LETTRE OUVERTE AU CARDINAL ANGELO AMATO ; Préfet de la Causa Sanctorum.

GIOVANNI SANTI PRESTO !

par le père Daniel-Ange

lundi 30 octobre 2017

Père très cher Angelo molto amato !

Permettez-moi d’écrire ce dont nous avons plusieurs fois parlé lors de différentes béatifications, dont celle de Mgr Vladimir Ghika à Bucarest et celle du P.Marie –Eugène en Avignon.

D’un mot : je vous supplie de donner la priorité absolue, dans les choix que vous devez faire :

1 - Aux martyrs actuels. Si le Pape, à juste titre, active la cause du P. Jacques Hamel, il faudrait en même temps le faire pour tant de martyrs de l’Islam intégriste au Proche et Moyen Orient, au moins les prêtres et consacrés :

Andrea Santoro, Mgr Raho, Mgr Padovese, P. Ragheed (Irak), Les soeurs de Mère Tereza au Yemen, les prêtres célébrant dans leurs églises de Bagdad , d’Alexandrie et du Caire, le ministre Shabbaz Bakhti, au Pakistan, etc, etc…

Pourquoi attendre ? Ce serait un tel réconfort pour ces Eglises si violemment persécutées et le jeune Akash Bashir donnant sa vie pour sauver des centaines de fidèles massés dans l’église ! Les coptes orthodoxes ont canonisés leurs martyrs de Libye seulement une semaine plus tard.

Et dans la foulée des martyrs d’Albanie enfin récemment béatifiés, n’oublions pas les 7 évêques greco-catholiques de Roumanie, à la cause introduite depuis si longtemps

A propos des martyrs, ne peut-on pas envisager directement la canonisation, comme chez les orthodoxes, évitant le stade de la béatification ?

Ne peut-on pas aussi procéder à des canonisations communes avec les différents Patriarcats orthodoxes qui y seraient ouverts, comme l’a prophétiquement et explicitement désiré saint Jean-Paul II dans sa lettre apostolique ORIENTALE LUMEN ?

2 - Aux enfants et aux jeunes. La toute 1ère urgence aujourd’hui : les conforter, encourager, entrainer dans le terrible combat qu’ils ont à affronter aujourd’hui Nos Papes ne cessent de les appeler à la sainteté, mais rien ne les y stimule autant que l’exemple vivant de jeunes de leur âge ayant vécu les mêmes combats, et donc ayant vécu récemment, et non il y a plusieurs siècles. Les religieuses fondatrices d’il y a un, deux ou trois siècles, dont je ne doute pas de la grande sainteté, ne les touchent absolument pas.

Si peu de jeunes, non-martyrs et non-religieux ont été béatifiés (je n’en compte que... 6 !) encore moins canonisés ! C’est dérisoire ! Et un si grand nombre pourraient l’être. (Parcourez les livres - témoignages que je vous ai envoyés : "Témoins de l’avenir", "Prophètes de la joie", "Prophètes de la beauté. Le 1er est préfacé par votre prédécesseur à la Causa Sanctorum, le cardinal Felici .

Beaucoup ont été amèrement déçu qu’à la JMJ de Krakow, il n’y ait eu aucune béatification de jeunes (comme lors de la JMJ de Paris en 1997), même pas la canonisation tant attendue, tant espérée de PG Frassati, universellement connu, et dont le corps était présent et vénéré. C’était l’occasion idéale, rêvée ! Hélas, perdue ! Peut-être pourrait-on profiter du Synode sur les jeunes, en octobre 2018 ?

Et parmi les jeunes, priorité devrait être donnée :

A. Aux Africains qui ont si peu de béatifiés, et aucun jeune (sauf la martyre Anwarita). Par exemple Robert Naoussi : jeune, lépreux africain, déjà très populaire là-bas, dont la cause traine au niveau diocésain(Douala).

B. Aux jeunes martyrs, particulièrement à ceux de la Chasteté, comme Santa Scorese, dont la cause traine aussi à Bari. Comme Anne-Lorraine Schmidt dont la cause devrait bientôt être introduite à Beauvais(Fr) Et tant d’autres

Et très spécialement aux jeunes martyrs Africains, comme les 4O petits séminaristes de Buta (tués pour refus d’être séparés par ethnies), dont la cause est enfin, enfin ouverte, mais traîne. Ou une Felicitas Nyitegeka, héroïne nationale au Rwanda (L’Etat a précédé l’Eglise).

Quand il s’agit de martyrs proprement dit, pourquoi donc faut-il des enquêtes si minutieuses sur toute leur vie, qui coutent des prix exorbitants qu’aucun diocèse africain ne peut payer , alors que la Tradition de l’Eglise affirme que le martyre à lui seul suffit à ouvrir le Royaume, quel que soit la vie antérieure du Témoin. Preuve : le 1er canonisé de l’histoire : le "bon larron" !

