"Indigènes"

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dimanche 30 septembre 2007

Surpris par votre critique bienveillante du film "Indigènes", je demande au général François Meyer de vous adresser le jugement nuancé, qu’il a publié sur ce film.

Il est vrai que le courage et l’engagement de ces soldats sont réels, et bien représentés, mais je relève pour ma part les erreurs et omissions historiques suivantes :

- l’absence des soldats européens, comme si c’était les indigènes seuls qui avaient libéré la France, suivant la thèse raciste de la "chair à canon",

- la scène où le général Juin et un colonel observent à la jumelle les tirailleurs en train de se faire massacrer sur la montagne. Or le dit colonel (Roux) a été tué au milieu de ses troupes lors de cet assaut (du Belvédère),

- la scène ridicule où l’on refuse des tomates aux indigènes (l’antimilitarisme n’est pas loin),

- la situation tactique irréaliste d’une section de tirailleurs, isolée sans ses cadres dans la forêt vosgienne.

Le film a eu pour résultat de rétablir les retraités indigènes dans leurs droits, revendication que les associations d’anciens combattants réclamaient depuis 40 ans.

Bouchared, à qui l’on a donné la Légion d’Honneur, prépare un film sur le 8 mai 1945 et le 1er novembre 1954, qui risque d’être encore moins objectif que celui-là.

Croyez à mes sentiments dévoués.

Maurice FAIVRE

Messages

  • POUR UN VRAI REGARD SUR LE FILM "INDIGENES"

    INDIGENES vient de sortir en DVD. Programmé tôt ou tard sur nos chaînes, il ne manquera pas d’accompagner demain plus d’un cours d’Histoire...

    Il est certain que dès sa sortie en salle, ce film très annoncé, a remporté un vif succès. Si incontestable que Rachid BOUCHARED, son réalisateur, a fait aussitôt savoir qu’il lui donnerait une suite. "INDIGENES", certes, est assurément remarquable pour ses qualités techniques, tout autant que par le jeu émouvant et vrai de ses principaux acteurs.

    Cet hommage appuyé aux combattants musulmans de l’Armée d’Afrique est entièrement justifié, les pensions des anciens combattants musulmans de cette époque n’étant toujours pas alignées sur celles de leurs camarades en France ; et il est grand temps de faire vite ! Mais le message de ce film s’adresse également aux jeunes de l’immigration en France, et c’est alors que son caractère ambigu ne saurait échapper.

    Le courage des tirailleurs venus d’Afrique du Nord, et l’impact de leurs victoires ouvre à bon droit un véritable espace de fierté aux enfants de l’immigration en attente de considération. Les acteurs nous le disent : "Ce film valorise notre place dans la société française." "Un libérateur, c’est mieux qu’un balayeur !" Et Bouchared de conclure : "Ce film, c’est notre mémoire familiale, et je devais le faire !"

    Après le désastre de 1940, l’héroïsme des combattants de l’Armée d’Afrique a rétabli la France dans sa dignité, et lui a fait retrouver sa place dans la victoire. Mais pourquoi avoir gommé la participation massive des "pieds-noirs" et des français de métropole ? Pratiquement, ils sont absents des assauts. Bouchared nous dit pourtant : "Pendant plus d’un an, nous avons épluché les documents de l’armée et rencontré les vétérans."

    Toutes les archives rapportent que 12.000 combattants musulmans ont fait le sacrifice suprême pour la libération de la France et que 14.000 pieds-noirs aussi ont trouvé la mort. Le taux de mobilisation des européens d’AFN était de 16%. Celui des musulmans, plus nombreux, étant d’environ 2%. Quel bel exemple fraternité on aurait pu réaliser aujourd’hui utilement avec un tel sujet !

    Les combats et les assauts sont reconstitués avec un grand réalisme. Le courage et l’idéal patriotique des tirailleurs nous empoignent, en particulier lorsqu’ils plantent le drapeau tricolore au sommet du mont Majo. Exploit éclatant et historique ! Mais les cadres, officiers et sous-officiers n’en sont pas ! Tous les combattants ne partagent-ils pas ce même droit à la reconnaissance ? Chacun sait bien qu’il n’y a pas d’assauts si les chefs n’y sont pas.

