’anges exulte ».

La lumière pénétrant par la fenêtre du musée Gardner transfigure Marie, vêtue de bleu, de blanc et d’or. Se tenant devant la peinture un jour d’été, on ne peut dire où finissent les couleurs de Fra Angelico et où commencent celles de Dieu. On admire avec émerveillement la Vierge lumineuse, tandis que le mélange de la tempera et de la lumière solaire rappelle la première description de Notre-Dame de Guadalupe dans le « Nican Mopohua » du seizième siècle : « sa parfaite splendeur dépassait toute imagination ; ses vêtements resplendissaient comme le soleil, comme s’ils envoyaient des vagues de lumière ».

C’était une idée d’Isabella Stewart Gardner que de placer la peinture de Fra Angelico tout à côté de la fenêtre. Dans sa biographie de Gardner de 1997, « The Art of Scandal » (l’art du scandale), Douglas Shand-Tucci a décrit la vision qu’elle essayait de communiquer avec les œuvres d’art qu’elle avait accumulées avec la fortune de son défunt père et le palais vénitien qu’elle avait fait bâtir pour les héberger :

elle essayait de créer un effet dont les origines, selon les vues de son esprit, ne correspondaient pas toujours avec ses ressources... Elle a été confrontée, c’était inévitable, à la dure lumière de la Nouvelle Angleterre... Elle ne pourrait jamais avoir la glorieuse lumière de l’Italie à Boston, elle en était consciente, mais cependant la lumière de Nouvelle Angleterre pouvait se laisser convaincre du meilleur effet : les peintures majeures, par exemple, sont placées à côté d’une fenêtre, à angle droit avec elle : de ce fait les Giotto, Masaccio, Fra Angelico,Vermeer et bien sûr, « Europa » et « le Christ portant la Croix » sont magnifiquement éclairés.

Dans son livre de dévotion « Chemin », Saint Josemaria Escriva écrit « quand on vous a demandé quelle image de Notre-Dame attise le plus votre dévotion et que vous avez répondu – avec un air d’expérience – ’toutes’, j’ai pris conscience que vous étiez un bon fils : c’est pourquoi vous êtes pareillement ému – ’elles me rendent amoureux’ avez-vous dit – par toutes les images de votre Mère ».

Cependant, un bon fils ou une bonne fille devrait avoir une affection spéciale pour le Fra Angelico accroché près de la fenêtre dans le musée Gardner. La peinture donne une vision lumineuse de la Bienheureuse Vierge Marie, présente fidèlement une vénérable tradition et offre un petit avant-goût du Ciel sur la Terre. Ce tableau vous donne le coup de foudre.


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