«  La voix d’assise  »

Frère Alessandro d’Assise : la voix du Poverello

par Jocelyne Tarneaud

mardi 6 novembre 2012

C’est au studio Gabriel où il était invité par Michel Drucker dans Vivement Dimanche que nous avons rencontré frère Alessandro. On le dirait sorti tout droit d’une fresque de Giotto : Saint-François parlant aux oiseaux !
Même silhouette menue et même rayonnement. Une rencontre avec une âme nue.

Frère Alessandro nous reçoit dans sa petite loge, en compagnie de frère Yunan, la soixantaine grisonnante, irlandais d’origine et avocat de formation qui ne le lâche pas d’une sandale ! Tous deux ont quitté la basilique Notre-Dame des Anges d’Assise pour cette mission d’évangélisation par le chant et la musique. Ils vont par deux moins pour se garder mutuellement que pour «  se réjouir  » ensemble de l’aventure étonnante que Dieu fait vivre à frère Alessandro depuis qu’à la suite d’une émission de télé à la recherche du prochain ténor italien, il a été remarqué par Mike Hedges (U2, The Cure) et signé par Universal. Dans sa bure brune, ceinture de corde à trois nœuds témoins de ses vœux de chasteté, d’obéissance et de pauvreté, il sourit de ses yeux noirs remplis de candeur presque enfantine. Il a juste 33 ans et l’on gage qu’avec son CD intitulé la voix d’Assise sorti le 15 octobre, il marche déjà sur les traces des Prêtres dont le CD s’était maintenu en tête du top 50 pendant plusieurs semaines en 2010 et 2011.

Jocelyne Tarneaud : Vous dites volontiers que le chant rend gloire à Dieu, mais l’histoire de chacun ne lui rend-elle pas une gloire plus grande encore ? En un mot, comment Dieu s’y est-il pris pour faire de vous un petit frère du Poverello d’Assise ?

Frère Alessandro : Au départ, rien ne m’y préparait. Au lycée, j’étais convaincu que tout ce qui m’entourait, la Nature et même Dieu n’était qu’une projection de moi-même. J’avais une vision très hégélienne du monde. En conséquence étant le centre de tout, je pouvais tout expérimenter — même les choses les moins recommandables — et je n’avais de compte à rendre à personne. Mais cette manière de vivre était aussi frustrante qu’angoissante. Un jour que je me promenais seul dans un bois proche de mon village situé aux abords de Perugia, j’ai fait cette invocation à Dieu : «  si Tu existes, montre-le moi !  » Et quand j’ai rouvert les yeux, mon regard avait changé sur la réalité ! Au lieu d’être au centre et seul, j’étais devenu partie d’un tout qui m’enveloppait de sa présence bienveillante ! Une paix et une lumière jusqu’ici inconnues m’habitèrent !

Cette expérience s’est reproduite plusieurs fois jusqu’au jour où ma professeur de littérature nous a projeté un film sur saint François. En le voyant je me suis dit : «  Cet homme, c’est moi !  » J’ai alors décidé de me rendre à Assise et j’ai parlé à un prêtre de Notre-Dame des Anges de mon désir de devenir franciscain. J’avais 17 ans. Il m’a dit que j’étais sûrement en train de vouloir fuir le monde et qu’il fallait éprouver cet appel en faisant trois choses : scruter les écritures régulièrement, prier et faire des œuvres de charité. Dans deux ans, on verrait !

Je l’ai fait et l’année de terminale, lors d’un voyage de classe à Paris, je me suis posé sérieusement la question de mon engagement : dans le monde ou au couvent ? J’ai tranché et je suis retourné à Assise. Le père supérieur qui m’a reçu m’a demandé où j’en étais de mes études. Comme je suivais un cursus musique-études — je suis organiste — et qu’il me restait un an pour être diplômé, il m’a renvoyé en me disant que l’obtention du diplôme serait la condition nécessaire à mon entrée dans la vie religieuse ! Mais ça n’allait pas être facile !

