France-Algérie : une relation singulière

par Gérard Leclerc

mercredi 17 juin 2015

Chaque voyage présidentiel en Algérie nous donne l’occasion d’un examen très particulier, à nous autres Français, car les relations que nous entretenons avec ce pays sont tout à fait spécifiques. Certains voudraient qu’elles soient marquées d’un mode exclusivement pénitentiel, car nous n’en finirions pas d’expier notre arrogance colonialiste à l’égard d’une population que nous avons soumise 140 ans durant. Pour ce passé, pas la moindre indulgence ne serait tolérable. Le simple fait d’évoquer quelques aspects positifs de la présence française est sévèrement réprimé. Et il est vrai que toute une conscience s’est souvent construite sur le ressentiment. Un Franz Fanon a théorisé cela, avec l’appui de Jean-Paul Sartre.

Mais le ressentiment, s’il est en partie justifié, est dangereux et stérile. Par ailleurs, les générations se succèdent et n’ont pas forcément la même perception de l’histoire et la même attitude envers les événements passés et l’héritage acquis. D’ailleurs, les sentiments d’hier étaient plus mêlés qu’on le pense et il est arrivé, à certaines occasions, aux pires adversaires de tomber dans les bras des uns des autres. Tout ceci pour dire qu’entre la France et l’Algérie, les choses ne sont jamais simples et qu’à certains égards la haine peut toujours ressembler à l’amour, pour reprendre l’expression d’un écrivain pied-noir. On croit parfois que c’est la repentance qui arrangera les relations. C’est loin d’être évident. La France a voulu honorer les martyrs de Sétif, à l’occasion du soixante-dixième anniversaire d’une répression qui a fait très mal. Mais c’est l’indifférence qui a accompagné cette démarche. Il vaut mieux, sans vouloir tirer un trait sur le passé, parier sur l’avenir. Et celui-ci réclame une sérieuse coopération, car l’Algérie actuelle est en mauvais état, elle a gâché un certain nombre de ses chances et son système politique est à bout de souffle. Un pays de quarante millions d’habitants avec une jeunesse désœuvrée, considère avec quelque angoisse l’affaissement de son économie. Ce n’est donc pas la rancœur qu’il faut ranimer mais l’espoir avec des projets de développement commun possible.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 17 juin 2015.

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