Sira Avetisyan

Illuminations arméniennes

par Marie-Gabrielle Leblanc

mardi 26 mars 2019

L’art de l’enluminure religieuse est bien vivant en Arménie. L’une de ces artistes, Sira Avetisyan, expose à Paris ces petites merveilles. Enluminures arméniennes de Sira Avetisyan. Exposition-vente à la Librairie Fenêtre sur l’Asie, 49 rue Gay-Lussac, 75005 Paris. Du 29 mars au 6 avril. Tous les jours de 12 h 30 à 19 h 30, sauf dimanche.

Plus de onze mille manuscrits complets et deux mille fragments : c’est le musée du Matenadaran – «  dépôt de manuscrits  » – à Yerevan qui expose d’ordinaire les trésors orginaux de l’enluminure arménienne, à partir du IXe siècle. Il fut fondé en 1959, regroupant les bibliothèques des monastères fermés à l’ère soviétique. Rappelons que l’écriture arménienne fut inventée en 405 par le moine Mesrop Machtots. Et que l’Arménie s’est convertie au christianisme en 301 sous le roi Tiridate III, ce qui en fait le premier État au monde officiellement chrétien.

L’enluminure arménienne prend sa source dans l’art copte d’Égypte et dans l’art byzantin. Mais avec un style très particulier, parfaitement reconnaissable et profondément original, à la croisée de l’Orient et de l’Occident. Son apogée est aux XIIIe et XIVe siècles. Elle est composée comme une icône, mais avec une feinte naïveté, et aime les couleurs joyeuses et intenses : vermillon, carmin, bleu lapis, bleuet, ciel ou lavande, pourpre, orange, rose, violet, vert émeraude.

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Sira Avetisyan

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À notre époque, Sira Avetisyan s’est inspirée de ces chefs-d’œuvre : les Rameaux de l’évangéliaire du monastère de Haghpat, par Margaré (1211), l’Annonciation d’un évangéliaire de 1323 par Toros Taronatsi. Les compositions les plus radicalement originales – et les moins byzantines – sont le Lavement des pieds, avec les apôtres comme une pyramide, et la Cène, fascinante par la géométrisation en cercle des apôtres.
Une autre spécialité arménienne est les khatchkars, des stèles cruciformes apparues au IVe siècle. Ils sont considérés comme la quintessence de l’âme arménienne, au même titre que l’enluminure, le chant liturgique, les fresques et icônes et la musique de duduk, une flûte au son mélancolique et envoûtant.

Coupure avec Rome

En 451, l’Église arménienne, à la suite de celles d’Alexandrie et d’Antioche, refusa le concile de Chalcédoine, plus sur des malentendus politiques et linguistiques que pour de réels motifs théologiques. Ce fut la coupure avec Rome et Byzance. L’Église apostolique arménienne fait ainsi partie des Églises «  pré-chalcédoniennes  », avec l’Église copte-orthodoxe d’Égypte et Éthiopie, et l’Église syriaque-orthodoxe en Syrie.

Mais au fil des siècles, l’Arménie a gardé ses traditions, car avec les génocides successifs perpétrés par les Ottomans – plus de trois cent mille tués de 1894 à 1896, et plus d’un million et demi en 1915 –, chaque Arménien qui se perfectionne dans ces domaines a le sentiment aigu d’en devenir porteur et transmetteur. De perpétuer l’héritage d’un grand pays aux trois quarts disparu, absorbé par la Turquie.Bien qu’étant passées toutes les deux par le rouleau compresseur soviétique pendant soixante-dix ans, une autre ex-république d’URSS, la Géorgie voisine, a elle complètement perdu ses arts et artisanat traditionnels, les icônes en émail cloisoné et la dinanderie de cuivre. Les civilisations sont chose fragile…
Sira Evetisyan, une vocation.

Siranush Avetisyan – Sira est son nom d’artiste – est née et vit à Yérevan, capitale de l’Arménie. Ses études ne l’avaient nullement préparée à embrasser cet art traditionnel, puisqu’elle est psychologue de formation. Elle a été conduite à l’enluminure par son travail dans des revues chrétiennes, où elle a supervisé les pages destinées aux enfants («  Histoires des saints  », «  Comment l’Arménie est devenue chrétienne  »…), ainsi que des émissions sur les mêmes thèmes à la radio.

Elle s’est alors passionnée pour la miniature. Elle aime sa délicatesse et sa sensibilité, et ses couleurs qui sont comme vivantes. Elle a découvert comment ces peintres, travaillant avec une telle maîtrise sur une toute petite surface de papier ou parchemin, ont su transmettre les états d’âme des personnages : émotion, tristesse, joie… Et un beau jour, voici quatorze ans, elle a décidé de se lancer et vit depuis dans cet univers avec grand bonheur. Elle a exposé ses œuvres à Yerevan, au Canada, en Suisse et en France.

Les touristes qui visitent l’Arménie ont l’occasion de voir et d’acheter des miniatures, enluminées dans la tradition sur vélin ou sur papier. Surtout à Yerevan la capitale, dans les boutiques des musées ou au Vernissage, célèbre brocante en plein air. La Librairie Gay-Lussac-Fenêtre sur l’Asie, au Quartier latin à Paris, fait venir une de ces artistes pour une exposition-vente : une occasion rare. Un beau cadeau à se faire, ou à offrir pour une communion ou un mariage, plus abordable qu’une icône byzantine sur bois. 

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