Philippe de Villiers

« Il faut dire que la France est belle »

propos recueillis par Aymeric Pourbaix

vendredi 3 juillet 2020

Phiilippe de Villiers
© Jacques Torregano

Dans son dernier livre, Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au Nouveau Monde, le fondateur du Puy du Fou dresse un premier bilan percutant de la crise sanitaire. Et conclut par un hymne amoureux à la France.

Vous dites que le politique doit prendre en compte le temps long. Quelle est la leçon à tirer des épidémies du passé ?

Philippe de Villiers : Depuis Périclès, la lèpre et la peste noire, on sait qu’il n’y a qu’une seule manière d’arrêter un virus, c’est de lui couper la route. C’est la raison pour laquelle le monde s’est organisé en un monde de nations, avec des frontières. C’est même à cela que servent les frontières : à fermer les portes au virus, qui par définition est un grand voyageur.

Du temps de la lèpre ou de la peste, il voyageait par les Routes de la soie ou par la mer, c’est ainsi que furent inventés, pour y faire face et l’enfermer, la quarantaine et le lazaret ; aujourd’hui, le virus a une prédilection pour le supersonique et les hubs.

Le monde sans frontières est son monde favori. La mondialisation heureuse le rend de plus en plus heureux. Mais elle nous a rendus malades. Parce que sa folle prétention d’abattre les frontières et la souveraineté a démuni les États et les peuples. La mondialisation est pandémique par nature et par destination. Elle est virale. Voilà la grande leçon.

Le contraire du progressisme pour vous n’est pas le conservatisme, mais un art de vivre… ?

La France est un art de vivre. Un art de vivre son histoire, c’est-à-dire de la cultiver, d’y ajouter une harmonique singulière, une petite strophe, comme on ajoute un mot à un long poème. Le contraire de l’art de vivre, c’est la barbarie, c’est-à-dire l’amnésie et la violence. La France est à la fois une histoire, un art de vivre et une langue.

Le grand historien Jacques Bainville disait : « La France est mieux qu’une race, c’est une nation. » La France a toujours été multi-ethnique – d’ailleurs la Martinique a été française avant la Corse –, elle n’a jamais été multiculturelle. Mais uni-culturelle : il y a une culture française, une civilisation, qui correspond à ce que dit Paul Valéry de l’Occident : est une terre française ce qui a été romanisé, christianisé, et soumis à l’esprit et à la discipline des Grecs.

C’est la raison pour laquelle quand on met sur le même plan toutes les religions qui sont pratiquées sur le territoire national, on commet une erreur majeure, mortifère. Il faut accorder la prééminence à la religion qui a fait la France. Or c’est la chrétienté qui a fait la France. La société multiculturelle est porteuse d’une société multi-conflictuelle.

Comment refaire le « peuple amoureux » que vous évoquez ?

Il faut surtout imposer la « francisation », pour reprendre un mot d’Edgar Morin, sur le territoire national. Ce qu’on appelait jadis l’assimilation. Si on continue d’accueillir chez nous des populations de nos anciennes colonies, sans exiger d’elles qu’elles rejoignent la France en la mettant dans leur cœur, avec un petit peu de feu, alors le prochain virus sera celui du séparatisme. Nous préparons la juxtaposition en France de communautés animées par le ressentiment.

C’est tout le sens du mouvement racialiste, qui veut nous assigner à résidence en raison de notre couleur de peau, et qui surfe sur l’idée de la revanche. Ces gens-là considèrent que la France est une puissance étrangère chez elle, qu’elle doit rendre des comptes, et expier. Ce que veulent les nouveaux colons, c’est que la France accepte de se déconstruire, c’est la mise en accusation de son patrimoine. Pour être reconfigurée.

Il est urgent de comprendre à nouveau qu’une nation est un lien amoureux. Il faut refaire un peuple amoureux. Et pour cela, il faut passer par la porte du beau. Il ne s’agit plus de dire que la France fut rayonnante, et grande, et puissante. Auprès de la jeunesse française qui est une jeunesse d’écorchés vifs, ce discours ne passe plus. Il faut dire que la France est belle. Que cette beauté mystérieuse est nécessaire à la paix du monde.

Montrer les beautés françaises. C’est ce que nous essayons de faire avec le « légendaire » au Puy du Fou. Le succès populaire du parc est une indication sur la soif d’« eau vive »...

Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans le magazine.

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Philippe de Villiers, Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au Nouveau Monde, Fayard, 2020, 153 p., 15 €.

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