Geneviève Jacques (la Cimade)

mercredi 28 octobre 2009

Écouter l’éditorial :

Les débats récents, et qui n’ont pas pris fin, sur le rôle de la CIMADE dans l’accueil des étrangers, et plus précisément aujourd’hui des sans-papiers, ne peuvent être séparés d’une histoire déjà longue, dont on vient de parler. La CIMADE fut créée en effet il y a 70 ans. Il s’agissait alors de venir en aide aux populations évacuées d’Alsace et de Lorraine, dans le contexte du début de la seconde guerre mondiale. Des Alsaciens-Lorrains d’hier aux Afghans d’aujourd’hui, il y a un même fil directeur, qui est la solidarité, l’aide active aux personnes en détresse parce qu’elles sont déplacées, démunies, livrées à la violence des événements. Eventuellement même, à la violence de la guerre, celle qui sévissait en Europe, celle qui sévit aujourd’hui en Afghanistan.

Une longue pratique à habitué les militants de la CIMADE à faire face aux difficultés les plus graves, parfois aux affrontements avec les autorités politiques et administratives pour défendre les droits de ceux que le sort à rendu presque sans droits. Cela a toujours été rude et l’est encore. On s’en aperçoit ces jours-ci avec la polémique à propos des trois Afghans, réexpédiés dans leur pays, à l’initiative d’Eric Besson, le ministre en charge de l’immigration. Il se débat, notamment sur les plateaux de télévision pour défendre cette initiative contestée. Il n’ y a pas si longtemps, le même ministre, était interpellé à propos des migrants de Calais et de la destruction ce qu’on a appelé « la jungle » où se réfugiaient les candidats au départ pour l’Angleterre. En ce moment même la CIMADE défend les 1300 travailleurs sans-papiers qui se sont mis en grève en Ile-de-France, afin d’obtenir du gouvernement une circulaire de régularisation. Celle-ci permettrait de sortir de la clandestinité et de l’exploitation que leur statut de non-droit favorise trop souvent.

Comment ne pas reconnaître la mission d’un tel organisme qui a toujours été fondé sur un engagement évangélique ? Bien sûr, des points de vue s’affrontent, de façon légitime. On le voit bien avec Eric Besson. Le retour des trois Afghans dans leur pays, constitue t-il en soi une mise en danger de la vie d’autrui ? Le ministre le conteste et il se trouve singulièrement exposé lui-même de par ses responsabilités. On a à faire souvent à ce que les moralistes appellent des conflits de devoirs. Une militante comme Geneviève Jacques doit en être singulièrement avertie. Mais j’aurais envie de lui poser aujourd’hui une question particulière. Marion Duchêne, dans son portrait tout à l’heure, nous a expliqué qu’elle s’était félicitée de la mise en cause judiciaire du général Pinochet. Cela veut-il dire que la solution judiciaire s’impose toujours au sortir des dictatures ou des guerres civiles ? N’y a-t-il pas - comme on l’a vu en Afrique du sud avec Mgr Tutu- des tentatives de réconciliations nationales qui sont d’une autre nature ? Par ailleurs, au sortir du communisme, il semblait que l’on s’abstiendrait de mesures épuratrices trop rigoureuses. Est-ce un bien, qu’en Pologne, on rouvre les plaies du passé en faisant comparaitre en justice le général Jaruzelski ? Pour ma part, je n’en suis pas persuadé et même je suis d’un autre avis, mais je reconnais qu’il est très délicat pour un pays de négocier les conditions de l’avènement d’un Etat de droit et d’une vraie justice.

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Emission du Mercredi 28 Octobre 2009
Geneviève JACQUES

Ancienne secrétaire générale de la CIMADE et directrice du Conseil œcuménique des Eglises, auteur de « Les droits de l’homme et l’impunité des crimes économiques » (Cerf).

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Messages

  • Ce petit article trouvé sur internet… qui remet certaines idées en place, heureusement !

