Gilets jaunes. Sortir absolument de l’impasse

par Gérard Leclerc

lundi 3 décembre 2018

Paris, mais pas seulement Paris, a connu samedi une soirée d’émeutes, avec des scènes de guerre civile. Il est évident que le ministère de l’Intérieur et les forces de l’ordre ont été débordés. Que faire face à une telle violence, sinon déployer une autre violence qui nous amène à l’impasse. Certaines personnalités de l’opposition ont accusé le gouvernement de vouloir tirer profit de la situation, qui commence à susciter l’indignation de la population contre pareille chienlit. Je n’y crois pas du tout parce qu’il y a aussi risque pour le pouvoir de révéler son impuissance et de perdre le peu de confiance qu’il garde encore dans l’opinion.

Qu’on le veuille ou pas, il est extrêmement difficile de s’affronter à un phénomène de cet ordre, puisqu’il ne dispose d’aucune structure organisée et que le Premier ministre peine à trouver des interlocuteurs qui se trouvent très vite désavoués par la base. Par ailleurs, l’anarchie – au sens étymologique du terme – des gilets jaunes explique aussi leur fragilité par rapport à ce qu’on appelle les casseurs, ces professionnels de la rue qui excellent à profiter de l’agitation sociale. Il est patent que beaucoup de gilets finissent par se laisser entraîner dans des processus de débordement, au grand dam de ceux qui désespèrent de manifester pacifiquement.

Allons-nous vers la proclamation de l’état d’urgence ? Il n’est pas possible d’envisager d’autres journées d’émeutes qui nous renverraient à la révolte des banlieues de 2005. Celles qu’eurent à affronter sous Jacques Chirac, le premier ministre Dominique de Villepin et le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy. Ces émeutes ne mettaient pas du tout en cause le même public. Les banlieues dites à risque et les gilets jaunes, ce sont deux mondes différents, même s’ils sont tous les deux inflammables. Aucun signe pour le moment de contagion entre eux ! Encore heureux pour Emmanuel Macron, qui va devoir dénouer au plus vite la crise actuelle. Ce sera forcément par des décisions ciblées par rapport aux revendications des gilets jaunes, en aucun cas par de simples mesures d’ordre public.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 3 décembre 2018.

Pour aller plus loin :

Messages

  • J’avoue n’avoir pas la même confiance que vous en l’honnêteté du pouvoir à l’occasion de ces manifestations et de ces débordements. Ces derniers étaient prévisibles et quand j’entends prétendre que la sécurisation de l’Arc de triomphe était impossible, il me semble que soit on nous prend pour des imbéciles soit il y a une belle brochette d’incompétents place Beauveau. Avec ces violences des casseurs, il me semble que l’Exécutif cherche à séparer une "majorité silencieuse" de l’action des gilets jaunes et à dramatiser leurs actions. Manifestement, le premier point a échoué ; il reste à profiter du second pour déclarer l’état d’urgence, et assimiler ainsi la colère des gilets jaunes aux attentats criminels des assassins musulmans. Pas brillant pour Macron et Philippe.

