Gratitude chrétienne

Stephen P. White, traduit par Claude

mardi 5 janvier 2021

Expulsion du jardin d’Éden par Thomas Cole, 1828
[Musée des beaux-arts de Boston]

Il y a quelques années, à une époque particulièrement sombre et troublée, un juif américain vivant à l’étranger a écrit à son ami catholique aux États-Unis pour le plaindre : « En regardant de l’autre côté des mers ma terre natale, je vois que les barbares ont tout pris en main. Vous avez de la chance : pour vous, le désespoir est un péché.

Entre la résurgence des fermetures de COVID, le rapport McCarrick tant attendu mais toujours douloureux et les fièvres post-électorales auxquelles nous sommes quotidiennement soumis, les choses ont été un peu compliquées ces derniers temps. Je me suis dit plus d’une fois que nous, catholiques, avons vraiment de la chance que le désespoir soit un péché. Dans des moments comme ceux-ci, un peu de perspective et un peu d’humour font beaucoup.

La vérité est que les choses ont été un peu compliquées depuis le troisième chapitre de la Genèse, lorsque nos voleurs de verger ancestraux se sont frayé un chemin hors d’Éden et ont laissé le reste d’entre nous dans l’embarras. L’auteur de l’Ecclésiaste nous rappelle : « Ce qui a été sera de nouveau, ce qui a été fait sera refait ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil ». Une telle résignation face à un monde déchu n’est peut-être pas du désespoir, mais elle en est un proche cousin.

Parfois, l’humour peut nous montrer la frontière entre la résignation et le désespoir. Le pape Jean-Paul II a réussi à se prendre les doigts dans une porte de voiture. Quelqu’un près de lui l’entendit marmonner dans sa barbe : « Merci, Seigneur, de m’aimer ainsi. » Cette prière est l’une de mes préférées depuis que j’ai entendu l’histoire pour la première fois, notamment parce que c’est la seule prière que je connaisse qui puisse être priée, simultanément, avec des mesures égales de piété et de sarcasme.

Lorsque Notre Seigneur a béni une difficulté mineure de sainte Thérèse d’Avila (elle était tombée dans la boue), la carmélite a informé le Seigneur de l’Univers : « Si c’est ainsi que vous traitez vos amis, il n’est pas étonnant que vous en ayez si peu ! »

Il y a de l’amour dans ce genre de reproche humoristique. Les liens d’amitié ne permettent pas seulement de telles réprimandes, dans les liens d’amitié de telles pointes sont le signe d’une véritable intimité et même de joie. C’est le signe d’une amitié forte quand on peut se moquer de l’autre et que le résultat est le renforcement de l’amitié plutôt que sa dissolution.

Tout n’est pas une grosse blague, bien sûr. Le monde va mal. Le monde est rempli de souffrance. Il y a plus que suffisamment de raisons de se sentir trahi, cynique et en colère. L’espoir ne pousse pas sur les arbres. Et juste comme ça, nous sommes encore de retour à Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité. »

Le début de la confiance en la providence de Dieu commence par la perte de notre sens du contrôle. En ce sens, se résigner à la futilité des efforts humains face aux difficultés du monde est proche du désespoir, mais c’est aussi le début de la voie vers l’espoir. La prise de conscience que nous n’avons pas le contrôle, que nous ne sommes pas des dieux, est décisive. Nous devons être reconnaissants de ne pas être responsables de sauver ce monde brisé et misérable. Si son salut dépendait de nous, le monde serait sans espoir.

Comme je l’ai dit, il en est ainsi depuis le début - ou à peu près le début. Quand Adam et Ève ont péché, leur punition était la souffrance, le travail et la mort. Leur punition était juste. Mais la justice de leur châtiment était aussi un signe de la miséricorde de Dieu.

Alors le Seigneur Dieu dit : Voit ! L’homme est devenu comme l’un de nous, connaissant le bien et le mal ! Maintenant, qu’est ce qui se passera s’il tend la main pour prendre du fruit de l’arbre de vie, en mange et vit pour toujours ?

L’Éternel Dieu l’a donc banni du jardin d’Éden, pour qu’il cultive le sol d’où il avait été tiré.

Adam et Ève ont été expulsés de l’Éden comme juste punition pour leur péché, mais aussi pour qu’ils ne restent pas éternellement dans cet état déchu. La mort est le chemin que Dieu nous donne pour échapper à cette vallée de larmes. La grâce était là dans le jardin, même lors de la chute. La grâce était là à Gethsémani et là-bas au Calvaire. La grâce de Dieu n’était pas seulement présente, elle transformait activement la pire des manipulations du diable et le plus odieux de nos péchés en le moyen même de notre salut. Quelle est la limite entre la résignation et le désespoir, entre l’abandon de notre fierté et la perte d’espoir ? La ligne de démarcation est la propre providence de Dieu.

Nous souffrirons. Nous mourrons. Et parce que nous savons que les pires calamités qui ne pourraient jamais nous arriver ne sont rien de moins que des occasions pour Dieu de répandre sa grâce et sa miséricorde sur le monde : en toutes choses, Dieu œuvre pour le bien de ceux qui l’aiment.

Je ne peux avoir aucune pensée plus réconfortante que cela. Je ne peux penser à aucune raison plus grande d’être reconnaissant. Il n’y a pas de raison plus grande pour s’exclamer : « Merci, Seigneur, de nous aimer ainsi. »


Voir en ligne : The Catholic Thing

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