Journalistes collabos ?

par Gérard Leclerc

mercredi 2 janvier 2019

Dans ses vœux aux Français, Emmanuel Macron s’est indigné contre un climat de violence qui touche notamment les journalistes. Ceux-ci sont-ils vraiment victimes d’une haine qui met en danger la liberté d’expression ? Il n’est pas douteux que le débat aujourd’hui se présente de façon hostile et conflictuelle…

À un moment de ses vœux aux Français, le président de la République s’est montré véhément : « Que certains prennent pour prétexte de parler au nom du peuple (…) et n’étant en fait que les porte-voix d’une foule haineuse s’en prennent aux élus, aux forces de l’ordre, aux journalistes, aux juifs, aux étrangers, aux homosexuels, c’est tout simplement la négation de la France. » Qu’il y ait souvent de la haine dans l’atmosphère n’est pas douteux, qu’il faille le déplorer bien sûr, et il y a nécessité de rétablir sinon un climat de confiance, du moins une sorte de code de bonne conduite. Parmi les violences déplorées, il est intéressant de s’arrêter un moment sur certaines agressions contre les médias.

Plusieurs organes d’information ont été l’objet de manifestations. BFM, Libération, France télévision. La diffusion du quotidien Ouest France a été en partie empêchée. Ici ou là, des journalistes ont été pris à partie dans la rue et traités de collabos. Rien de trop grave, juge cependant le directeur de Libération, Laurent Joffrin, qui s’inquiète quand même pour la liberté de jugement de la profession. Cette véhémence verbale n’est-elle pas aussi le fait d’un Jean-Luc Mélenchon qui déclarait, il y a quelques mois : « La haine des médias et de ceux qui les animent est juste et saine. » C’était, il est vrai, pour ajouter : « Mais elle ne doit pas nous empêcher de réfléchir et de penser notre rapport à eux comme une question qui doit se traiter rationnellement dans les termes d’un combat. »

Les termes d’un combat ? Après tout, peut-être. Il faut bien prendre son parti de désaccords substantiels, qui sont aggravés par l’existence des réseaux sociaux. Existence qui remet en cause la légitimité des médias institutionnels. Ces derniers font valoir, souvent à juste titre, qu’ils sont plus en garde contre les rumeurs, les bobards, les fausses-nouvelles. Cela ne veut pas dire qu’ils sont indemnes de tout reproche. Une analyste aussi fine qu’Ingrid Riocreux a pu mettre en valeur ce qu’elle appelle « la langue des médias », qui ne va pas sans inclination idéologique, sans réflexe communs, parfois de type pavlovien. Espérons simplement que le combat entre les médias et leurs adversaires débouche sur plus de rationalité et non sur la confusion.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 2 janvier 2019.

Messages

  • Les journalistes sont soumis de plus en plus à des contraintes physiques et relationnelles susceptibles de générer des risques lorsque ces situations dangereuses ne font pas l’objet d’une prise de conscience et de mesures de prévention adéquates : http://www.officiel-prevention.com/formation/fiches-metier/detail_dossier_CHSCT.php?rub=89&ssrub=206&dossid=562

  • La presse n’est pas indépendante. Tous les grands titres appartiennent à quelques milliardaires. Cela s’est vu de façon caricaturale durant les deux années qui ont précédé les dernières présidentielles : une débauche invraisemblable d’articles en faveur d’un certain Emmanuel Macron jusqu’alors inconnu de pratiquement tout le monde.

    Si les aides de l’Etat n’étaient versées en abondance à la presse, il y a longtemps que tous les grands titres auraient disparu. La cause essentielle des ventes en chute dramatique ? L’alignement paresseux et servile sur une pensée unique qui, au fil des années, a fait fuir les lecteurs les plus fidèles et les plus exigeants.

    J’ai cessé de lire le Monde, le Figaro et Libération depuis un bon petit bout de temps. Quel besoin d’avoir des articles qui m’expliquent en large et en travers que Maïdan est le réveil de la démocratie ukrainienne ? Qu’à Kiev il n’y a jamais eu l’ombre d’un moindre néo-nazi et que l’armée russe est installée dans le Donbass ?
    Je pourrais multiplier les sujets qui depuis trop longtemps nous infligent une propagande éhontée au mépris de la vérité. Sans compter que ces organes de presse se muent en donneurs de leçons de moralité et d’éthique journalistique !

    Inutile de dire que le média télévisuel est dans la même dérive, accentuée par une habitude ancienne de faire de l’image à tout prix et par un format qui privilégie l’élipse, les raccourcis et la simplification abusive des analyses.

    Si elles ne se justifient pas, les réactions virulentes et violentes à l’encontre des chaînes dites d’info en continu se comprennent parfaitement. Un manque patent d’objectivité et un alignement au cordeau sur les thėses de l’oligarchie dominante ne font que renforcer la colère et la frustrations de gens à qui on dénie le droit à l’expression et que l’on stigmatise en permanence.

    Des déclarations ahurissantes, abondamment relayées, comme celle de G. Darmanin "sous les gilets jaunes se cachent des chemises brunes" (sic), valent déclaration de guerre.
    Si les journalistes, ou prétendus tels, vivent dans un monde artificiel et cotonneux, les centaines de milliers de Français qui sont descendus à un moment ou à un autre sur les ronds-points — ou qui seulement se sont sentis solidaires des "gilets jaunes" — savent exactement ce qu’il en est de telles déclarations.

    Ce ne sont pas les blogs, sites et réseaux sociaux qui sont la cause du déclin de la presse, ils n’ont fait que prendre la place désertée. Et si les nouvelles mensongères prolifèrent sur le Net, ce n’est guère pire proportionnellement que ce que l’on constate quotidiennement dans les médias mainstream (les casques blancs, l’OSDH, Skripal, les ingérence attribuées aux Russes, etc.). Ces médias eux-mêmes pillent, sans vérifier outre mesure, les bavardages des réseaux sociaux, avec tous les risques que cela comporte.

    Enfin, les accusations et attaques gouvernementales répétées (Macron, Griveaux) portées à l’encontre de bien modestes médias comme RT France et Sputnik, qui ont le défaut de vouloir porter un autre regard sur l’information (et surtout d’être indépendants des financiers de la Macronie), achèvent de convaincre une partie du public de la profonde connivence existant entre le pouvoir et les médias d’information.
    D’où des colères immaîtrisées et parfois explosives...

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication