Histoire et insécurité culturelle

par Gérard Leclerc

jeudi 4 juin 2015

Hier, s’est tenu à Paris un colloque à propos de la réforme envisagée des programmes d’histoire. On y voit la volonté de Mme Vallaud-Belkacem d’apaiser les polémiques assez vives de ces derniers temps. La parole a été donnée à des opposants directs à la réforme comme Pierre Nora et Patrice Gueniffey. Mais Le Figaro note aussi que la majorité des intervenants est plutôt d’un autre bord, avec l’idée d’une histoire structurée de part en part par la lutte entre les dominés et les dominants. La théorie marxiste de la lutte des classes a été rénovée dans la foulée de la sociologie d’un Pierre Bourdieu et des courants polarisés par les luttes des minorités ethniques et sexuelles. Le Monde s’oppose à cette interprétation qu’il impute à une instrumentalisation politique droitière.

Pourtant, il est impossible de nier qu’il existe une véritable guerre culturelle en France, et que cette guerre trouve un terrain d’expansion dans ce que Laurent Bouvet appelle « l’insécurité culturelle ». Une grande partie de la population se trouve déstabilisée par un sentiment de désappropriation de son identité. On peut penser que c’est exagéré et qu’il est dangereux d’attiser une telle inquiétude. Mais celle-ci est irrécusable. On ne peut nier non plus que la question des programmes d’histoire à l’école participe de cette déstabilisation. Si nous ne sommes plus rassemblés autour d’un récit national commun, nous sommes en danger de dislocation nationale.

Il faut ajouter à cela que l’enseignement (au sens le plus large), risque de devenir le champ clos des luttes idéologiques qui nous renvoient à ce qui se passe dans les universités américaines aux prises avec la police lexicale du politiquement correct. Justement, dans Le Figaro encore, un excellent article de Laure Mandeville illustre cet étrange climat de police de la pensée, qui finit par brider toute liberté intellectuelle. Pour nous, c’est au moins un danger potentiel. Comment y parer ? Je n’ai pas de remède miracle, Mais il y a une sérieuse réflexion à mener en commun, si nous voulons échapper au piège d’un récit national qui aurait volé en éclat.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 juin 2015.

Messages

  • Voilà enfin un constat lucide qui ose appeler un chat un chat. Rien de trop et c’est même trop modéré, parce que déjà là pour le contrôle politiquement correct des pensées dans le monde universitaire, avec un rôle en pointe depuis plus de vingt ans de l’EHESS..

    Effectivement la sociologie s’est transformée, dans sa tendance hégémonique de surcroît incrustée dans les syndicats maîtres, au niveau universitaire du recrutement par le Conseil National des Universités, en appareil idéologique de plus en plus monocolore.

    Il est sous contrôle notamment de l’église bourdivine organisée nationalement pour monopoliser les places et l’argent, et plus récemment, des sectateurs du gender (gender studies) menés, sans que beaucoup s’en rendent compte par les extrémistes Queer, (avec le think tank du fils du président Hollande.

    On a affaire là, sous protection d’Etat à un délire théorique et pratique de toute puissance sur les sexes naturellement induits et explicitement avancés comme "contre nature" (le prochain colloque d’une association de "sociologues) et pensés dans binarité de prédateurs (les hommes les "hétérosexuels blancs’, versus les femmes mais surtout les tenants très masculins de l’homosexualisme (concept forgé par l’éminent Pierre Legendre et des psychananalystes peu nombreux résistant à la nouvelle emprise).

    Effectivement le récit national a été délibérément déconstruit et redigéré idéologiquement dans une vision orientée principalement par les "Studies" anglo-américaine, essentiellement problématisés par un rapport binaire de domination, concept foncièrement éthologiques (sociétés animales dans l’usage primaire qui en est fait. On essentialise, pour l’éternité les situations historiques passées (post-colonial studies), ou les analyses logomachiques de la sociologie du temps de la lutte des classes (Bourdieu Passeron Baudelot..), assimilant toute la culture transmise, art, humanités, grandes œuvres universelles jadis promues par A Malraux..., à la bourgeoisie d’abord et, désormais, à des "dominants" indifférenciés.

    Aux étudiants il n’est désormais majoritairement plus transmis qu’un nouveau catéchisme, excluant toute pluralité et toute prudence problématique tellement indispensable dans ces sciences molles et l’apologie de la clôture (la science est terminée), à l’égard de toute connaissance des sociétés humaines - ce qu’il y a pourtant de plus complexe à penser - qui ne soit strictement intégrée à cette vision simpliste et surtout grosse de violence comme de mépris à l’égard du "sens commun", en l’occurrence leurs congénères humains sauf eux.

    Il n’est plus temps d’attendre le bétonnage définitif de cette situation déjà largement installée, c’est à une résistance organisée des esprits libres et lucides et pour le moins au nom d’une vitale pluralité problématique.
    Le camp de la déconstruction est au pouvoir dans les appareils de pouvoir à la fois privés et adossés à l’Etat désormais ouvertement engagé dans ce que j’appelle désormais (comme historien et sociologue, - retraité mais actif comme chercheur -) un nouveau Kulturkampf où, ce n’est pas un hasard l’église catholique est a priori le principal ennemi à abattre, condensant toutes les dites anciennes dominations, et les pensées réactionnaires archaïques etc.

    Si la résistance ne s’organise pas il sera bientôt trop tard, tant pour qu’il y ait encore du monde à revendiquer mille ans au moins d’histoire de France, et le refus de la table rase des grandes cultures qui depuis trois mille ans nous ont, à titre divers, humanisés.

    • Très intéressant développement du sujet présenté dans l’article de G. Leclerc. Avant d’écrire cette petite phrase, j’avoue avoir lu très attentivement l’article et ensuite la contribution ci-dessus.

      S’il devait y avoir débat sur ce thème il ne saurait être que de qualité, je veux dire, sérieusement entrepris après mure réflexion et compréhension. L’enjeu est d’importance. Il y va de l’avenir dans toutes ses dimensions. On ne saurait traiter un tel sujet à la légère sans argumentation conséquente.

      D’actualité, cette question, comme on le voit, mérite d’être considérée avec un maximum d’attention et de sérieux sans aucune interférence étrangère inopportune dans ce problème spécifique.

      Merci à Gérard Leclerc pour son article et aussi à l’auteur de cette première intervention dont le contenu et l’éclairage sont dignes d’un grand intérêt. Voilà, à mon humble avis, des bases saines et sérieuses qui appellent de non moins sérieuses et approfondies contributions.

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