Gestation pour autrui : un problème de dignité humaine

Ines A. Murzaku, traduit par Bernadette Cosyn

lundi 13 juillet 2020

« Louise nourrissant son enfant » par Mary Cassatt, 1898
[Fondation Rau pour le Tiers-Monde, Zurich, Suisse]

S’il vous plaît, regardez cette vidéo dérangeante, un chœur de nouveaux-nés vagissant en attente d’être livrés à destination. Comment rester de marbre face à ces images perturbantes ? Ce sont des enfants sans identité, qu’on a privé de la voix, de l’odeur, des bras accueillants de leur mère – et même de la possibilité de se tourner vers leur mère quand ils ont faim.

Tout humain digne de ce nom trouvera cette vidéo très perturbante. Pourtant, BioTexCom, un centre de pointe en Ukraine pour le traitement de l’infertilité et la reproduction humaine l’a mis en ligne pour assurer les clients que les produits, c’est-à-dire les bébés, sont en de bonnes mains et atteindront leur destination dès que les fermetures de frontières dues au Covid-19 seront levées.

Quand la vidéo a récemment été publiée sur Youtube, quarante-six bébés attendaient d’être livrés. Depuis leur nombre dans cet établissement est monté à cinquante et un – la production continue. Les bébés sont nés de mères porteuses dans une clinique de reproduction actuellement située sans l’hôtel Venezia de Kiev.

Parmi les services que BioTexCom offre à ses clients, on trouve un large choix de donneuses d’ovules et de mères porteuses. C’est ce que promet le centre :

Chaque jour, nous examinons jusqu’à 200 candidates désireuses de donner leurs ovules, et seulement 20% d’entre elles remplissent nos critères, stricts, de donneuses potentielles : santé physique et psychologique, âge, avoir au moins un enfant en bonne santé et bien sûr un physique agréable. Notre base de donneuses possède un avantage décisif – vous avez l’opportunité de choisir une donneuse à votre goût. Pour cela, on vous fournit ses photos, un entretien filmé et des photos 3D sur lesquelles vous pouvez voir votre donneuse sous différents angles. Notre banque de donneuses est l’une des plus fournies au monde. Elle nous permet de commencer un programme dès la signature du contrat sans perdre de temps à chercher une donneuse.

Depuis la chute du Rideau de Fer, l’Ukraine est devenue une destination pour la maternité de substitution au profit des gens d’Europe de l’Ouest et des États-Unis. Des couples ou des célibataires venus d’Allemagne, de France, d’Espagne, d’Italie, d’Israël, de Grande-Bretagne, d’Amérique et d’autres pays se rendent en Ukraine pour « commander » un bébé parfait.

Assez curieusement, c’est plutôt logique. Les femmes dans l’Occident industrialisé « délocalisent » la fabrication d’enfants ; elles peuvent supporter économiquement la charge d’enfants mais elles ne souhaitent pas ou ne peuvent pas porter un enfant. Pour cela, elles se tournent vers l’Ukraine et vers d’autres pays pauvres en Europe de l’Est, vers des femmes avec un utérus solide pour enfanter.

Le vide législatif créé après la chute du communisme a permis à la gestation pour autrui rémunérée d’être légalisée en Russie et en Ukraine, et des agences et des cabinets d’avocats en ont fait une activité fort lucrative.
Selon une étude de l’Union Européenne sur la gestation pour autrui dans les états membres, les aspirants parents paient habituellement 30 000 euros à un cabinet d’avocats ukrainien pour « commander » un bébé.

L’Église Catholique ne prend pas à la légère ces insultes à la dignité humaine. L’archevêque Sviatoslav Shechuk de Kiev-Halytch, à la tête de l’Église Catholique Ukrainienne, et l’archevêque Mieczyslaw Mokrzycki, président de la conférence des évêques de rite latin ont appelé le gouvernement ukrainien à mettre un terme au double crime de « louer des utérus », lequel est devenu une gangrène en Ukraine.

Traiter des êtres humains comme des biens que l’on peut commander, produire et vendre est une grave violation de la dignité humaine. L’appel des évêques enfonce le clou : le double crime des mères porteuses viole les droits des enfants et la dignité des femmes qui, pour différents motifs – surtout l’adversité économique – sont forcées de vendre leur corps et leur maternité.

