Institution Église : Contestation « de l’intérieur » ?

par Gérard Leclerc

vendredi 8 février 2013

Le professeur Cholvy, dans un ouvrage récemment réédité (La religion en France de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, Carré-Histoire) évoque notamment l’après Concile Vatican II et sa double interprétation [1].

C’est aussi notre présent qui est en cause dans cette réflexion. Car si le courant progressiste est aujourd’hui moins présent au sein des structures ecclésiales et de l’espace de la pensée, il n’en continue pas moins de s’affirmer dans quelques groupes et publications qui se dis­tinguent par une particulière virulence. Ce qui se passe en ce moment à propos du «  mariage pour tous  » est significatif d’une volonté de singularité qui va jusqu’à l’affirmation d’un désaccord total avec la doctrine de l’Église, et du même coup, d’un pilonnage de l’institution qui n’a rien à envier aux offensives des ennemis les plus déclarés de la foi. C’est à un point tel qu’on peut se demander si les précurseurs historiques de cette sensibilité politico-religieuse se reconnaîtraient dans pareille postérité.

Pour ne citer que deux figures de proue, Danièle Hervieu-Léger et Christine Pedotti se sont particulièrement illustrées ces temps-ci par leur approbation bruyante du «  mariage pour tous  » et leurs attaques contre la hiérarchie coupable, à leurs yeux, de soutenir des positions régressives. La première se réclame de son autorité universitaire et de ses travaux en sociologie religieuse pour asséner des jugements catégoriques. Elle revendique ainsi la situation de l’expert dont la compétence surplombe les débats pour signifier la mort certaine d’un christianisme sorti de l’histoire. La seconde serait plutôt dans le registre de l’hyper-féminisme en bataille contre la citadelle du machisme que serait l’Église catholique romaine : «  Ce que défendent les hommes de religion dans cette affaire de mariage pour tous, ce n’est pas le mariage mais le patriarcat. S’ils défendent la différence des sexes, c’est pour mieux assigner les femmes à "leur ordre naturel", celui de la procréation, de la modestie et du silence.  »

La stridence du ton, la vindicte de l’interpellation correspondent à un de­gré d’exaspération que l’on retrouve notamment dans la mouvance LGBT, ce qui renvoie à la seule perspective d’une guerre irrémissible. Il y a, sans doute, des précédents. Dans les années soixante, soixante-dix, des libelles sont parus sur le thème «  cassez la baraque  ». Car de cette baraque on n’attendait plus rien. Le P. de Lubac voyait là le retour de la vieille tentation joachimite d’une Église dite de l’Esprit, disons d’un troisième genre. Mais à ce degré, on peut se demander de quelle façon une telle révolte pourrait s’intégrer dans la tradition chrétienne. Culturellement, théologiquement, c’est hautement problématique. Et puis pareil déni de l’institution ne paraît guère compatible avec une appartenance revendiquée et maintenue. Ces personnes trouveraient-elles leur bonheur à l’intérieur d’un anglicanisme recyclé avec ses femmes prêtres et évêques et son adoption de l’homosexualité qui n’est plus un obstacle à l’accès aux ordres sacrés ? On peut se le demander. Mais comme le remarque justement notre ami Réginald de Coucy dans un forum du site Internet de France Catholique : «  Plongés dans un milieu où leurs idées revendicatrices seraient la norme dominante et l’ordre établi, les neuf dixièmes du plaisir disparaîtraient aussitôt ! (…) C’est bien plus drôle [2] de tirer à boulets rouges sur le Vatican et sur l’institution cléricale en étant travesti en catholiques romains et laissant supposer au monde qu’il s’agit d’une contestation interne…  »


Lire aussi :

Hans Kung l’imposture

http://www.france-catholique.fr/HANS-KUNG-L-IMPOSTURE.html#forum3359

"Je soutiens le mariage pour tous au nom de ma foi chrétienne"

http://www.lexpress.fr/actualite/societe/mariage-gay-je-le-soutiens-le-mariage-au-nom-de-ma-foi-chretienne_1218005.html


[1(on pourra lire à ce sujet un article de Gérard Cholvy dans France Catholique n°3340 du 15 février 2012)

[2Voir comment s’amuse un chroniqueur religieux sur un nouveau site intitulé fait-religieux

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