GUERRE ECONOMIQUE OU ECONOMIE DE LA GUERRE 

par Jean-Marie Delthil

vendredi 5 février 2010

La fiscalité doit être en principe au service de l’économie, qui doit elle-même être au service des entreprises – et finalement des hommes. C’est de moins en moins le cas aujourd’hui et depuis déjà pas mal de temps, et il semblerait que le Davos 2010 n’ait pas inversé cette tendance. Nous entendons depuis vingt ou trente ans, et à jute titre, parler de crise économique, puis de guerre économique ; mais qu’en est-il de l’économie de la guerre ?... Je ne vais pas parler ici des marchands d’armes dont on pourrait pourtant dire beaucoup, ou plutôt si, mais auparavant je vais parler ici des financiers, plus précisément de ces grands financier qui, à quelques-uns, décident finalement de la vie économique (et de l’avenir ?) d’à peu près toute la planète. La crise des subprimes en 2008 aux États-unis les a mis en lumière, si l’on peut dire, ces grands financiers ; moi, je me pose maintenant tout de même cette question : n’auraient-ils pas tout compte fait, et pour certains d’entre eux – pour ceux qui seraient manifestement dévoyés, destructeurs, follement accaparés par leurs seuls profits –, intérêt à ce que le monde, notre monde, notre société, ne stagne finalement plus dans la guerre économique comme elle l’a longtemps fait, mais plonge à plus ou moins brève échéance dans l’économie de la guerre ? – Parano délirante de ma part ? je ne sais pas... Propos irresponsables voire calomnieux ? je ne sais pas… Supposition totalement gratuite et qui ne serait basée sur aucune preuve solide et tangible ? je ne sais toujours pas… Je ne sais décidemment pas grand-chose, mais cette hypothèse d’économie de la guerre à laquelle j’ai bien du mal à croire tant elle est écoeurante, il faut l’étudier, alors je m’explique (et je pense que vous avez déjà compris) : si certains de ces financiers très haut placés (attention, je ne dis pas tous !) sont réellement sans foi ni loi, alors seul compte pour eux l’argent, le profit personnel à plus ou moins court terme, et finalement le pouvoir, un pouvoir démesuré… pouvoir économique (et donc politique), pouvoir à outrance sur tous les continents, désir de se servir au maximum en un minimum de temps… pouvoir et mainmise sur des gouvernement, donc – compte tenu de la puissance toujours plus forte de l’argent –, et finalement pouvoir sur des foules de personnes : les administrés, le peuple. Cette nouvelle hypothèse en ce qui concerne ces dirigeants financiers – si elle existe vraiment – serait alors de délaisser cet ancien fonctionnement de guerre économique qui traîne un peu et dont on connaît aujourd’hui tous les méfaits, pour s’engager plus ouvertement et résolument vers une économie de la guerre (la guerre économique à force d’intensité et de durée pouvant donner de toutes manières naissance à l’économie de la guerre : à la guerre) ; ces financiers persisteraient alors volontairement, sciemment, dans leur mauvaise gestion de la crise économique actuelle (en ne cessant pas pour autant de se servir largement),… laissant par-là même le climat économique et mondial se dégrader, empirer, et même pourrir… tout en s’assurant, oui, que la finance reste à leurs seules mains, sans permettre aucun contrôle réel ou mise en place de garde-fous effectifs concernant leurs choix professionnels et stratégiques… alors le climat social se dégraderait inévitablement sur toute la planète, on le comprend aisément : les plus riches continuant à devenir de plus en plus riches – et de moins en moins nombreux, et les plus pauvres continuant à devenir de plus en plus pauvres – et de plus en plus nombreux (ex : émeutes de la faim en Afrique, chômage important dans bien des pays)… c’est déjà le cas actuellement, nous y sommes, mais cela peut encore empirer, et il serait peut-être même « souhaitable » que cela empire et devienne encore plus dur, pénible, insoutenable même, et inhumain pour bon nombre d’entre nous, au vu de ces dirigeants (décideurs financiers) qui se comporteraient alors d’une manière manifestement criminelle… – et suicidaires… En effet : si la crise économique et financière persiste et s’amplifie, des mouvements, des rebellions et même de graves révoltes se généraliseront, c’est évident, dans les pays du Sud tout comme dans les pays du Nord. Il pourrait alors y avoir un embrasement, embrasement tout d’abord de certains pays, puis embrasement plus ou moins généralisé entre les pays, entre les continents… embrasement qui – selon cette thèse que nous sommes loin de souhaiter ! – serait finalement et volontairement mis en place et planifié par ces dirigeants pétris de folie, au vu des profits qu’ils pourraient (encore… mais pas pour longtemps) tirer d’une telle catastrophe engendrée. Quand ça brûle, on ne sait jamais où et quand s’arrêtera le feu… le monde se soulève, et puis ça dégénère, la violence s’installe, s’instaure (en modèle), elle s’amplifie, il faut la limiter autant que faire ce peut pour que la planète ne vienne pas à s’embraser dans sa totalité… C’est alors que les financiers régulent, c’est dans leurs plans et dans leurs compétences… il y a de la casse ? : on