François et les pauvres

par Gérard Leclerc

mardi 21 novembre 2017

Il n’est pas trop tard pour revenir sur cette Journée mondiale des pauvres que le pape François a voulu instaurer et qui a été célébré, pour la première fois, dimanche. De sa part, on n’est pas étonné. Le souci des pauvres est chez lui constant. Il a dominé toute sa vie. On se souvient peut-être que l’archevêque de Buenos Aires n’a cessé de fréquenter les bidonvilles qui entouraient la capitale argentine. Chaque week-end, il se rendait dans un quartier différent. Il aimait participer aux fêtes, aux fiestas qui s’y déroulaient, parce que, disait-il, les pauvres célèbrent le Christ, et non pas eux-mêmes. Cela n’avait rien à voir avec les cocktails des beaux quartiers. C’est vrai qu’en Amérique latine, la culture populaire est foncièrement religieuse. Bergoglio y observait aussi un grand sens de la solidarité, en dépit de la violence qui s’y manifestait : « Vous pouvez être très en colère contre quelqu’un, mais il y a un besoin, et immédiatement la solidarité se fait sentir. Il y a moins d’égotisme. La deuxième chose, c’est la foi que l’on trouve dans ces quartiers, la foi en la Vierge Marie, la foi en les saints, en Jésus. Je suis vraiment frappé de voir combien les bidonvilles sont des quartiers de foi » (cité par Austen Ivereigh dans François le réformateur. De Buenos Aires à Rome, Éditions de l’Emmanuel).

Nul doute que le pape François avait tous ces souvenirs en tête, lorsqu’il a proclamé dimanche, à Saint-Pierre de Rome, que les pauvres sont ceux « qui nous ouvrent le chemin du Ciel, ils sont nos passeports pour la paradis ». En ce sens les pauvres sont nos maîtres : « S’approcher de celui qui est plus pauvre que nous touchera notre vie. » Il est permis de retrouver derrière ce langage, le lecteur de Léon Bloy, peut-être plus connu et lu en Amérique latine que dans sa propre patrie. L’obsession du mendiant ingrat pour la pauvreté ne relève pas d’abord d’un misérabilisme qui confine au nihilisme. C’est une exigence spirituelle, le chrétien y retrouvant le chemin kénotique du Christ, de celui qui s’est dépouillé jusqu’à prendre la condition d’esclave. Mais peut-être plus encore que par l’auteur du Sang du pauvre, le Pape a-t-il été façonné par un peuple de pauvres que l’on côtoie beaucoup moins chez nous. Une religion populaire aussi, pour laquelle le frère Serge Bonnet s’est tant battu chez nous, alors qu’elle était dénigrée. Puisse la Journée mondiale nous faire réapproprier les richesses – même si c’est paradoxal – de la pauvreté !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 21 novembre 2017.

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