François et les tradis

par Gérard Leclerc

lundi 18 avril 2016

Oui, il est vrai que notre pape François surprend souvent par ses initiatives et ses déclarations. Il aime provoquer, secouer les consciences avec une vigueur peu commune. Est-ce à dire qu’il se distinguerait de ses prédécesseurs par une sorte de néo-progressisme qui nous changerait du conservatisme d’hier ? Il faut se méfier de ce genre d’appréciations superficielles qui masquent la vraie nature des enjeux de l’Église d’aujourd’hui. D’ailleurs, ceux qui, par exemple, se félicitent de ce pseudo-progressisme se gardent bien de critiquer les ouvertures du Pape à la Fraternité Saint-Pie-X et ne disent mot du possible dénouement d’une crise ouverte depuis le pontificat du bienheureux Paul VI. Ceux qui ont le plus reproché à Benoît XVI son ouverture aux traditionalistes et sa volonté de réconciliation avec la postérité de Mgr Lefebvre sont muets face à la détermination de François à dénouer un conflit auquel on ne trouvait pas de solution, sauf à s’enfoncer de plus en plus dans la perspective d’une rupture sans retour.

Faut-il se rappeler des différentes phases d’un face-à-face Rome-Écône, qui commence dès la période post-conciliaire ? Jean-Paul II avait déjà reçu Mgr Lefebvre sans qu’on entrevoie de solution. Benoît XVI, en levant les excommunications des évêques lefebvristes et en réhabilitant le rite dit tridentin avait opéré des avancées importantes, mais les discussions doctrinales entreprises s’enlisèrent dans une impasse.

Dans ce domaine, François se montre beaucoup plus audacieux que Benoît XVI, qui n’entendait pas procéder à une réintégration de cette mouvance avant que le différend doctrinal ne soit complètement apuré. Il accepte que les doutes émis par Mgr Lefebvre et les siens à propos de certaines orientations de Vatican II soient pris en compte, en dépit de l’importance qu’elles ont de fait dans la vie de l’Église d’aujourd’hui. Le Pape reste, évidemment, attaché à la liberté religieuse, à l’œcuménisme, à la collégialité épiscopale, mais il admet qu’ils fassent difficulté pour certains, qui n’en restent pas moins fidèles aux dogmes centraux du catholicisme, qui forment par ailleurs la substance de Vatican II en continuité avec toute la tradition ecclésiale. Ce n’est nullement par relativisme doctrinal qu’il procède ainsi, mais par discernement prudentiel. Il est inutile de se bloquer sur des questions importantes, mais qui justifient une longue pratique pastorale et des arbitrages doctrinaux pour être paisiblement reçus par tous. Il estime donc que les traditionalistes doivent être accueillis dans la pleine communion de l’Église, avec leurs différences, qu’il serait vain d’abolir dans un avenir proche. Voilà une conséquence inattendue de la miséricorde papale, dont on n’a pas fini de saisir la portée et les conséquences. 

Messages

  • Excellent, Gérard LECLERC

    Germain BERTRAND

  • En gros, les tradis, c’est les divorcés de l’Eglise auxquels on peut faire quand même miséricorde...

    Le pape compte sur la dynamique de la charité pour guérir les psycho-rigidités...

    C’est beau ce Pape qui fait monter des tradis dans son avion pour les ramener à Rome, sans rancune...

    • En référence à l’excellent article de G. Leclerc et juste à propos de pape François, si je puis me le permettre, une petite confidence : la première rencontre avec Mgr Jorge Bergoglio fraîchement élu pape m’aura laissé comme le goût insipide d’une blague peu croyable. Pas près d’oublier le silence de plomb émanant de la foule rassemblée place St.Pierre, rompu par des applaudissements d’abord timides puis prolongés. Plus tard, les mots utilisés par François pour traduire sa pensée me laissaient perplexe, même plus, sur le qui-vive : "mais qu’Est-ce qu’il raconte, là ?"... Sauf qu’aujourd’hui, ces mots...

      Qu’on se moque de moi, peu importe, sur FC je peux le dire : bien des mois après son élection, je lis dans la presse que pour pape François, le plus beau film qui soit c’est "La strada". Comme Saul qui tombe de son cheval aveuglé par une lumière intense, tout à coup il me semble comprendre des choses...

      Le "maestro" par-ci, le "maestro" par-là à cause, d’après les uns et les autres de "La Dolce Vita" ou je ne sais quel autre cru de Federico Fellini. Pour moi, ce qui a fait de Fellini un vrai "maestro" c’est "La strada", Giulietta Masina, Anthony Quinn, Richard Basehart, la moto-maison en perpétuel déplacement...Mais et surtout, la dernière séquence : une nuit, à genoux dans le sable devant les vagues de la mer immense, et sous une lumière venue d’on ne sait d’où, le grand, le fort, l’indomptable Zampano, chialant comme un enfant oublié par ses parents, appellant : "Gelsomina !...".

      Oui, "La strada", la rue, ou la route, les chemins pas toujours droits de la vie, on risque d’y faire, parfois, de drôles de rencontres...

      MERCI.

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