Guerre idéologique

par Gérard Leclerc

mercredi 23 septembre 2015

Est-il exagéré d’affirmer que la guerre idéologique fait rage en France, en ce moment ? Grâce au ciel, on en reste au terrain du débat des idées. Mais force est de constater que les joutes intellectuelles sont plutôt musclées, d’autant qu’elles semblent définir deux camps antagonistes. Pourtant les personnalités qui s’affrontent ont leur profil singulier, leur dialectique propre et se réclament souvent de familles spirituelles différenciées. Qu’importe, la règle du jeu exige une bi-polarité impérative. Un exemple : Michel Onfray, dont j’ai parlé à cette tribune à plusieurs reprises. Voilà un homme, à l’origine solidement campé à gauche, notamment du fait de son athéisme revendiqué et de ses inclinations libertaires. Eh bien, le voilà maintenant sinon classé à droite, du moins dénoncé comme complice de l’extrême droite. Cela nous vaut des unes du Monde et de Libération ces jours derniers, ainsi qu’une solide empoignade sur le plateau d’On n’est pas couché, l’émission de Laurent Ruquier sur France 2.

Laurent Joffrin conduit l’offensive à Libération et il est catégorique : Onfray est désormais passé à l’autre bord, proche d’Éric Zemmour, de Michel Houellebecq, en compagnonnage étroit avec Alain Finkielkraut. Lequel réplique dans Le Monde d’hier, en dénonçant un retour aux années staliniennes, où l’ennemi de classe était forcément fasciste. Ce n’est plus le temps de la vérité, affirme-t-il, c’est celui de la Pravda. La Pravda comme l’organe centrale du Parti communiste soviétique, détenteur d’une vérité obligatoire, la voix du maître du Kremlin. Un tel langage se comprend dans un climat de passions, qui n’est d’ailleurs pas forcément pervers. C’est une heureuse chose que de pouvoir opposer ses convictions à celles d’autrui. Simplement, on peut émettre le vœu que cette bataille permette d’éclairer un peu mieux les enjeux du temps, qu’elle soit la plus loyale possible et qu’elle permette de déterminer où sont les véritables désaccords. La violence rhétorique est parfois le meilleur moyen de brouiller les perspectives, ne serait-ce qu’en diabolisant le partenaire pour le faire taire. Nous n’avons pas besoin de la police de la pensée, nous avons besoin d’une liberté généreuse, qui n’exclue pas l’estime de l’autre.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 23 septembre 2015.

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