reconstruit – on dégage des profits ; il y a de la désespérance ? : on vend massivement de l’alcool et des médicament – on dégage encore des profits ; il y a de la violence ? : on vends des armes (nous y voilà) – on dégage une nouvelle fois des profits (…la liste n’est pas close). Schéma basique, simpliste, peut-être même stupide ou totalement hors de propos compte tenu de la situation actuelle et globale encore relativement calme, mais schéma qui pourrait s’avérer être finalement efficace au vu de ces éventuels organisateurs… jusqu’à un certain point, je le répète, peut-être un point de non retour d’ailleurs, un point où les violences (terrorisme y compris) risquent de ne plus être contrôlables et où elles peuvent réellement mettre en péril la vie des peuples les uns avec les autres, la vie sur terre tout simplement. Alors, inutile de vous dire que ce serait plus qu’une catastrophe, ce scénario-là, et pour tout le monde – financiers fous y compris. Certes, ils auraient alors joué comme ils en ont finalement si souvent l’habitude, mais gros, très gros, à trop grande échelle – à bien trop grande échelle –, et rien n’aurait alors été finalement plus contrôlable, gérable, planifiable, selon leurs plans aux visées meurtrières. Oui, ce serait un choix qui se révélerait réellement suicidaire pour l’ensemble de la planète. Cette économie mondiale dirigée par une finance qui finalement n’aurait (n’a ?) plus aucune âme, il faudrait – et il faut, maintenant, sans plus attendre ! – non seulement la réguler, mais aussi la contrôler, la diriger, la limiter, par une volonté humaine et politique qui soit également mondiale (beaucoup de personnes sont d’accord pour le dire) ; il faut donc qu’en urgence, il soit mis sur pied un organisme international de contrôle de la finance mondiale et du monde de la spéculation… c’est absolument indispensable à l’heure actuelle, il en va peut-être bien, oui, de l’avenir de notre vie sur terre. Les personnes composant cet organisme international devraient dans la mesure du possible n’être ni juges, ni parti, elle devraient en effet être suffisamment indépendantes, détachées des gains et des profits qui pourraient s’opérer ici ou là, dans tel ou tel pays, sur tel ou tel continent, dans tel ou tel secteur d’activité ; il faudrait donc que ces personnes réunissent en elles-mêmes ces contraires ou bien ces opposés : être réellement des spécialistes en finance internationale, mais n’être pas des financiers qui soient uniquement focalisé sur leurs propres profits… ce pourrait être – et ce doit être – des personnes de hautes tenues intellectuelles et morales, pétries d’éthique, altruiste, ayant un sens profond de la préservation de notre monde et de l’intérêt commun… Ce doit être bien entendu des économiste : des professeurs en université par exemple, qui soient d’un très bon niveau dans leurs spécialités, et/mais il faudrait qu’ils puissent être épaulés et conseillés par des historiens par exemple, par des sociologues, des ethnologues, des politologues (la liste n’est pas close) qui soient du même acabit, du même tonneau, tout aussi intègres et experts dans leurs domaines respectifs – quoi qu’il en soit : les chefs d’État (ainsi que leurs gouvernements) et cet organisme international de contrôle de la finance mondiale et de la spéculation doivent avancer de concert, très étroitement les uns avec les autres, main dans la main. Voilà, voilà comment envisager le pire… pour aller vers le meilleur. Maintenant, retour en Suisse, dans les Grisons : nous n’attendions pas vraiment quelque chose de nouveau qui puisse venir de ce Davos 2010, le Forum Social Mondial de Porto Alegre semble stagner, Barak Obama est aux prises avec les grosses banques américaines et n’a pas la tâche facile – alors comment faire ? Au risque de paraître un peu simplificateur (une fois de plus ?...) ou bien manichéen, je pense là à une chose : il m’est arrivé un jour de lire une phrase du pasteur Martin Luther King, cette phrase, la voici « Ce qui m’effraie, ce n’est pas l’oppression des méchants mais le silence des bons » ; vous collerez les étiquettes « méchants » et « bons » sur qui vous voudrez – c’est votre problème – et c’est toujours un peu dangereux de le faire, j’en conviens tout à fait, mais pour en revenir à Davos et selon l’expression consacrée : « Davos a cette année encore accouché d’une souris » – moi, je dirais plutôt d’un rat : Davos, par son silence et son immobilisme, compte tenu de la crise financière encore toute récente et qui visiblement perdure, a peut-être accouché (sans le savoir ?) décidemment d’un rat (j’exagère un peu…), oh… un rat peut-être tout petit, tout mignon… qui ne souhaite que se nourrir et grandir… continuer à manger… et à tout dévorer sur son passage, aussi ; – et les « bons » dans tout cela ? où sont-ils ? À Davos, il devait y en avoir certainement parmi les politiques, parmi les banquiers, parmi les financiers. Se tairont-ils encore longtemps en laissant l’animal aller à sa propre folie ? À nous de voir. Il faut construire du neuf. Sans partage, le monde craquera.

Jean-Marie Delthil. 3 février 2010.

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