    Une seule fois, comme nous l’apprend le Livre d’Or de la 3ème DIA, les tirailleurs de cette division sont partis à l’assaut sans leurs officiers. Il s’est agi de la 10ème compagnie du 7ème RTA, lors de la prise du Mona Casale, peu avant la conquête du Belvédère. (où le colonel Roux commandant le 4ème régiment de tirailleurs tunisiens trouvera la mort au milieu de ses tirailleurs) Revenons au Mona Casale. La compagnie du 7ème RTA s’élance, officiers en tête, et coiffe l’objectif, quand une contre attaque allemande la repousse sur ses bases. Tous les officiers ont été tués ou blessés. Harangués alors par le commandant du bataillon, les tirailleurs repartent à l’assaut derrière deux sergents, et emportent à nouveau le sommet. Las ! La compagnie se voit encore repoussée sur sa base. Alors une troisième fois, les tirailleurs remontent, mais cette fois-ci, ils sont seuls. Ils conquièrent l’objectif, le conservent, et n’ayant plus de munitions, ils le défendent à coups de pierres. Un à un ces héros seront félicités par le général de Montsabert, et cités à l’ordre de l’armée.

    Combien de capitaines, de lieutenants et de sergent-chefs, sont tombés à la tête de leurs tirailleurs, en Italie comme en France ! Ouvrons le Livre d’Or. Voici les capitaines du 4ème RTT, morts dans les combats : les capitaines TIXIER, JEAN, CARRE, CHATILLON, IZAAC, LARROQUE, TIERY, GOIFFON, BALUZE, CAMUS, CATTEANO, MEYER, et ROUVIN. Quel exemple !

    Dans cette fiction, aucune trace, non plus, de l’extraordinaire fraternité qui unissait troupes et cadres au sein de l’Armée d’Afrique. Sans doute est-elle difficile à imaginer aujourd’hui. Une fiction, c’est l’expression intime de la conscience de l’auteur… Pour ma part, je n’ai connu que les dernières années de l’Armée d’Afrique. J’ai commandé au combat des tirailleurs et des spahis pendant la guerre d’Algérie. Au-delà de cette fraternité, je les ai vus plusieurs fois, s’exposer eux-mêmes directement s’ils voyaient leur lieutenant en danger. Souvent protégé, sinon veillé par eux, il me reste de ces moments de ma vie de jeune officier le souvenir d’une connivence et d’un attachement exceptionnels.

    Ce film, au contraire, nous montre des officiers maladroits, racistes, peu soucieux de leurs hommes et tout compte fait, assez médiocres. Les tirailleurs, en revanche, sont très humains et fidèles, bien que traités sans égards .On nous donne d’ailleurs à voir leurs assauts héroïques et sanglants, en alternance avec l’image de leur général, assis loin à l’arrière, et qui observe confortablement les hécatombes aux jumelles…

    Avant d’aborder l’hiver et les Vosges, divers incidents se succèdent qui nous plongent dans le racisme quotidien au sein du régiment. La charge, il est vrai, n’est pas toujours sans fondement. Qu’il s’agisse d’avancement, de soldes ou de récompenses… mais à trop forcer le trait, on est dans l’imaginaire. C’est l’épisode des tomates, refusées dit-on à des Noirs, ou ce théâtre aux armées venant singer un "pas de deux" sur air de Coppélia. Nos fiers tirailleurs quittent ce grotesque tableau et manifestent. " Nous combattons pour la Liberté, et contre le Nazisme". Et non pour libérer la Mère Patrie, comme au départ d’Algérie (évolution). Un autre tirailleur évoque le meurtre de ses parents autrefois par l’armée française : "c’était la pacification !". Une expression qui fait écho au débat d’aujourd’hui …

    Laissons ici la relation du film ; c’est l’ambivalence de son message qui fait réfléchir. Tantôt c’est l’enthousiasme et le patriotisme, ils chantent comme jamais "La Marseillaise" ou "Les Africains". Puis c’est la dureté des officiers insensibles aux souffrances des hommes, et le racisme. Où veut-on en venir ?

    Ecoutons les acteurs : "Notre rôle, c’est de réveiller les consciences", "Les spectateurs ont vraiment envie de parler politique", "Aujourd’hui, grâce à Indigènes, on assiste à une vraie prise de conscience de la part des gamins et des profs…"

    "On nous dit vous faites partie de ce pays, et en même temps, on nous jette !" Est-ce alors désir d’intégration ? Mais Rachid Bouchared, lui-même, présente son film pour les oscars à Los Angeles sous les couleurs de l’Algérie.
    Sait-on ici que ce sont les chaînes Antenne 2, FR 3 et Canal +, des aides nationales et régionales, des aides sur recettes et sur effets spéciaux qui ont assuré à 90% le financement du film. Passablement français, quand même. On ne les "jette" pas tellement…

    Sait-on encore que ce film a bénéficié d’un lancement très spécial ? Dans cinquante villes choisies, les professeurs d’histoire et de géographie, d’éducation civique ou de français, et les documentalistes des collèges et des lycées, ont été invités en exclusivité. Il leur était aussi indiqué comment se procurer un dossier gratuit d’accompagnement et le matériel pédagogique pour la classe.

