Interrogations de Noël

par Gérard Leclerc

jeudi 21 décembre 2017

Aux approches de Noël, les interrogations sur la foi, l’existence de Dieu, la personnalité de Jésus redeviennent d’actualité. Certains journaux s’en emparent. Et puis les questions récurrentes sur l’islam et la laïcité ne cessent de s’imposer dans les débats publics. La laïcité, dit-on, c’est la liberté de croire ou de ne pas croire. Définition assez exacte, à condition de bien préciser que, philosophiquement, cette laïcité n’a rien à nous dire sur ce que c’est que croire ou ne pas croire. Elle est simplement la condition politique qui permet l’exercice de la liberté de conscience. Cette précision n’est pas toujours acceptée. Souvent, on dit d’untel qu’il est « laïque » parce qu’il est a-religieux, ce qui est à l’origine de bien des confusions. La laïcité n’est pas une philosophie au sens d’une conception du monde. Dès lors qu’elle se réclamerait d’un contenu philosophique, elle deviendrait une philosophie parmi les autres et ne pourrait plus prétendre constituer l’espace pluraliste qu’elle revendique.

De ce point de vue, on n’a pas tort d’affirmer que cette conception de la laïcité ne pouvait éclore que dans une civilisation imprégnée de christianisme, où la distinction entre le temporel et le spirituel va de soi et où la foi suppose une démarche absolument libre de l’intelligence et du cœur. Dans d’autres civilisations, cette distinction et cette démarche n’ont pas lieu d’être. D’où la tentation violente de se libérer d’une sujétion quasi totalitaire du religieux par l’athéisme. Avant tout contenu doctrinal, cet athéisme marque une rupture, une volonté d’émancipation. Il est l’affirmation d’un refus. Refus parfois héroïque, lorsqu’il se paye par la persécution et la menace de mort.

J’ai toujours été frappé par une formule de Pascal : « Athéisme marque de force d’esprit mais jusqu’à un certain degré seulement. » Nous sommes bien dans le cas de la force d’esprit qui permet de rompre avec un certain conformisme ou avec un contenu religieux auquel on n’adhère pas. Mais le simple refus n’est pas une attitude satisfaisante. La force de l’esprit consiste à tenter l’aventure de l’exploration de l’énigme que constitue ma seule existence. Refuser cette exploration, c’est s’exposer à tuer en soi toute requête de sens et s’enfermer dans son malheur. C’était aussi la conviction de Blaise Pascal, qui observait sans hostilité les athées qui cherchent mais supportait mal ceux qui tiraient vanité de leur seul refus.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 21 décembre 2017.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Merci cher Gérard Leclerc pour votre chronique, toujours aussi passionnante, qui rappelle l’essentiel. Si je fais bien partie de ces gens qui s’interrogent sur un certain nombre de sujets, il en reste un pour lequel ma foi est si vive que je ne remets (et ne remettrai) jamais en cause l’église et Noël. En fait toutes les fêtes catholiques ont bercé mon enfance, mon adolescence, ont cimenté ma foi et rien ne peut m’en détourner, quels que soient les discours et autres manifestations .
    Et puis, il reste un exemple gravé dans mon coeur. Mon père était un laic pur et dur, qui n’avait aucune indulgence pour tout ce qui traitait la religion catholique.
    Mais il faisait tous les ans une crèche gigantesque pour ses enfants (mon frère et moi) sachant que nous attendions presque toute l’année cet événement et que nous étions en extase devant les miracles qu’il réussissait à faire avec quelques morceaux de bois et du tissu la plus belle des crèches. Il dévoilait par cette création tous ses talents d’artiste et nous étions tellement admiratifs de son travail que nous ne savions même pas comment le remercier et lui avouer notre reconnaissance. Il était notre père, qui n’allait pas à l’église, mais qui une fois pas an honorait la crèche et toute sa symbolique. Nous étions si fiers de lui et certainement que là-haut il voit dans notre coeur tout l’amour qu’il avait mis dans cette crèche : naissance, espérance, promesse d’un avenir meilleur. Heureux les enfants qui peuvent disposer d’un tel amour. Merci mon père pour nous avoir donné les plus beaux souvenirs de Noël.

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