II - Le combat spirituel

par le Père François de Vorges

jeudi 10 mars 2011

Contre qui se battre ?

Pourquoi se priver ?

Et la Parole de Dieu ?

À l’image du Christ au désert, nous sommes invités à lutter, mais contre qui ? Le démon, démasqué par Jésus, ne se montre jamais à visage découvert. Il se sert de toute notre vie quotidienne pour nous écarter de Dieu : satisfactions immédiates, plaisirs trompeurs…C’est donc contre nous-même que nous sommes invités à nous battre. Les Anciens faisaient de cette lutte une preuve de leur liberté intérieure : « Je suis maître de moi comme de l’univers. » Le baptisé est plus modeste. Il reconnaît sa faiblesse mais mise sur la victoire du Christ.
Celle-ci passe d’abord par une réelle distance par rapport à des réalités mauvaises. Éviter le péché. Mais vous conviendrez que ceci n’est pas spécifique du carême, il faut toujours éviter le péché. Le moyen traditionnel pour cela est la lutte contre nos défauts, surtout ceux dont nous savons qu’ils ont la fâcheuse tendance à nous éloigner de la volonté de Dieu. Ne soyons pas pour autant naïfs. Ces défauts nous collent à la peau et nous serons couchés dans notre cercueil avec la collection complète des défauts qui sont actuellement ceux de notre vie adulte. Pourtant, il nous est demandé d’essayer de les juguler, de ruser avec eux, de mettre à l’ordre du jour un effort pour les empêcher de nuire. Ce choix donnera à notre confession un certain relief. Il apportera au Seigneur la preuve que nous ne prenons pas notre parti de ces pentes fâcheuses de notre être.

Pour éviter le péché, ce temps nous est offert en choisissant une autre lutte : celle d’un certain détachement, d’une certaine privation, même de réalités bonnes. De même que le Christ s’est privé de nourriture pendant ses quarante jours de jeûne, de même le baptisé, armé de la force du Christ doit renoncer même à des choses bonnes. Ces privations peuvent être dans l’ordre de la nourriture ou de la boisson, mais aussi dans d’autres domaines : loisirs, télévision, tabac, et pourquoi pas, relations conjugales. Cela n’a pas d’autre but que de nous tourner vers l’essentiel, l’union au Christ.

C’est aussi cette volonté de lui ressembler qui va nous donner un moyen puissant de lutte : la Parole de Dieu. Comme le Christ qui répond au tentateur par des phrases d’Écriture, le baptisé, en ruminant chaque jour telle ou telle phrase lue le matin, trouvera la force de lutter contre le péché et de rejoindre le Christ dans telle ou telle privation. Les replis de notre lutte intérieure sont tels que nous ne devons pas nous étonner que certaines citations peuvent nous venir à l’esprit en sens contraire. C’est bien ce qu’a fait le démon en répondant au Christ par d’autres phrases d’Écriture ! Comme le Christ, soyons tellement imprégnés de ces textes que le vrai sens nous aidera à débusquer ces fausses interprétations.

Dire que chacun de nous aura toujours le dernier mot ne nous est pas donné. Nous ne sommes tenus qu’à l’effort, c’est Dieu qui donne la réussite.
Bon carême de lutte grâce à la Parole de Dieu.
Père de VORGES

Messages

  • « …ces privations peuvent être dans l’ordre de la nourriture ou de la boisson, mais aussi dans d’autres domaines : loisirs, télévision, tabac, et pourquoi par relations conjugales. Cela n’a pas d’autre but que de nous tourner vers l’essentiel, l’union au Christ ».

    J’ai été très choqué par cette proposition qui me semble en opposition avec l’enseignement de l’Eglise et particulièrement, les avancées faites par Jean-Paul II.
    Voici une citation de La sexualité selon Jean-Paul II d’Yves Semen qui saura mieux répondre que moi :
    p. 205, éditions Presse de la Renaissance
    « l’acte sexuel authentiquement vécu comme communion des personnes conduit les époux à la communion à Dieu (…). C’est probablement parce qu’il manquait à l’Eglise cette théologie du corps développée par Jean-Paul II que l’on a pendant si longtemps considéré que l’union physique des époux pouvait constituer un cas d’exclusion ou d’éloignement de la communion eucharistique et qu’il convenait de s’en abstenir durant certains temps liturgiques (Avent, Carême) et à l’occasion de certaines fêtes, particulièrement celles de la Vierge Marie. Il semble que l’on ne pouvait s’interdire de poser une certaine contradiction entre l’union sexuelle des époux et leur union à Dieu. Si l’acte sexuel est une simple union des corps dont le seul but est le plaisir partagé, même légitimement, on peut comprendre cette attitude. S’il est vécu comme une authentique communion des personnes, avec toutes les exigences que comporte cette communion, alors elle devient scandaleuse. On devrait au contraire prôner l’union-communion des époux comme une sorte de propédeutique de la communion à Dieu et, réciproquement, faire de la communion à Dieu une voie d’atteinte de la pleine communion des époux ».

    • Je ne pense pas que toute la théologie du corps splendidement développée par Jean-Paul II s’oppose à la notion de sacrifice, en particulier dans le domaine des relations conjugales. C’est justement parce que le don des époux est une chose belle et bonne qu’il peut être la matière d’un sacrifice d’agréable odeur devant Dieu comme le furent les offrandes d’Abel le juste qui, contrairement à Caïn, immolait les plus belles bêtes de son troupeau.
      Par ailleurs, la communion des époux ne sera pas altérée si leur union est davantage spiritualisée durant ce temps de grâce du Carême et cette période d’abstinence leur sera source de grâce pour acquérir la pleine maîtrise de leurs corps ; cet effort leur permettra sans doute d’approcher l’idéal du don conjugal - âme/esprit/corps - dont les confesseurs savent bien qu’il reste difficile à atteindre même chez les époux les plus chrétiens...

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