Mais pour ne pas faire croire aux enfants et aux jeunes qu’il faut obligatoirement être tué pour être saint, en béatifier à la vie toute simple et "ordinaire", comme une Claire de Castelbajac (dossier à Rome depuis plusieurs années), Sophie Morinière (Paris) ou les jumeaux Pierre et Charles Douillet (Versailles), Marie Mauvisseau, et tant d’autres : ce serait un tel enthousiasme chez les jeunes.

Parmi les enfants non-martyrs, je ne connais que les 2 voyants de Fatima, alors que bien des causes sont ouvertes, comme la petite Anne de Guigné, ou sur le point de l’être comme une petite Audrey Stevenson de Versailles(FR). Ou une Jeanne-Marie Kegelin (Strasbourg), martyre à l’âge de 1O ans. Elle devrait l’être au nom de tous ces enfants victimes de prédateurs-meurtriers sexuels.

Sans oublier les adolescents ayant vécu un amour héroïque dans leur maladie mortelle comme le jeune Ambroise Ficheux (Île-de-France)

3. Enfin dernière catégorie à privilégier, après ceux-ci : ces grands témoins de la Vie, déjà universellement connus, et dont la béatification aurait un formidable impact, même sur le monde des incroyants, ou en tout cas des non-catholiques. En particulier sur le monde scientifique : un Takashi Nagay de Nagasaki, ou le Professeur Jérome Lejeune, qui pourrait l’être en même temps qu’une enfant qu’il a soigné et donc aimé, pour sa trisomie : Claire Emérentienne, (Toulon.) Ou bien sur le monde politique : Robert Schuman, "père de l’UE", Edmond Michelet (procès à Rome, ou (pas encore introduit) le roi Baudouin de Belgique.

Sans oublier les "saints" parents, comme Cyprien et Daphrosa Rugambwa de Kigali (Rwanda) de la communauté de l’Emmanuel

Encore une question que beaucoup se posent : pourquoi les causes soutenues par des Ordres ou Congrégations religieuses, ou par des nouveaux mouvements spirituels, semblent-elles avancer plus vite ? Serait-ce pour une raison de financement, ou de promoteurs plus facile à trouver ? Mais en ce cas, n’est-ce pas une grave injustice pour tous ces béatifiables ou canonisables qui ont le malheur, la malchance de n’appartenir à aucune ?

Je vous en supplie, n’oubliez pas ces "pauvres" là ! Prouvez que la sainteté est ouverte à, et possible pour, tous les enfants, jeunes et parents d’aujourd’hui, quel que soit leur modalité d’appartenance ecclésiale.

Et comme, alors, tout dépend exclusivement de l’Ordinaire du lieu de leur vie ou mort, ne pourriez-vous pas, en tant que portant la redoutable responsabilité de la sélection finale, avec le Pape bien sûr, écrire aux évêques du monde entier pour les sensibiliser à l’urgence d’introduire des causes des différentes catégories mentionnées ici ? Et s’il s’agit de diocèses Africains- comme Benoit XVI l’a écrit dans Africae Munus - ne peut-on pas soit simplifier les longues procédures soit créer une caisse de solidarité à l’échelle mondiale, pour les aider ? Plusieurs évêques d’Afrique m’ont confié leur découragement devant toutes les démarches exigées par votre Congrégation, raison pour laquelle plusieurs causes semblent « bloquées ».

Pardonnez-moi, cher Cardinal Angelo Amato, de revenir ainsi à la charge depuis plusieurs années où nous nous rencontrons lors de différentes béatifications, mais c’est simplement parce que le temps passe très vite, le temps nous presse, et qu’enfants, jeunes, parents attendent toujours, sans rien voir venir. Et qu’ils ont droit à pouvoir vénérer, célébrer, aimer des bienheureux et des saints de leur propre âge et de leur propre génération, sans attendre ...un siècle ou deux !

Ensuite, plus une cause traine, plus elle va coûter financièrement, car il faudra faire appel à des ...historiens. Alors qu’actuellement tous les témoins à interroger sont encore vivants.

Merci d’avance d’écouter et de comprendre ce nouvel appel que j’ose lancer, au nom d’un grand nombre de familles et de jeunes, qui me sont confiés de par mon ministère à travers le monde, depuis déjà 35 années. Et suite à mes différents ouvrages donnant en exemple bon nombre de ces enfants, adolescents ou jeunes, et qui ont un sigrand rayonnement.

Messages

  • Excellent, Père Daniel-Ange

    Subito ! Subito !

    C’est demain la Toussaint !

