Israël et la guerre

par Gérard Leclerc

mardi 15 mai 2018

Comment ne pas avoir le cœur serré à l’annonce de ce qui se passe en ce moment dans la Bande de Gaza, près de la frontière israélienne ? C’est le transfert à Jérusalem de l’ambassade des États-Unis qui a mis le feu aux poudres, comme on pouvait malheureusement s’y attendre. On parle de journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la précédente déflagration de 2014. Il faut bien constater, en dépit de l’attachement que l’on peut avoir à l’égard de l’État d’Israël, qu’il y a divorce d’avec la communauté internationale. La France, de son côté, a exhorté les autorités israéliennes au discernement et à la retenue dans l’usage de la force. L’Organisation des Nations unies est sur la même position. Mais comment faire face à l’enchaînement d’un processus guerrier, lorsque le désaccord paraît sans remède entre les deux parties en cause ?

Il y a 70 ans exactement, était créé l’État d’Israël et on mesure encore la joie provoquée par cet événement pour une communauté meurtrie par la Shoah et accédant enfin à la réalisation de l’idéal sioniste. Hélas, alors même que tout un peuple dansait dans les rues, déjà se profilait la première guerre que le nouvel État allait devoir conduire. David Ben Gourion l’avait confié au jeune Shimon Peres : « Tu vois aujourd’hui, ils dansent, mais demain ils verseront leur sang. » En effet deux jours plus tard, c’était l’ouverture des hostilités. Il y eut encore une autre guerre en 1956, suite à la nationalisation du canal de Suez par le colonel Nasser. Et encore la Guerre des six jours en 1967, qui permettra à Tsahal de conquérir Jérusalem Est, la Cisjordanie, Gaza, le plateau syrien du Golan et le Sinaï égyptien.

En 1977, il y eut la visite mémorable à Jérusalem du président égyptien Anouar el-Sadate. Sadate embrassant Golda Meir, quel symbole ! Hélas, ce n’était pas la fin des tribulations. Dès lors qu’il y a création d’un État avec ses frontières, c’est forcément la realpolitik qui prend ses droits à l’encontre des beaux projets utopiques. Le grand philosophe Martin Buber était le défenseur d’un tel projet utopique. Il conférait à la création d’un État juif une portée symbolique de conciliation entre l’Orient et l’Occident. Devenu lui-même citoyen de cet État, il défendait un idéal de fraternité avec les Palestiniens, qui ne s’est toujours pas concrétisé, hélas, dans les faits.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 15 mai 2018.

Messages

  • Sans aucunement vouloir ouvrir un débat sur une question aussi sensible que celle objet de l’article, on saura cependant gré à Gérard Leclerc d’avoir utilisé le verbe "paraitre" dans l’interrogation posée : "Mais comment faire face à l’enchainement d’un processus guerrier lorsque le désaccord parait sans remède entre le deux parties en cause ?". Ce seul verbe implique une réalité indiscutable : la fatalité n’existe pas, et encore moins - et surtout - en politique.

    Le 14 mai ç’aurait été "le transfert à Jérusalem de l’ambassade des Etats-Unis qui a mis le feu aux poudres...". Au vu des faits guerriers énumérés, cette partie du monde est en perpétuelle ébullition. Il n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails de cette épineuse question, sauf que des constats peuvent être soulignés : la décision et l’action unilatérales du président des Etats-Unis du transfert de l’ambassade et le regret quasi unanime mentionné dans les media accompagné des déclarations officielles, le tout focalisé sur la "démesure" de la réponse à la marche des Gazaouis vers la frontière. Dans le premier cas, ce n’est vraiment pas la première fois qu’un "fait accompli" aura été utilisé dans cette région du monde et ce n’est pas la première fois non plus qu’on en est réduit à poser la question de savoir ce que fait (ou ne fait pas) l’Organisation des Nations Unies dans ce contexte. D’autre part, le fait de braquer les projecteurs sur le nombre de morts et de blessés palestiniens joue sur la seule corde émotionnelle occultant du même coup le problème central alors que c’est justement celui qu’il convient de traiter.

    Pour résumer : il a été bien expliqué que c’est Jared Kushner qui a été chargé du début à la fin de cette question de transfert de l’ambassade US à Jérusalem et on a vu son épouse, la fille de Trump, pérorer dans le micro à cette occasion sous les applaudissements. Il est évident que Donald Trump gère les affaires hautement et politiquement sensibles comme on gèrerait une épicerie familiale. On pourrait apprécier, par contre, la presque unanimité de la communauté internationale à comme réprouver la "disproportion" armée contre la marche des Gazaouis. Le "merci" viendra seulement lorsque les véritables volontés politiques entreront en action. D’ici là...

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