François et Luther

par Gérard Leclerc

mercredi 27 janvier 2016

Le Pape se rendra donc en Suède le 31 octobre prochain, où il rencontrera le révérend chilien Martin Junge, secrétaire général de la Fédération luthérienne, à l’occasion des cinq cents ans de la réforme protestante. La Suède est d’évidence un pays à forte majorité luthérienne (en dépit d’une très faible pratique religieuse), dont l’histoire a été profondément marquée par la Réforme. Pourquoi la Suède plutôt que l’Allemagne, patrie de Martin Luther ? L’explication avancée est que Benoît XVI s’est déjà rendu sur les pas de Luther a Erfurt. Il s’agirait de prendre quelque distance avec la célébration en Allemagne, pour que le Pape n’absorbe pas, en quelque sorte, toute la lumière sur lui, en laissant nos frères luthériens présider eux-mêmes l’anniversaire de la Réforme.

Déjà, des critiques s’élèvent du côté traditionaliste contre cette initiative papale, eu égard à la distance qui sépare l’Église catholique du protestantisme aujourd’hui. Mais François n’ignore rien de cette distance, et de ce qui a pu encore la creuser ces dernières années, notamment en Suède. Cela ne justifie pas l’abandon du souci de l’unité, qui n’est pas quelque chose de secondaire dans les objectifs ecclésiaux. Encore faut-il savoir exactement de quoi il s’agit. La rencontre entre chrétiens, sous l’égide de l’œcuménisme, n’obéit pas à des règles formelles d’ordre diplomatique. Elle se justifie par la recherche exigeante de l’héritage authentique, dont nous devrions être solidairement responsables. Le dialogue œcuménique est une sorte de discipline théologique et spirituelle, qui requiert des connaissances très ciblées, d’autant que nos Églises séparées ont connu des développements parallèles durant cinq siècles, dans le cas de la Réforme.

Un théologien catholique, d’autant plus averti de la pensée de Luther qu’il venait lui-même du protestantisme, le père Louis Bouyer, expliquait que l’intuition initiale de Luther n’était pas du tout critiquable en elle-même, puisqu’il s’agissait de retrouver dans toute sa force un Dieu qui nous sauve gratuitement, sans que nous puissions prétendre au Salut qu’il nous apporte. C’est cette intuition qu’il faudrait retrouver dans toute sa force, pour percevoir ensemble les profondeurs de l’Amour dont nous sommes aimés.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 27 janvier 2016.

Pour aller plus loin :

Messages

  • Bien sûr que l’intuition de Luther était intéressante et pouvait être discutée, mais qui a pris initiative de la rupture et a refusé la discussion ? Luther En quittant l’Eglise volontairement, en rompant brutalement en paroles, en écrits et en action, il porte une très lourde responsabilité. Il l’a désincarné C’est la raison pour laquelle des protestants ou des Anglicans ont après réflexion rejoint l’Église catholique, Gertrude von le Fort, Haecker, Chesteron, JUlien Green, Graham Greene, Newman etc.. parce qu’ ils voulaient rester ou revenir en communion avec l’Église fondée par le Christ depuis ses origines et qu’ ils ont aussi porter témoignage. Gertrud von le Fort ne reniait pas la piété de sa mère, mais disait passer "sur l’autre rive" ;
    Et puis la conception de la liberté chez Luther mérite aussi d’être rediscutée. En conclusion aller vers nos frères protestants n’a de sens que si on accepte de voir chacun ses propres failles et non de tout mettre sur le dos des catholiques dans cette rupture, au nom de la simple honnêteté historique, et ensuite, si la charité exige plus et si on a le souci de la relation fraternelle avec toutes les sensibilités des Églises chrétiennes, il y a aussi les diverses sensibilités des catholiques en France ; Il y a là, sauf votre respect, du pain sur la planche. Semaine de l’unité et ceux qui nous jouxtent ? Où avons nous exprimé un souci dans nos journaux officieux ? Nos paroisses ?.

  • A qui la faute ? Qui est celui qui a claqué la porte ? Qui sont ceux qui portent la responsabilité d’une rupture, d’une séparation, d’une cassure ? Se dirige-t-on vers un tribunal ou pour une simple visite ?

    Nous sommes ici dans le contexte d’une dynamique, d’un pas vers l’autre, peut-être comme l’esquisse de retrouver mon frère, etc... Je ne sais pas. L’heure semblerait plutôt aux efforts de "bonne volonté", comme frapper à la porte du voisin avec qui on a eu des problèmes. Pour se retrouver face à face encore faudrait-il d’abord se rencontrer. Les "règlements de comptes" auront toute leur place ensuite, avec pour objectif de planifier la route, écumer les causes de malentendus, se parler "en vérité, revoir ce qui est extirper de part et d’autre qui empêche le dialogue, la compréhension... Il n’y a pas, d’après moi, dans ce contexte, un seul de deux enfants qui aurait fait faux bond, les enfants prodigues ne sont pas seulement de "l’autre côté", ils sont de partout. Mais le Père est patient, ses bras sont ouverts à tous ceux de ses fils qui opteraient pour le retour à la maison.

    Encore faudrait-il faire le pas qui entrainerait tous les autres. Dans la confiance. Et sans compter sur nos seules petites vertus. Mon rôle de baptisé perdu dans la nature est de prier, même avec des mots pauvres, voire ridicules. Le Seigneur, Lui, comprends toutes sortes de langages, et encore plus les balbutiements.

    MERCI.

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