  • Les mitres et le Panama
    Ces dernières années, les catholiques, de la base au sommet, ont montré qu’ils étaient décomplexés pour intervenir dans le débat public : en 2013, la Manif pour tous a battu le pavé pour s’opposer à l’octroi du droit de se marier à une partie de la population qui en était privée à raison de son orientation sexuelle, et cette année, à l’occasion de la révision des lois bioéthiques, les évêques interviennent officiellement avec vigueur pour s’opposer à l’accès à la PMA (procréation médicalement assistée) d’une autre catégorie de la population, privée de cette prise en charge médicale à raison, là aussi, de son orientation sexuelle. Le mariage et la procréation concentrent certes des enjeux sociétaux importants, mais les réformes discutées ne concernent qu’une minorité des Français. Or voici que surviennent avec les Gilets jaunes des événements qui mettent en cause l’ensemble du corps social. Ils créent une situation dont le caractère insurrectionnel affecte la vie de tous dans tout le pays, mettant en péril les institutions et l’économie, tétanisant le pouvoir politique, les partis et les syndicats.
    C’est dans ce contexte de crise aigüe que la conférence des évêques de France (CEF) s’est enfin résolue à sortir de son silence. Elle diffuse ce 4 décembre un communiqué de presse officiel : « 1 300 pèlerins français s’envoleront pour le Panama à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse. » Telle est l’information qu’adressent les évêques aux médias d’un pays en pleine ébullition. Quelques centaines de jeunes Français vont aller applaudir le pape le mois prochain dans un paradis fiscal d’Amérique latine. Cet « événement mondial », comme dit le communiqué, programmé dans huit semaines, éclipse aux yeux épiscopaux l’actualité hexagonale. Si prompts à s’engager pour sauver la civilisation de la barbarie créée par les droits des homosexuels, les dirigeants catholiques s’abstiennent de s’exprimer officiellement sur les Gilets jaunes et dans leur pays saisi de vertige, ils battent le rappel médiatique sur le Panama. Paris brûle-t-il, Paris va-t-il encore brûler ? Panama sera un événement mondial, répondent ces excellences.
    Certes, quelques épiscopes se fendent d’interventions aussi discrètes que lénifiantes, pour dire qu’il« tentent de comprendre » (Mgr Jacques Benoit-Gonin, Beauvais), que « la vraie pauvreté, c’est le manque d’attention spirituelle » (Mgr Laurent Ulrich, Lille) et qu’ « il est dans le rôle de l’Eglise d’être attentif à cette colère » (Mgr Bruno Feillet, Reims).
    Et même un évêque, Mgr Xavier Malle (Gap) de se fendre d’une magnifique citation de Frédéric Ozanam, le fondateur de la Société Saint-Vincent-de-Paul : « Si c’est le choc violent de l’opulence et de la pauvreté qui fait trembler le sol sous nos pas, notre devoir, à nous chrétiens, est de nous interposer entre ces ennemis irréconciliables » (1836).
    L’évêque de Gap oublie de rappeler que le même Frédéric Ozanam, le 25 juin 1848, était allé supplier l’archevêque de Paris, Mgr Denys Affre, d’intervenir lui-même, alors qu’il n’y avait pas de CEF et qu’il incarnait l’Eglise de France, pour jouer les médiateurs sur la place de la Bastille. L’archevêque avait surgi en personne entre émeutiers et soldats et il avait été pris mortellement entre deux feux.
    Son successeur Mgr Michel Aupetit, 170 ans plus tard, est quant à lui aux abonnés absents. Les instances épiscopales officielles restent muettes. Ou plutôt non, elles envoient des signaux sur Panama. Et dans les fumigènes, on reconnaissait samedi des groupuscules catholiques traditionnalistes, qui brandissaient le drapeau du Sacré Cœur de Jésus bardé du slogan « Espoir et salut de la France », parmi des étendards à fleurs de lys (Libérations de lundi). Ainsi communiquent certains extrémistes alors que se tait l’Eglise. Cette Eglise dont la vocation est de communiquer à la suite du plus grand communicateur, Jésus, mais qui communique sur le Panama quand la France prend feu.
    Christian Delahaye, journaliste et théologien
    Dernier ouvrage paru : « L’Alliance contre-nature, quand les religions nourrissent le populisme » (Editions Empreinte – Temps présent, décembre 2018).

  • N’être pas habilité à entrer dans de savants débats philosophico-théologiques n’empêche cependant pas de relever de curieuses coïncidences. A propos, justement, de coïncidences, voilà que le message de Mgr Aupetit : "L’urgence de la fraternité" porté sur les ondes satellitaires et autres le 05 décembre 2018 pulvérise incidemment au passage l’accusation inscrivant le successeur de Mgr Affre "170 ans plus tard... aux abonnés absents".

    D’autre part, il est légitime de se demander quel est le rapport entre les JMJ programmées et les événements en cours en France lesquels, aussi sérieux qu’ils soient, n’arrêtent cependant pas "la terre de tourner". Exemple enfantin : se priver de nourriture par solidarité avec les crève-la-faim les rassasierait-t-il ? N’est-ce pas plutôt qu’offrir à des affamés ce dont on se priverait d’engloutir est le geste qui apaisera leur besoin de nourriture ?

    Dans ce contexte de manifs’, insurrections, fumigènes et autres lance-boulets "Les mitres et le Panama" s’affaissent sur la tête des prélats de France comme pour leur faire porter le chapeau. Coïncidence ?...

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