Jean-Christian Petitfils

jeudi 21 janvier 2010

Inviter un historien, qui plus est, un historien de Louis XVI, un 21 janvier n’a rien d’anodin. Jean-Christian Petitfils vous n’êtes pas seulement un auteur que je lis avec grand intérêt, vous êtes quelqu’un que je connais depuis quelques années et que j’ai toujours plaisir à rencontrer. Je m’honore, comme membre du jury du prix Combourg, d’avoir précisément distingué votre Louis XVI en 2005, ce qui nous a valu de faire plusieurs fois ensemble le pèlerinage en Bretagne, jusqu’à la belle forteresse mélancolique de M. de Chateaubriand. Rendre visite au vicomte là où il vécut ses jeunes années, c’est rejoindre l’Histoire d’une certaine façon, du côté du prestigieux enchanteur de notre langue, qui a si bien compris ce tournant des dix-huitième et dix-neuvième siècle. Ce tournant que vous-même avez étudié avec une précision extrême et, ajouterais-je une compréhension supérieure.

Je ne puis ici me lancer dans tout un discours ou même un exposé sur l’intérêt de l’Histoire. Mais quand même ! Vous faites partie de ceux qui ont participé à une révolution historiographique, qui n’a pas seulement modifié notre regard sur le passé. Vous expliquez que François Furet vous a beaucoup éclairé avec son analyse de la Révolution française. Or nous devons à ce grand historien une véritable mutation intellectuelle qui a eu ses conséquences dans l’ordre philosophique, politique, et même existentiel avec une force qu’on n’a peut-être pas encore assez mise en évidence.

Furet, c’est en effet la fin de la prédominance d’une certaine école dite classique de la Révolution, c’est aussi le coup d’arrêt mis à la prédominance de l’interprétation marxiste. Je me souviens encore, quand je suis arrivé à Paris aux alentours de 1968, que c’était Albert Soboul qui dominait en Sorbonne sur ce terrain-là. Et c’était dans la norme de l’époque d’après-guerre, marquée par la puissance souveraine du marxisme dans les esprits et dans les sciences humaines.

L’essai de Furet intitulé « Penser la Révolution française » parut en 1978, une année, quand on y pense, tout à fait symbolique, puisque c’est celle de l’avènement de Karol Wojtyla sur le siège de Pierre. Quelque chose se passe en tout cas à Paris, qui, par avance va déterminer le sens de la célébration du bi-centenaire en 1989. Soboul qui n’est sûrement pas un chercheur négligeable, a perdu sa suprématie. Exit Marx, exit Sartre, exit Mao. C’est le grand retour de Tocqueville. C’est l’appréhension nouvelle de toute la période qui va du XVIe siècle à nous qui a changé notre intelligence de la culture et de la politique. Comme spécialiste des Bourbons vous êtes vous-même, dans le champ historiographique, un des agents de cette intelligence de notre passé. Vous êtes de ceux qui font comprendre comment les cinq rois Bourbons ont préparé la France d’aujourd’hui en inventant l’État moderne. Ainsi vous vous inscrivez dans une lignée de grands noms : Pierre Goubert, Roland Mounier, Emmanuel Leroy-Ladurie, notre regretté Pierre Chaunu. J’ai envie de vous dire merci pour votre travail, tout en supputant que vous nous réservez quelques surprises qui contribueront encore à modifier notre regard sur cette Histoire qui nous a faits et continue à nous projeter dans notre aventure.

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