    Un document de huit pages couleurs était remis aux invités. Il présentait le scénario, les acteurs, la bataille et les colonies "conquises parfois au prix de violences inouïes", la colonne Voulet-Chanoine "dévastatrice et massacrante", le travail forcé, les tirailleurs "souvent encadrés par des officiers français ou des colons", le sort des soldats indigènes après la guerre : Le massacre de Thiaroye au Sénégal, "les officiers français ouvrant le feu à la mitraillette lourde" et …la répression à Sétif le 8 mai 1945. "Le drapeau algérien levé par un scout musulman, tandis que du haut de leur balcon, les colons tirent sur le cortège…"

    Suivait alors un résumé du film etc…

    Qui donc agit derrière cette opération d’information singulière ?

    Rachid Bouchared le déclare à la Presse :"Le film devait se terminer par le massacre de Sétif en 1945, mais j’ai préféré garder cet événement dramatique pour un deuxième volet. Sétif se comprend mieux dans le contexte de la guerre d’Algérie…L’action débutera lors des émeutes…"

    Aujourd’hui, on voit bien l’impact des ces fictions, vérités recrées, choisies et travaillées : trouble des spectateurs. Qui cherche ainsi à nous diviser ? Et pour demain, quel tissus ensemble, quelle communauté affective ?

    INDIGENES montre en tout cas combien il est urgent de se parler.

    François MEYER

  • Après les "Indigènes"(1) et "Mon Colonel", les films de fiction récents prennent des libertés avec la réalité historique. C’est leur droit, mais cela contribue à une manipulation de l’opinion sur une période douloureuse et non apaisée de notre histoire.

    "Cartouches gauloises" de Mehdi Charef, diffusé le 8 août 2007, raconte l’histoire touchante de deux enfants, un musulman et un Français d’Algérie, qui ensemble ont construit une cabane près d’une petite ville d’Oranie, et qui sont confrontés aux évènements qui suivent le cessez-le-feu du 19 mars, jusqu’à l’indépendance du 1er juillet 1962.

    Les deux camps, FLN et armée française, se livrent à une lutte sans merci et multiplient les atrocités. Une famille européenne est massacrée dans son jardin par le FLN, cependant que l’armée française poursuit les contrôles de villages, les tortures, les exécutions sommaires et le jeté d’hélicoptère d’un suspect. La réalité est toute autre.

    Depuis le cessez-le-feu, il n’y avait plus d’opérations contre le FLN ni de contrôles des quartiers musulmans. La lutte contre l’OAS et l’étanchéité de la frontière étaient devenues les seules missions des forces de sécurité. En revanche, les commissions mixtes commençaient à négocier, comme à Oran avec le capitaine Bakhti, parachuté du Maroc pour reprendre en main la population musulmane, et qui coopérait avec les policiers de la mission Choc contre l’OAS. Dans la moitié nord de l’Oranais, l’ALN avait été décimée par le plan Challe de février à mars 1959, au point que le général Gambiez, commandant la région territoriale d’Oran, estimait alors que « la destruction des katibas permet d’entreprendre la reconquête des populations » ; celle-ci était en bonne voie en Oranie, dans le cadre du plan d’autodéfense active.

    Il ne restait dans les villes que de faibles éléments de l’ALN, groupes autonomes en cours de renforcement par les déserteurs de la Force locale et par les réfugiés du Maroc, rapatriés en avril-mai. Une commission de réconciliation avait réuni le 21 juin à Oran le capitaine Bakhti et les autorités civiles et religieuses.

    On notera enfin que les communautés chrétiennes et juives d’Algérie sont présentées avec bienveillance, mais que l’action se termine le 1er juillet, ce qui évite d’évoquer le massacre des Européens d’Oran le 5 juillet 1962.

    L’ennemi intime de Florent Emilio Siri fait suite, depuis le 3 octobre, au documentaire assez orienté de Patrick Rotman, ayant le même titre, et dont le réalisateur se défend de toute « démarche militante ». Venant après les porteurs de valises et la guerre sans nom, cette affirmation nous semble poser problème ; ayant franchi la ligne rouge du dénigrement dans ses documentaires, il paraît difficile qu’il revienne en arrière. Les brûlures de l’histoire, c’est du journalisme, c’est la repentance en images.

