Traduit par Yves Avril

J’ai soif - Le pouvoir des nuits de la foi de Mère Teresa

par Mary Poplin

mardi 5 avril 2016

Trois ans après ma conversion radicale - l’humaniste laïque postmoderne que j’étais devenant croyante novice - je suis allée à Calcutta pour deux mois comme volontaire à la maison d’enfants de Mère Teresa (Shishu Bavan). Je souhaitais comprendre ce qu’elle voulait dire quand elle disait que leur travail n’était pas un travail social mais un travail religieux. Abraham Heschel a dit un jour que les vrais prophètes de Dieu « ne cessent de briser l’indifférence ». Ce sont des « messagers hésitants » qui permettent à Dieu de parler à travers eux en nous implorant de retourner à Lui dans « un monde qui n’est pas tant dénué de sens que sourd au sens ». Mère Teresa était l’un de ces prophètes. Et même si nous avons appris cette semaine qu’elle sera officiellement déclarée sainte le 4 septembre, comme tous les prophètes, Mère Teresa a souffert.

Ces jours-là en 1996 je suis souvent arrivée tôt pour la messe de 5h30 et les prières ; je voulais m’asseoir à côté de Mère Teresa. Je l’étudiais à cause de ma propre faim spirituelle, de mon admiration, et de ma curiosité. Ma première pensée quand je m’installais sur le sol de la chapelle fut de me demander pourquoi elle avait choisi deux des derniers mots de Jésus - « J’ai soif » - pour les écrire dans leur chapelle sur la croix (en fait dans toutes leurs chapelles). La Mère disait que c’était parce que Jésus avait soif d’âmes. Mais il semblait dans son comportement que c’était la Mère qui avait soif. Comme le premier livre que j’avais lu après ma conversion en dehors de la Bible était de saint Jean de la Croix, j’ai eu quelque mal à trouver la paix à ce sujet.
Jean de la Croix enseigne qu’après la nuit noire de l’âme, les plus fidèles finissaient par entrer dans une nuit noire de l’esprit où les visitations mystiques prenaient fin, et ils sentaient l’absence de Dieu. Il demeurait alors non en dehors mais à l’intérieur de leurs âmes. « Ils entretenaient au cœur de la sécheresse et du vide de leurs facultés un souci habituel et une sollicitude pour Dieu accompagnés par le chagrin et la peur de ne pas Le servir. C’est le sacrifice le plus agréable à Dieu que celui d’un esprit dans la détresse et la sollicitude pour son amour... alors commence à s’enflammer dans l’esprit l’amour divin. » Suivant ces idées, les expériences mystiques précoces de Mère Teresa disparurent effectivement, mais elle se désola d’avoir, d’une manière ou d’une autre, déplu à Notre Seigneur.

Toute sa vie Mère Teresa pria pour trois choses : partager Sa Passion, être une sainte (douce et humble), et ne rien Lui refuser. Dieu les lui accorda toutes les trois. Jeune femme elle priait avec ferveur « pour NE boire QU’à Son calice de douleur. » Le Seigneur lui fit la grâce de lui trouver quelques confesseurs qui comprenaient qu’à travers ses nuits de la foi elle partageait en réalité la Passion du Christ et les souffrances du pauvre.

Saint Paul décrivait la même souffrance, « Maintenant je me réjouis dans mes souffrances pour votre salut, et dans ma chair je complète ce qui manque dans les souffrances du Christ pour le salut de son corps, c’est-à-dire l’Eglise. » Finalement la Mère écrivit à un confesseur : « Pour la première fois de ces onze années - j’en suis venue à aimer ces ténèbres - car je crois maintenant que c’est une partie d’une très, très petite partie des ténèbres et de la souffrance de Jésus sur la terre. Vous m’avez appris à l’accepter comme un « côté spirituel de votre tâche ».

Heureusement pour elle, ces quelques confesseurs comprirent que sa condition était spirituelle et non psychologique. Si sa nuit noire avait été une dépression psychologique, comme certains l’ont suggéré, elle aurait été apathique, négative, amère, désespérée, angoissée, et manquant d’énergie et de centre d’intérêt. Mais comme le note le postulateur de sa canonisation, le père Brian Kolodiejchuk : « Au lieu d’étouffer son élan missionnaire, les ténèbres semblaient lui donner vigueur. » La plupart d’entre nous qui avons fait l’expérience de travailler avec les missionnaires, même pour une courte période, savons dans nos coeurs que nous n’aurions pu la continuer. Leur amour et leur endurance étaient nés d’abandon, de perte et de la grâce de Dieu. La Mère disait : « Moins nous avons, plus nous donnons. Cela paraît absurde, mais c’est la logique de l’amour. »

Une seule chose prouve qu’on est un vrai disciple - la vie de Mère Teresa a-t-elle apporté gloire et honneur à Jésus ? Ses ténèbres ont-elles produit de la lumière ? Réellement, la présence du Christ en elle était souvent tangible. Certains matins, sans l’avoir prévu, nous nous regroupions après la messe et baissions la tête dans l’espoir qu’elle tendrait la main vers nous et nous toucherait. Les gens du monde entier, issus de tous les cheminements, venaient seulement pour la voir, pour lui faire toucher leurs bébés, nés ou non nés. Toute parcelle de Jésus qui circulait à travers elle, la Mère la donnait à ceux d’entre nous qui venaient, riches de leur seule pauvreté.

https://www.thecatholicthing.org/2016/03/17/i-thirst-the-power-of-mother-teresas-dark-nights/

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