1962-2022

L’Algérie et nous

par Aymeric Pourbaix

jeudi 17 mars 2022

Chapelle Notre-Dame de Santa-Cruz, Oran.
© Ghalem Samira / CC by-sa

En histoire, le réalisme implique de ne pas la considérer en noir et blanc, mais de tenter de porter un juste regard sur les événements. À l’instar de ce que disait Gustave Thibon sur le drame algérien, «  l’idéalisation des vaincus ne vaut pas mieux que l’adoration inconditionnelle des vainqueurs. (…) Les bienfaits de la présence française en Algérie doivent être évalués non d’après le critère d’une perfection absolue (et impossible ici-bas), mais par rapport à ce qui l’a précédée et à ce qui l’a suivie  ». Soixante ans après l’indépendance algérienne, le temps du réalisme est-il venu, malgré les blessures mal cicatrisées, les exactions des uns et le comportement honteux des autres, sans oublier que les véritables vainqueurs furent les marxistes anti-impéralistes, via le FLN ?

Le péché dans l’histoire

Surtout, on oublie la dimension du péché à l’œuvre dans l’histoire, qui empêche à jamais de considérer les purs d’un côté et les coupables de l’autre, comme une lecture binaire et idéologique voudrait nous le faire croire. C’est pourquoi le récit de l’évangélisation de cette terre d’Algérie importe au plus haut point. Car c’est un bon exemple des tentatives, plus ou moins abouties à travers le temps, de diminuer les traces du péché originel, comme le dit Baudelaire, en installant par là même la civilisation dans ce qu’elle a de meilleur.

Et cela se vérifie dès les premiers siècles. Il est capital de se souvenir que l’Afrique du Nord fut une terre de chrétienté brillante, dont saint Augustin est la figure essentielle. Cela empêche d’en faire exclusivement une terre d’islam, hier comme peut-être demain : l’avenir n’est jamais écrit… C’est aussi une leçon pour nous-mêmes : seule l’Église universelle a les promesses de vie éternelle, et non une terre ou une Église locale. Avec cette question que vingt siècles de christianisme n’ont pas abolie, y compris en Europe : «  Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?  » (Lc 18, 8).

Il faut ensuite souligner que si l’Afrique du Nord fut si perméable à l’islam, beaucoup plus que l’Europe, c’est en raison de la présence d’hérésies et de divisions qui l’avaient considérablement affaiblie. Saint Augustin, notamment, a eu à lutter contre les rigoristes donatistes, lesquels niaient la validité du baptême des repentis qui avaient abjuré sous les persécutions…

Aujourd’hui, cette même question du baptême, et donc de la foi, est redevenue cruciale en Algérie, quand la loi coranique interdit les conversions, et que les catholiques eux-mêmes sont frileux à le conférer à ceux qui le demandent. On peut comprendre la prudence, mais moins la fascination exercée par l’islam sur certains représentants de l’Église. Exclure la question du salut du nécessaire dialogue ne revient-il pas à vider la foi chrétienne de sa substance, et donc la rendre perméable à d’autres idées religieuses, plus agressives ?

C’est donc à ces deux périodes, l’actuelle et l’antique, que doit se mesurer l’importance prise par la colonisation française et son évangélisation en apparence échouée. Comme le soulignait la fameuse lettre prophétique de Charles de Foucauld à René Bazin, le 29 juillet 1916 : «  Le seul moyen qu’ils deviennent Français est qu’ils deviennent chrétiens.  » Un avertissement qui demeure toujours valable sur notre propre sol…

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