La gestation pour autrui est une offense contre les femmes : comment pouvez-vous « louer » le corps d’un autre être humain ? Et en quoi le fait de payer la « location » fait de vous un père ou une mère ? La maternité n’est pas une marchandise et ne devrait pas être en vente. Le lien entre la mère et l’enfant se forge à la conception, personne n’a le droit de briser ce lien.

Le pape François a parlé clairement (Amoris Laetitia, 54) contre l’exploitation des femmes pauvres du tiers-monde : « l’histoire est chargée du poids des excès des cultures patriarcales qui considéraient les femmes comme inférieures ; pourtant, à notre époque, nous ne pouvons négliger l’utilisation de mères porteuses et l’exploitation et la commercialisation du corps de la femme dans la culture médiatique actuelle ».

Les gens veulent « tout avoir », mais il y a une limite à ce que cela peut signifier. Dieu a posé des limites pour notre bien. Il y a des choses extra commercium, elles ne peuvent être achetées. Les enfants sont des dons avec leur propre dignité inhérente, plutôt que des biens que l’on a le droit d’acquérir sur les marchés.

L’Église catholique a constamment enseigné que la vie humaine est sacrée parce que, depuis le moment de la conception, elle implique l’action créatrice de Dieu et reste pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, qui est son unique finalité. Personne ne devrait jouer à être Dieu en produisant des êtres humains dans des centres de reproduction tout en exploitant des femmes défavorisées. En 1987, Saint Jean-Paul II a approuvé l’Instruction sur le respect de la vie humaine depuis son origine et sur la dignité de la procréation, laquelle parle spécifiquement de la gestation pour autrui :

La maternité de substitution représente un échec patent à remplir les obligations d’amour maternel, de fidélité conjugale et de maternité responsable ; elle offense la dignité et le droit de l’enfant d’être conçu, porté, mis au monde et élevé par ses propres parents ; elle installe, au détriment des familles, une division entre les dimensions physiques, psychologiques et morales qui constituent ces familles.

Sainte Mère Térésa, qui a passé toute sa vie en mission au service des plus pauvres parmi les pauvres en Inde pourrait offrir une solution à la gestation pour autrui comme elle l’a fait pour l’avortement : « Je vais vous dire quelque chose de beau. Nous combattons l’avortement par l’adoption – en prenant soin de la mère et en faisant adopter son enfant. Nous avons sauvé des milliers de vies ». Cela peut peut-être s’appliquer à la gestation pour autrui – nous pouvons combattre les désordres qu’elle entraîne en redécouvrant l’adoption.


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Messages

  • Au stade où en sont les "avancées" sur le sujet, il serait peut-être chimérique de penser que la "solution Mère Teresa" puisse avoir la moindre chance d’aboutir. La conclusion de l’article fait penser, quelque part, à "l’oeuf de Colomb" : c’est simple, il fallait seulement y penser... Comment un enfant adopté "à l’ancienne" donc né avec des hérédités, des tares et d’insuffisances et/ou malformations génétiques pourrait-il concurrencer un être "parfait" issu des éprouvettes, des cuves de laboratoires, de minutieux tests et de savantes manipulations...

    Dans un tel contexte, il serait intéressant de remonter aux origines de la GPA en attendant d’autres forfaitures accompagnées des mises en garde de l’Eglise catholique, Institution ringarde et ratatinée, et la cohorte d’ignorants qui osent bafouer le progrès et la science lesquels "offrent", eux, le bonheur, la "dignité", des "gestes d’amour", etc... à l’infini. Tout n’aurait-il pas commencé avec une petite pilule accompagnée de ses miraculeuses propriétés qui vont offrir à la femme la liberté, suivie de l’IVG qui va contrer les avortements sauvages, et...et ... passons.

    Mais qui sait : peut-être qu’un jour la "solution Mère Teresa" détrônera ce fort juteux business de fabrication de bébés-labo desservi par d’innombrables emplois lucratifs créés eux aussi pour manipuler les sommes d’argent faramineuses récoltées le tout soutenu par la publicité qui va avec. Tout compte fait, on ne sait jamais : peut-être que, pour contrer les forfaitures, existe bien une PEG (Possibilité en gestation)...

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