George Orwell

par Gérard Leclerc

lundi 14 août 2017

Par bonheur, il existe encore de vraies librairies même dans les villes modestes de province. Je n’ai pu m’empêcher de remercier le libraire de Cahors, chez qui en quelques instants j’avais trouvé des titres qui m’attiraient : «  Ça fait plaisir de trouver une vraie librairie !  » Une librairie où on peut s’attarder, faire des découvertes. C’est ainsi que je suis tombé sur le petit livre de Leszek Kolakowski (Comment être socialiste + conservateur + libéral, Les Belles Lettres), mais aussi sur Les écrits politiques (1928-1949) de George Orwell (Banc d’essai, Agone). Cette édition date de 2009 et on n’a aucune chance de la trouver dans les présentoirs des grandes surfaces ou des maisons de la presse.

Orwell, c’est peu de dire que je l’apprécie. C’est grâce à Jean-Claude Michéa que je suis revenu à lui, ces dernières années, le découvrant même sous des aspects inattendus. Cette somme d’articles réunis permet de mieux le situer dans son époque, avec les événements qu’il a dû affronter, avec ses convictions déjà bien établies, mais aussi sa puissance d’analyse qui lui évite le dogmatisme fermé et sa culture approfondie qui lui donne, ici ou là, de véritables coups d’ailes pour faire jaillir des vues prophétiques. Il faut avoir la patience de revivre avec lui, parfois, le prosaïsme du jour, ce qui peut paraître subalterne ou non décisif. C’est la condition d’un repérage dans le temps, avec ses lenteurs, alors même que l’histoire va subir de tragiques accélérations.

Orwell est incontestablement un homme de gauche – bien que Jean-Claude Michéa pourrait critiquer cette dénomination –, pétri de culture ouvrière, socialiste et même révolutionnaire. Il n’abdiquera jamais rien de cette orientation première. Mais, en même temps, il y a chez lui une droiture du jugement, qui lui évite des étroitesses idéologiques, avec un sens de l’adaptation non pas opportuniste mais intelligente aux réalités. L’idée qu’il a de la vie sociale ne le dévore pas, parce qu’elle est mesurée par cette commune décence qui l’empêche de déraper dans le totalitaire. Un totalitaire dont il sera le meilleur analyste. Ou le meilleur visionnaire.

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