    L’action est centrée sur la confrontation d’un jeune lieutenant (engagé ?) et de son sous-officier adjoint, stéréotype de l’ancien d’Indochine. Ils conduisent au combat une section d’infanterie franco-musulmane, en juillet 1959, dans les montagnes de Kabylie. Là aussi, les atrocités envers la population sont partagées entre les deux camps, les habitants d’une mechta sont horriblement massacrés par les « moudjahidines », mais à mesure qu’on progresse dans l’action, ce sont les atrocités françaises qui prédominent : tortures, exécutions sommaires, destruction d’un village, et semble-t-il, assassinat de ses habitants. Il ne manque que les viols.

    Les actions de combat, filmées avec un réalisme qui rappelle les films américains du Vietnam, présentent une succession de situations exceptionnelles : - l’embuscade où l’on inflige des pertes sensibles à une unité amie – la section isolée dans un djebel impénétrable, qui ne semble pas avoir de capitaine, et qui se heurte à des katibas omniprésentes - le vétéran de Monte Cassino (clin d’oeil aux Indigènes) qui assassine dans le dos l’un de ses anciens compagnons d’armes - un commandant vêtu de noir (un SS ?) qui donne des ordres insensés – le sergent devenu fou, qui se fait torturer à la gégène par un soldat musulman – les arbres abattus par le tir des fusils-mitrailleurs (on se croirait à Verdun) - l’officier de renseignement tortionnaire, qui a subi les supplices de la Gestapo. Tout cela est faux, quand ce n’est pas ridicule. On comprend parfaitement le drame de conscience de ce jeune officier placé dans des circonstances d’exception. Penser que tous les officiers d’Algérie ont vécu le même drame n’est pas conforme à l’histoire.

    C’est donc une section atypique qui est engagée sans soutiens, au coeur de l’opération Jumelles (22 juillet 1959 au 8 avril 1960), au moment où les katibas se sont dispersées, et où le combat est conduit au moins au niveau de la compagnie parachutiste. Le scénario regroupe cependant une katiba, ce qui permet d’émouvoir les spectateurs en leur montrant les horribles dégâts causés par le napalm. (2)

    Alors que l’exploitation du renseignement relève du niveau régiment, cette section dispose d’un poste C9 avec génératrice, luxe inouï ! Elle torture les prisonniers PAM (pris les armes à la main), alors que la directive Salan du 19 mars 1958 prescrit de les diriger vers les CMI (centres militaires d’internement, approuvés par le CICR) où ils seront rééduquès. Ignorée également , l’action sociale conduite envers la population par les SAS, les EMSI, les médecins de l’AMG, les instituteurs du contingent, les moniteurs des foyers sportifs.

    On notera pour finir quelques erreurs historiques : - le FLN aurait demandé à négocier le 1er novembre 1954 – 2 millions d’appelés auraient servi en Algérie – 300 à 600.000 musulmans auraient été tués.

    Reconnaissons cependant que les paysages du Maroc sont d’une sauvagerie impressionnante, et que les acteurs sont magnifiquement dirigés, même si la mauvaise qualité de leur diction nuit souvent à la compréhension des dialogues.

    Maurice Faivre, le 7 octobre 2007.

    (1) A noter que le réalisateur, récompensé par la Légion d’Honneur, prépare un film qui culpabilisera la France et son armée.

    (2) Les spectateurs ne manqueront pas d’être choqués par la vision des hommes atrocement brûlés, comparables à ceux d’Hiroshima. Il faut rappeler que le napalm a été employé en Corée, en Indochine et en Algérie. Il a été autorisé le 6 avril 1956 par le général Lorillot, sauf sur les habitations. Le Comité international de la Croix Rouge n’en interdit pas formellement l’emploi contre des objectifs militaires. En 1980, une Convention des Nations-Unies en a proscrit l’emploi contre la population civile.

  • le seul a avoir nommé les pieds noirs dans ce combat a été djamel debouze que je remercie et salue son objectivité (c’est peut etre à cause de cela que le gouvernement algérien lui a refusé son visa...) ;c’est vrai qu’il y avait parmi les tirailleurs des "européens"d’afn

  • c’est marrant.
    Depuis la sortie du film Indigènes, TOUS les jeunes issus de l’immigration africaine, ont un super-aïeul qui a délivré la France à lui seul, du nazisme en 1945.. Par contre, si on rétablissait un service militaire ou civil, TOUS ces jeunes se feraient réformer sans exception, ni état d’âme....

  • Le film sur les évènement de Sétif, qui dresse un réquisitoire contre la France est sorti.

    Son titre : "Hors la loi".

    Il représentait même l’Algérie au Festival de Cannes et a été financé en partie par des capitaux français...

    Selon le réalisateur ce film contribuera a une meilleure entente entre les français métropolitain et ceux "d’origine algérienne"...

    Je doute que tous "les français originaires d’Algérie partage son point de vue"

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