    Dans l’affaire du retour par avion au pays de ressortissants afghans illégalement entrés en Europe et notamment en France, affaire intelligemment montée en épingle par les associations « autorisées et compétentes » auxquelles se sont joint comme un seul homme des politiciens de gauche comme de droite, affaire enfin largement relayée et amplifiée par les médias, dans cette affaire donc, l’argument suprême, l’argument imparable, l’argument qui tue a enfin été lancé le 20 octobre : « on ne peut pas renvoyer ces ressortissants dans un pays qui est toujours en guerre » ! Et pourtant si, le paradoxe est là ! Une voie s’est élevée pour le dire, celle du Général Salvan qui a adressé au journal Le Monde le texte qui suit et dont vous pourrez ici plus surement prendre connaissance puisque rien ne nous garantit que le journal vespéral le publiera : « J’étais révolté en regardant les informations le 27 septembre. A Calais et diverses villes de France, de jeunes Afghans, en pleine forme, venus chercher fortune en Europe, sont contrôlés par la police et remis en liberté par la justice française. Tous les jours, de jeunes militaires Américains, Britanniques, Français etc. se font tuer pour défendre en Afghanistan les droits de l’homme et de la femme. Pendant ce temps, des Français dont la générosité dépasse le bon sens, entretiennent ces jeunes Afghans qui ont refusé de participer au combat que nous menons. Cela porte un nom : ils sont insoumis ou déserteurs. Si notre gouvernement croit sérieusement à l’engagement occidental en Afghanistan, pourquoi ne pas avoir embarqué ces jeunes gens dans des avions pour Kaboul, et les avoir confiés aux centres de formation des polices et des armées afghanes ? Si au nom des droits de l’homme, de jeunes Afghans doivent rester paisiblement en Europe pendant que nos soldats se font tuer à leur place, il vaudrait mieux rapatrier nos troupes, et vite. » Général (2° section) J.G. Salvan.

  • Je veux réagir à cette article et à ce qui est dit sur la Cimade.

    Quelle est la légitimité de la Cimade pour revendiquer la régularisation par le Gouvernement de 1300 travailleurs clandestins ?

    En le faisant, elle montre son vraie visage, non pas une association dont l’objet est une simple mission d’assistance humanitaire, mais bien un groupe politique, qui sous couvert d’assistance, mène une action subversive, et encourage au viol de la Loi.

    Soulager la souffrance, informer sur les droits et demander à ce qu’il soit respecter, est une chose ; encourager les étrangers à bafouer les lois que ce sont données les Français en est une autre !

    De quel droit, la Cimade peut-elle se le permettre ?
    - de sa foi ?
    - En France, République laïque, la foi ne fonde pas le droit ;
    - des Droits de l’Homme ?
    - il n’y a pas de droit de l’Homme qui impose de régulariser des étrangers entrés clandestinement en France ?
    - la Loi scandaleuse de Nicolas Sarkozy qui permet au Préfet de régulariser des clandestins travaillant au noir depuis un certain temps ?
    - cette loi donne la possibilité au Préfet de régulariser,au cas par cas, mais n’institue pas à « un droit à la régularisation ».

    Les Clandestins travaillant au noir devraient être renvoyés dans leur pays, les employeurs devraient être condamner lourdement ; tel devrait être le devoir des Pouvoirs Publics, faire respecter les lois que se sont donnés les français.

    La Cimade par son soutien actif aux revendications de « hors la loi » devrait être poursuivie devant les tribunaux, pour complicité à travail clandestin.

    On remarquera que par cette revendicaton, la Cimade encourage les patrons à employer des clandestins, avec promesse d’une régularisation éventuelle ; elle encourage les jeunes étrangers à immigrer clandestinement, pour beaucoup au péril de leur vie !
    Qui fait l’Ange, fais la Bête ! en encourageant l’immigration clandestine, la Cimade ne peut nier avoir une part de responsabilité dans la fin tragique de nombreux candidats à l’immigration en Europe ; elle ne peut nier non plus qu’elle est de fait complice des patrons qui exploitent cette main d’oeuvre.

    Si la France manque de bras dans certains secteurs, qu’elle donne des papiers aux étrangers respectueux des lois sur l’immigration qui souhaitent venir travailler en France ; Si les pays d’origine ont besoins d’aide, que la France soutienne directement les initiatives pour le développement de leurs citoyens, au lieu d’enrichir les dirigeants corrompus et prévaricateurs.

    Et qu’on ne me parle pas du Bon Samaritain, le bon Samaritain paie de ses propres deniers le coût de sa charité ; la Cimade, au nom des « bons sentiments », veut faire payer aux autres, à toute la collectivité nationale, le coût de sa fausse charité. Et derrière le masque de la Charité, encourage la violation du doit et le trafic de main d’œuvre.

    Le Bon Samaritain, c’est le frère qui aide ,personnellement , son prochain dans la détresse (sans autre considération),et à ses propres dépends, à ses propres risques.
    Ce n’est pas un parti ou une association qui encourage le viol systématique de la loi, et impose, comme droit, le fait accompli ; en s’insurgeant contre les conséquences des ses actes !

    Cordialement

    Michel Joblot

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