Et votre belle voix de ténor, vous l’aviez depuis l’enfance ?

Pas du tout ! Je ne chantais pas vraiment ! À l’école de musique, un professeur m’avait persuadé de m’inscrire en chant parce qu’il lui manquait des élèves ! J’ai donc suivi sans grand intérêt cette formation et mes notes ne dépassaient guère 6,5/10 en moyenne. Quand le père abbé m’a dit que sans diplôme je ne rentrerais pas, ça a été pour moi comme un électrochoc. Je me suis mis à travailler comme un fou, le souffle, les vocalises, la technique. Au début ça n’a rien donné. Mais un jour, la voix est comme sortie dehors, d’un coup !

Vous en parlez comme d’une naissance !

La voix, je ne l’avais pas et puis d’un coup elle a surgi (il joint le geste à la parole et pousse une note qui fait trembler les murs de la loge !). C’est un vrai cadeau du Ciel ! Grâce à ça, j’ai obtenu 9,5/10 à l’examen et j’ai pu rejoindre le noviciat. Pendant cinq ans, on m’a demandé de ne pas chanter afin d’éprouver mon humilité et mon obéissance. Je suis devenu ébéniste : je fabrique des lutrins pour la communauté des moines. Toutefois, un frère mélomane m’a confié des enregistrements du répertoire lyrique pour me familiariser avec l’opéra que je connaissais mal. Je suis d’une famille modeste : mon père est agent de la mairie et ma mère, femme au foyer. J’ai une sœur mariée et mon village compte moins de 500 habitants ! Au terme de cette période, mes supérieurs ont vu que ce don vocal pouvait servir toute la communauté et ils m’ont inscrit à l’émission à la recherche du prochain ténor italien…

L’on pense à la troisième tentation du Christ au désert qui touche à la gloire. Le démon dit à Jésus que la gloire des nations lui a été remise et qu’il la donne à qui se prosterne devant lui (Mt 4,9). Cette soudaine notoriété ne vous fait-elle pas peur ?

Je suis d’un naturel timide et mon désir profond est de vivre en méditant, en priant et en travaillant de mes mains. Je me sens un peu comme Moïse qui dit à Dieu qu’il est bègue et qu’il ne peut aller parler à pharaon. Mais Dieu l’envoie quand même ! C’est sa mission et c’est sûrement la mienne !
Quand je chante, je vois que la porte du ciel s’ouvre pour ceux qui sont là parce que la musique est divine. Dieu a créé l’univers avec sa parole, avec des notes ! Les paroles qu’il a prononcées, c’était de la musique ! Ainsi, quand je chante, c’est la présence de Dieu qui se donne… qui repose sur nous et nous change, qui fait que notre âme s’ouvre au divin et s’apaise.

Le Synode qui s’achève à Rome traitait de la nouvelle évangélisation. Vous diriez que votre charisme participe de cet élan de l’église vers ceux qui sont loin ?

Certainement ! Je me laisse porter où Dieu veut et j’éprouve beaucoup de gratitude pour ce qu’Il me fait vivre. Mes frères moines me connaissent. Je suis un peu fou et je n’aime pas beaucoup les studios, la télévision, recommencer les prises de vue. Tout cet aspect technique m’effraie.
Mais tant que c’est ma mission, je la fais avec joie même si j’aspire à retrouver la paix de mon couvent. J’ai 33 ans. Alors j’ai dit au Seigneur : «  à cet âge, toi tu as sauvé le monde ! Et moi, je n’ai encore rien fait !  » Je crois qu’Il m’a répondu en me donnant cette mission !

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Le Figaro : « Le ténor en sandale »

http://www.lefigaro.fr/musique/2012/10/12/03006-20121012ARTFIG00278-frere-alessandro-le-tenor-en-sandales.php

Frère Alessandro : le moine dévoile le clip de "Panis Angelicus"

http://www.chartsinfrance.net/actualite/news-80676.html

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