Information religieuse :
quelle déontologie ?

par Gérard Leclerc

mardi 28 octobre 2014

En prenant un peu de distance avec le Synode extraordinaire, qui s’est tenu à Rome sur la famille, on est amené à reprendre sérieusement la question d’une authentique information religieuse. En effet, si les médias se sont mobilisés autour de l’événement avec une intensité assez remarquable, il s’en faut de beaucoup qu’ils aient donné une information exacte et vraiment éclairée. Les contresens se sont multipliés, alimentant des interprétations pour le moins hasardeuses et même fallacieuses. Le seul titre du Monde, barrant la première page du 15 octobre, donne une idée de cette dérive : « Le pape François force l’Église à faire sa révolution sur la famille » Une telle présentation se fondait sur un texte de mi-parcours, qui n’avait aucune autorité normative et allait être radicalement amendé par les Pères du Synode. Le Pape, pour sa part, était étranger à sa rédaction, se réservant d’intervenir définitivement sur le fond dans une instruction qui paraîtra dans plus d’un an. Si l’on voulait s’informer sérieusement sur sa pensée, il suffisait de consulter ses interventions antérieures sur le sujet, dont la substance se trouvera reprise dans son allocution conclusive du Synode. Son affirmation centrale porte « sur les vérités fondamentales du sacrement de mariage : l’indissolubilité, l’unité, la fidélité et la procréation, l’ouverture à la vie ».

Nous sommes donc en présence d’une campagne de désinformation caractérisée que renforce souvent une ignorance crasse de la pensée de l’Église. On est surpris de découvrir que certains, que l’on croirait intellectuellement armés pour faire comprendre les exigences d’une longue tradition, se perdent dans d’étranges confusions. Ainsi, on a pu se rendre compte que « la morale naturelle » toujours mise en valeur par le magistère était méconnue, alors qu’il s’agit d’un repère rationnel éclairant la conduite morale. Comment confondre cette notion philosophiquement très élaborée avec l’éthologie propre au règne animal ? C’est tout de même lui faire subir les pires outrages, en oubliant la suite de grands docteurs, qui, tels Augustin et Thomas d’Aquin, lui ont conféré ses lettres de noblesse !

Il est vrai qu’au moment de Vatican II, on avait déjà connu un phénomène semblable, une sorte de concile médiatique se substituant au concile réel. Le père de Lubac parlait à ce propos d’un « para-concile ». Avec le développement des moyens de communication, les interprétations idéologiques, voire fantaisistes se multiplient, au point de brouiller complètement les données du travail des évêques rassemblés autour du Pape. Faut-il en appeler à une véritable déontologie en matière d’information religieuse ? Ce pourrait être une revendication minimale, même si l’on mesure les difficultés propres à un pareil domaine, notamment avec le maniement d’une culture théologique qui réclamerait une formation sérieuse. Mais le débat qui va se prolonger plus d’un an ne pourra échapper à une impérieuse clarification.

Messages

  • Il est à craindre qu’en matière d’information religieuse, la recherche d’une déontologie soit vaine.

    L’Eglise est à la fois une réalité naturelle et une réalité surnaturelle. Les médias ne perçoivent jamais, avec plus ou moins d’honnêteté selon leur biais idéologique, que les données relevant du premier registre. Certainement pas le second registre. On ne peut pas faire passer par le canal de "l’information" ce qui relève de la "révélation" et ne peut être compris qu’avec l’intelligence de la foi...

    D’où cette tendance récurrente à toujours analyser les affaires de l’Eglise comme celles d’une société politique humaine, trop humaine, qui plus est non démocratique, non soumise à la doxa et aux diktats des majorités d’opinion, donc par construction répulsive au monde de l’information.

    Imaginons ce qu’aurait été une couverture de presse relativement honnête de la Passion...Elle n’aurait mérité qu’un entrefilet en page intérieure : "un illuminé se prétendant le Messie, qui avait défrayé la chronique à plusieurs reprises ces trois dernières années en raison d’une grande habilité à se faire passer pour un prophète, a été exécuté au Golgotha. La poignée d’individus qui l’entourait encore a été dispersée. Les autorités du Temple sont satisfaites de la mise hors d’état de nuire d’un agitateur particulièrement efficace propageant un esprit insurrectionnel à Jérusalem".

    Et, trois jours plus tard : "le corps de Jésus de Nazareth, illuminé se prétendant Fils de Dieu, a disparu du tombeau où il avait été enseveli. Ses plus proches amis affirment qu’il serait ressuscité et qu’il est parti pour la Galilée, en se fiant seulement à la parole de quelques femmes influençables. Selon toute probabilité, le corps a été dérobé après que les soldats montant la garde au tombeau ont été mis hors d’état de surveiller les lieux. Selon un sondage réalisé en Galilée où il a vécu, seulement 0,05% de la population croit à la thèse de la résurrection en dépit de plusieurs miracles dont certaines personnes ont été témoins."

    Tout cela est parfaitement "déontologique"...

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