  • Pourquoi hésiter à donner de bons exemples ?

  • Il y a tant de vies saintes alors que l’on dit que le christianisme est en repli ;Parfait de déclarer saints les grands chrétiens contemporains, et il faudrait aussi présenter à la jeunesse des saints auxquels ils voudront s’identifier, s’en imprégner. La télévision, le cinéma montrent peu de héros recommandables et la lecture d’une vie de saint est quelque fois bien productive

  • P. Daniel Ange
    Je suis du Liban que vous connaissez très bien. Vous avez sans doute oublié mais moi non, cette rencontre providentielle et hâtive dans un coin de la chapelle du saint sacrement à S. Pierre, à Rome, en 1995, lors du Synode spécial pour le Liban. Je vous ai salué et demandé de prier pour notre Liban. Vous avez dit oui avec vos yeux. Je me suis discrètement retiré vers un autre coin, avec mes amis, pour notre prière.
    Au début de votre lettre vous parlez des martyrs de l’islam intégriste. Je vous en propose deux, pas tellement connus jusqu’à présent : P. Léonard Melki et P. Thomas Saleh, deux religieux Capucins de Baabdath (Metn, Mont Liban) missionnaires en Turquie, assassinés par les soldats turcs après avoir refusé d’apostasier. Leur cause de béatification progresse lentement.
    Je serais très heureux, vous aussi Père, de les voir béatifiés bientôt.
    Pour les mieux connaitre, allez au site en 3 langues www.leonardmelki.org
    Union de prière

  • Je suis tout à fait d’accord avec le P. Daniel-Ange, à la foi en ce qui concerne l’urgence de béatifier les martyrs contemporains et, comme lui, je déplore le trop petit nombre de jeunes saints non-martyrs.
    Je me permets de vous signaler mes deux livres "Jeunes héros de le Foi" (le tome 1, publié chez RSI en 2014 est en cours de réédition) qui comporte beaucoup d’autres noms, notamment italiens.

  • Excellente suggestion ! Je suis tout à fait d’accord avec le Père Daniel-Ange !
    Il faudrait que cette lettre soit connue et publiée dans de nombreux médias.

  • Pardonnez-moi, très cher Daniel-Ange, d’avoir sursauté à la lecture de deux noms dont un tout particulièrement.

    Je ne peux qu’aller dans votre sens en ce qui concerne votre approche d’une sanctification qui sort des sentiers battus, et parfois rebattus, par une institution cléricale qui a longtemps privilégié les clercs.

    En revanche, comment peut-on imaginer proposer à la canonisation prochaine un personnage aussi trouble que Robert Schuman ? Une espèce de consensus artificiel est orchestré autour de son nom au prétexte que "père" de l’Europe (laquelle ?) il serait un bienfaiteur de l’humanité. Voire...

    C’est oublier bien vite l’intégralité du curriculum-vitae de Schuman. Et, en particulier, qu’il a été membre du premier gouvernement de Vichy et, à ce titre, a voté les pleins pouvoirs à Pétain (ce qui lui a valu une condamnation pour indignité nationale à la Libération) !

    Si c’est ça l’image de la sainteté, je préfère encore devenir bouddhiste ou adepte de Shri-Aurobindo...

    J’aurai un peu plus de clémence et de sympathie pour le second personnage qui, lui, a clairement combattu le nazisme et n’a jamais pactisé d’aucune sorte avec l’ennemi.

    Si la conduite d’Edmond Michelet - car c’est de lui qu’il s’agit - en camp de concentration a été exemplaire, son action ultérieure et ses positions en tant que ministre de la Justice ouvrent sur de larges controverses.
    La signature de l’ordonnance de rétablissement de la peine de mort pour raison politique est, en particulier, une tache indélébile qui rend incompatible toute canonisation de Michelet.

    Que l’on continue d’honorer la mémoire du chrétien résistant Michelet, soit. Mais que l’on ne sombre pas dans l’imposture hagiographique qui conduirait à canoniser un responsable politique, plusieurs fois ministre, dont l’exemple n’en est pas véritablement un pour quiconque recherche des modèles de sainteté chrétienne.

  • P. Daniel Ange,

    Merci d’avoir évoqué cette question qui sans doute promettra un visage d’Église actuel et jeune en harmonie avec les défis de notre temps. Je me rejoins à vous et à tous ceux qui portent ce désir ardent de voir les témoins que vous avez cités et bien d’autres, surtout les martyres d’entre eux, bientôt canonisés.

