Il y a dix ans le cardinal Lustiger

par Gérard Leclerc

lundi 4 septembre 2017

Le dixième anniversaire du retour au Père du cardinal Jean-Marie Lustiger donne lieu à divers événements, dont un colloque historique (du 12 au 14 octobre prochain) qui permettra de prendre la mesure d’une personnalité hors du commun, dans les divers aspects de sa trajectoire personnelle [1].

Rien n’est plus justifié que ce retour sur une personnalité qui a marqué l’Église de France d’une façon singulière. L’auteur de ces lignes peut en témoigner, ayant eu la chance d’approcher souvent le cardinal Lustiger durant le quart de siècle de son épiscopat parisien. Avec le recul du temps, il nous est précieux de comprendre en quoi le pasteur a pu se distinguer en opposition avec le climat défaitiste qui régnait trop souvent à l’intérieur même de l’Église [2].

Jean-Marie Lustiger ne se résignait pas, tout simplement parce qu’il était un homme de foi, totalement investi dans le mystère du Dieu qui s’était révélé au peuple d’Israël et s’était incarné en la personne de Jésus Christ. Son destin personnel et familial lui avait appris le tragique de la condition humaine, et il le revivait chaque jour en offrant le sacrifice de la messe. Tout était contenu, pour lui, dans l’oblation du Seigneur qui avait accompli la Pâque éternelle. Je me souviendrai toujours de la question qu’il avait posée à ma petite fille de quatre ans, au terme de la cérémonie si impressionnante du Vendredi saint : « Tu as compris ? » Le oui de l’enfant suffisait dans le silence de la cathédrale à témoigner que l’amour offert continuerait jusqu’à la fin à ouvrir les cœurs au mystère du Dieu qui a fait alliance avec les hommes.

Tout le reste en découlait, avec son regard prophétique sur le présent, qui se référait à sa méditation continuelle de l’Écriture. Sa sensibilité extrême à l’héritage juif qu’il portait au plus profond de lui-même le restituait à la plus essentielle tradition ecclésiale. Comme l’écrivait le père de Lubac dans son grand livre sur Origène : « D’un bout à l’autre des deux Testaments, c’est un même Dessein qui s’accomplit, c’est toujours l’unique Dessein de Dieu. » Un dessein qui donnait à l’archevêque de Paris l’intelligence exceptionnelle du présent qui était la sienne et qui lui permettait de décider des orientations de son action pastorale. Dix ans après, son exemple demeure, avec la même force spirituelle qui brise les obstacles et poursuit l’édification de l’Église, qu’il servit de façon exemplaire. 


[1Jean-Marie Lustiger, entre crises et recompositions catholiques, de 1954 à 2007. Programme et informations : http://www.notredamedeparis.fr/colloque-lustiger/.

[2Le beau petit livre de Bertrand de Feydeau, Au côté du cardinal Lustiger (Cerf) est spécialement à recommander, tant il rend un témoignage proche de la personnalité du créateur, avec l’exemple privilégié du Collège des Bernardins.

Messages

  • Vous avez raison de parler du cardinal Jean-Marie Lustiger. Le dixième anniversaire de sa mort est passé trop inaperçu, beaucoup trop. Je crois que vous exprimez très bien la raison de cet effacement du paysage français, international et parisien : vous exprimez surtout des faits qui impliquent de la nostalgie envers un homme qui a tenté de suivre Dieu. Aujourd’hui, il laisse une mémoire, bien rarement une projection vers le futur de l’Eglise que celle-ci soit parisienne ou catholique en général. Cette nostalgie s’exprime dans les déclarations des personnes qui l’ont connu. Je ne sais pas si le colloque organisé par le Collège des Bernardins en octobre prochain pourra rectifier cette impression que j’entends aussi de la part de personnes qui l’ont bien connu, directement, depuis le teps du Centre Richelieu en passant par sa paroisse et ensuite comme évêque.
    Je ne sais pas non plus ce que signifie cette nostalgie qui pousse les gens à le décrire dans un passé qui est evidemment révolu, mais lui, souhaitais revenir dans trente ans après sa mort pour jeter un coup d’oeil. Or, à ce niveau, les dix ans de sa disparition ressemblent plus à une notice nécrologique qu’à une percée sur l’avenir de l’Eglise telle qu’elle est. Un polonais de la Butte Montmarte, avait-il déclaré en réponse à ceux qui fantasmaient sur son identité presque papale. Il faut aussi le décrire pour ce qu’il a été et non pour des rêves un peu trop chimériques. Il y a eu un grand archevêque à Paris... il s’y trouvait e nfait à l’étroit.

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