François-Régis Hutin

par Frédéric Aimard

dimanche 17 décembre 2017

François-Régis Hutin, patron du quotidien Ouest-France, s’est éteint le dimanche 10 décembre à 88 ans. Le samedi précédent avait paru son dernier éditorial sur la paix à Jérusalem (!). Le lendemain de sa mort, paraissait une lettre d’adieu qu’il avait préparée à l’intention de ses amis, ses collaborateurs et ses lecteurs. Quel professionnalisme ! Mais c’est d’abord un modèle d’élégance, qui ne surprend pas de la part de celui qui fut un chrétien et un humaniste toujours conscient de ses responsabilités. Nous ne voudrions pas qu’aucun de nos amis puisse manquer sa lecture.

Il a été un grand «  patron de presse  » au sens où il n’y en a pas eu plus d’une demi-douzaine sur les cent cinquante dernières années. Homme de pouvoir et d’influence, mais aussi excellent reporter, éditorialiste au style fluide et aux convictions affirmées. Il était l’héritier d’une tradition démocrate-chrétienne, sociale et européenne, mais avec une liberté d’esprit et un goût du débat qui lui permettaient de comprendre et d’intégrer bien des opinions en apparence contradictoires.

On ne voudrait pas paraître présomptueux en rappelant – parmi des centaines de témoignages souvent émouvants de parfois très hautes personnalités – que notre équipe put s’honorer de son amitié sur la longue durée. Cela était dû à ses relations privilégiées avec notre directeur Robert Masson — ensemble ils avaient passé deux ans au séminaire de la Mission de France à Lisieux au titre des «  vocations tardives  » (ils n’avaient pas vingt ans !) puis avaient tous les deux bifurqué vers le journalisme. De cette amitié jamais démentie étaient nées, entre autres, des actions remarquables en faveur des dissidents soviétiques dans les années 80, avec des voyages en Union soviétique, dont les abonnés de France Catholique eurent la primeur mais ne surent pas tout alors des risques pris et des bienfaits réalisés.

Cette amitié s’est étendue à plusieurs autres de nos collaborateurs, tel Emmanuel Chaunu, dont Robert Masson avait su déceler le talent et à qui François-Régis Hutin donna la chance de publier chaque jour ses dessins de presse dans le plus grand quotidien de France.

Merci, François-Régis Hutin d’avoir réussi votre vie tout en accordant de l’importance à celle de tant d’autres de vos contemporains.

Messages

  • Je confirme, la Bretagne est très émue de cette disparition.

  • Cet article d’hommage me touche et m’amène à réviser mon opinion préconçue sur ce journal que je ne lisais pas et que j’avais classé dans la catégorie “politiquement correct”

  • Désolé mais je ne suis pas du même avis que "Picoche".
    J’ai lu Ouest-France jusqu’à l’âge adulte puis j’ai cessé quand j’ai commencé à y voir clair. J’étais justement déçu par la ligne "politiquement correcte" du journal et les rares fois où il m’arrive encore de l’ouvrir aujourd’hui, je trouve que cela ne fait qu’empirer.
    La lettre d’adieu de M. Hutin résume parfaitement sa mentalité : l’humain, l’humain et l’humain, avec tout de même un peu de vernis chrétien. Cela en est tellement suspect qu’on arrive à se demander si sa ligne éditoriale n’était pas plus inspirée des Lumières (comprenne qui pourra) que de l’Évangile.
    D’ailleurs, le fait qu’un personnage comme E. Macron lui rende hommage est tout à fait symptomatique.
    Si son journal avait été hispanophone, il aurait pu avoir le pape François comme lecteur assidu.
    La lecture de ce journal est à déconseiller fortement aux Catholiques qui veulent le rester.
    Enfin, paix à son âme !

  • L’humain, l’humain, l’humain...
    Eh bien, heureusement qu’il y a (avait) encore des patrons de presse qui se préoccupent de l’humain ! Parce que, dans cet univers carnassier, le fric et le pouvoir (le pouvoir du fric) sont les nerfs moteur d’une information instrumentalisée.
    D’ailleurs, peut-on même parler d’information alors qu’il s’agit le plus souvent de service courtois de la pensée unique, de bruit futile et décérébrant ou bien encore de propagande insidieuse pour des intérêts étrangers aux intérêts des lecteurs (pour ce qu’il en reste...).

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