    Dans ce sens, je me réfère au commentaire de M. Fares Melki (plus haut) pour souligner le besoin, voire l’urgence de voir les "deux religieux Capucins et martyrs P. Léonard Melki et P. Thomas Saleh" canonisés et mis en exergue comme modèles pour les jeunes surtout, qui ne trouvent plus de "sens" face à la violence absurde et les atrocités commises au nom de la religion... C’est seulement par Amour au Christ et au prochain qu’ils ont pu s’ancrer là où ils étaient appelé à être et aller jusqu’au bout de leur vocation de baptisés...!

    Je vous invite à visiter le site www.leonardmelki.org pour les mieux connaître et porter leurs causes dans vos prochaines interventions.

    Union de prière.

  • Un souffle nouveau dans l’Eglise, une invitation à inclure tous ceux qui ont, d’une manière ou d’une autre, contribué à La laisser resplendir, Merci P. Daniel Ange !
    Oui, nos jeunes (et j’en suis la mère de deux) ont tellement besoin de modèles "récents" à qui s’identifier, pour continuer leur combat de tous les jours face à toutes les contraintes du monde moderne.
    Aussi, comme vous le dîtes si bien, un martyre, un témoin du Christ prêt à mourir pour Lui, ne requiert pas de longues delibérations ; il a déjà franchi les échelles des Cieux. N’est-ce pas là notre ultime témoignage en tant que Chrétiens ?
    Je me joins à Fares Melki et Marwan Abi Diwan pour mettre la lumière sur P. Leonard Melki et P. Thomas Saleh (avec tous les civils qu’ils accompagnaient). Leur martyre est un témoignage fort pour les Chrétiens d’Orient qui continuent à subir les persécutions jusqu’à nos jours, et ont tellement besoin d’être soutenus dans leur combat continu dans leur foi.
    Le site www.leonardmelki.org, créé grâce à l’effort de gens de bonne foi, est une source d’informations sur leur cheminement vers la sainteté.
    Puisse le Seigneur nous bénir en tout temps. Union de prières.

  • Père Daniel Ange,
    Résidant au Liban et originaire du village -Baabdath el Metn- des 2 martyrs capucins P Leonard Melki et P Thomas Saleh dont le dossier est ouvert depuis plusieurs années, c’est avec grand intérêt qu’à l’instar de beaucoup de fidèles, nous suivons vos démarches auprès des instances religieuses concernées par les dossiers de béatification des martyrs de notre village Baabdath, et de bien d’autres ailleurs.
    Comme vous le défendez si bien, ces engagements exemplaires de foi ne peuvent que servir de modèle de vie à suivre pour nos contemporains, particulièrement les jeunes, vivant dans cette région d’Orient tant menacée dans son ensemble.
    Je joins mes prières aux vôtres afin que soient reconnus les valeurs et les sacrifices des martyrs.

  • L’article du très cher Père Daniel Ange aura jusqu’ici, comme on le constate, suscité les réactions que l’on comprend lesquelles, et chacune avec le style propre à son auteur, reflètent le sens d’une canonisation.

    Suite aux messages précédents, quelques lignes à l’occasion de la fête de tous les saints : "Lorsque le petit Jules, émerveillé devant la lumière qui faisait chatoyer les vitraux, interrogeait sa maman : "Qui sont ces personnages colorés et lumineux ?", la mère, peu versée dans l’hagiographie, répondait systématiquement évasive : "Ce sont des saints.". Alors, quand le petit Jules fut à son tour interrogé par sa catéchiste : Qu’est-ce qu’un saint ? " Jules répondit sans coup férir : "C’est quelqu’un qui laisse passer la lumière !". Trouvez-moi une meilleure définition : un saint est celui qui laisse passer la lumière".

    "Contribution" ("par défaut") tirée du mot intitulé "Synonymes" (Père Guillaume de Menthière).

  • Bonjour,
    Je trouve cette contribution du Père Daniel Ange très interessante et enrichissante, merci de la publier sur votre site qui est vraiment bien fait, bravo ! Il est dommage qu’elle ne soit pas intégrée dans le journal papier auquel nous sommes abonnés depuis longtemps. Pour ma part je vous avoue que les derniers numéros papier me laissent sur ma faim voire déçu. Pour moi qui ne m’intéresse pas à Leon Bloy, j’ai l’impression qu’il remplit une grande partie du journal, au détriment de vos analyses toujours intéressantes sur l’actualité et l’international. Je trouve cela très dommage. Je ne sais pas si beaucoup de personnes de moins de 60 ans s’intéressent à Leon Bloy ? Peut être pourriez vous équilibrer un peu différemment les différents dossiers ? Peut être suffit il d’avoir la chronique de Gerard Leclerc sur le site d’autant qu’elle est déjà présentée sur Radio Notre Dame ? Cela fait longtemps que je souhaite vous faire part de ces perceptions. Il y a souvent des numéros papier passionnants mais j’ai parfois une impression de quitté ou double .

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