Gustave Thibon

par Gérard Leclerc

jeudi 19 décembre 2013

Pour qui a eu la chance de rencontrer Gustave Thibon, le superbe document réalisé par Patrick Buisson pour la chaîne Histoire constitue un moment rare de retrouvailles. Pour ceux qui ne l’ont pas connu, ce sera l’heureuse surprise d’une découverte. Je fais partie des premiers, puisque j’ai eu le privilège de rencontrer plusieurs fois le philosophe, notamment sur ses terres provençales. Je connaissais le penseur, l’écrivain, mais la présence de l’homme ajoutait quelque chose à la lecture de ses livres. Car la personnalité ne trahissait pas la pensée, bien au contraire. Elle l’incarnait exactement, avec un ton de vérité qui n’appartenait qu’à lui. D’où mon émotion de le revoir si vivant, si lui-même, à l’écran, tel que je l’avais connu, dans sa spontanéité, sa profondeur, sa flamme.

Bien sûr, on l’entend dans le film citer Simone Weil, son interlocutrice capitale. Quand je pense à lui, je ne puis m’empêcher de l’associer à elle. Il avait toujours une de ses citations en tête qui, sur le champ, faisait comme rebondir la conversation, en l’établissant à une hauteur qui empêchait d’être inégal à l’absolu qui la dévorait. Thibon m’a raconté des anecdotes à son propos, la plus marquante concernait Léon Trotski. Simone avait, en effet, exigé de ses parents, qui n’avaient rien de révolutionnaires, qu’ils reçoivent à leur domicile le fondateur de l’Armée rouge, alors proscrit et poursuivi par toutes les polices de Staline.

Mais l’essentiel, c’est ce qu’a apporté Simone Weil à Thibon, lorsqu’il l’a accueillie pendant la guerre à Saint-Marcel-d’Ardèche. Le mot, qui a une saveur évangélique, peut paraître un peu fort. Mais je ne puis m’empêcher de penser à une véritable Visitation. Bien sûr, l’homme était prédestiné, en quelque sorte, à recevoir cette visite, mais elle l’a confirmé définitivement dans sa vocation de penseur qui n’échappera plus à la confrontation avec Dieu. Confrontation nullement facile, où Thibon connaîtra, à sa façon, la nuit des mystiques. Merci à Patrick Buisson de l’avoir restitué dans son dialogue le plus fervent et sa quête la plus purifiante.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 19 décembre 2013.

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