Traduit par Isabelle

Formes de spiritualité laïque

par Howard Kainz

samedi 16 juillet 2016

Beaucoup de personnes, y compris des catholiques ou des ex catholiques, cherchent la « spiritualité » dans le Bouddhisme, la méditation yogi, les mouvements « new age », le mouvement de conscience cosmique, et d’autres sources du même ordre. Pour moi, un des développements les plus tristes de l’ « exploration spirituelle » s’est manifesté dans une lettre de l’ancien provincial des jésuites du Wisconsin, un bon ami de beaucoup d’entre nous à l’université Marquette, devenu pasteur à l’université de Creighton pendant quatorze ans. Maintenant octogénaire, il a écrit à des collègues jésuites et à des amis qu’il avait décidé de quitter la prêtrise jésuite et toutes les « hiérarchies » pour atteindre « l’unité avec le cosmos ». Il écrivait : « Il est temps pour l’Eglise de tourner son attention vers le fait de sauver la terre au lieu de sauver la face, sauver la planète au lieu de sauver des âmes. »

Le sentiment de la « transcendance » a été commun à l’humanité tout autour du globe depuis des temps immémoriaux, et a donné l’essor à toutes les religions. Mais dans le catholicisme, l’étude de la spiritualité (la théologie ascétique) est très avancée, bien au-delà des expériences religieuses de base, et même des pratiques systématiques de méditation orientale.

La présentation traditionnelle des étapes spirituelles, trouvée dans Jean de la croix, Bonaventure, Bernard de Clairvaux, et d’autres, est souvent donnée en 3 étapes – les étapes « purification, illumination et union » - bien que quelques auteurs comme sainte Thérèse qui parle de sept « demeures », y incorporent des subdivisions.

L’étape purificatrice est caractérisée par la conversion, une ferme résolution d’éviter le péché et tout ce qui conduit au péché, la pratique régulière de la prière, et dans certains cas des consolations sensorielles ou une délectation dans les choses spirituelles.

L’étape d’illumination mène à une prière plus profonde, souvent accompagnée d’épreuves et de tentations et/ou d’expériences occasionnelles de la présence divine, et rarement, de quelques cadeaux spéciaux (visions, rêves, etc..).

Certains auteurs spirituels utilisent l’image d’un sculpteur qui travaille sur un bloc de bois ou de marbre, avec beaucoup d’efforts, et une lente progression, pour créer une statue qui évoque le Christ.

L’étape de l’union apporte une expérience de la présence de Dieu constante et même sensible que Dieu le Père décrit pour Sainte Catherine de Sienne dans son dialogue : « A ceux-là, il est garanti de ne jamais sentir mon absence. Je t’ai dit comment je m’éloigne des autres (en sentiment seulement, pas en grâces) et puis comme je reviens. Je n’agis pas ainsi avec les plus parfaits qui ont atteint la perfection et sont complètement dépourvus de toute impulsion égoïste. » Les âmes, dans cette étape, sont imperméables aux attaques du démon, et ne craignent pas de souffrir ». En lisant ceci, je pense aux paroles de Saint Paul : « Et je vis maintenant, mais ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » et « Avec le Christ, je suis crucifié ».

Lors d’une récente retraite dans un monastère trappiste, j’ai décidé de me rafraîchir la mémoire sur les trois étapes en lisant l’imposant et excellent livre de Ralph Martin, « l’accomplissement de tout désir », qui offre des citations des saints que j’ai déjà mentionnés ainsi que de Thérèse de Lisieux et de François de Sales. En plus d’avoir réalisé que je n’avais pas beaucoup avancé dans mon cheminement spirituel, ma lecture a stimulé en moi deux grands axes de réflexion :

1. Qu’en est-il de mère Térésa ? Aucun sentiment de la présence de Dieu pendant environ cinquante années de sa vie ? Comment explique-t-on ce qui semble être une terrible exception à la « règle » du progrès spirituel ? Peut-être ces différences sont-elles liées à sa personnalité, à son tempérament, sa force intérieure ? peut-être s’agit-il d’un reflet de la terrible obscurité de la foi qui règne dans le monde contemporain ? En tous cas, nous avons l’impression qu’il n’y a pas de formule toute faite pour atteindre la perfection spirituelle.

2. Qu’en est-il des laïcs ? De personnes comme moi, avec leurs tentatives maladroites de prière, des programmes de travail, des problèmes familiaux, des pannes de voitures, d’ordinateurs, de plomberie, des problèmes récurrents de santé, et un environnement fortement séculier pour la plupart. Tout au long des 500 pages du livre, toutes les discussions (excepté celles basées sur St François de Sales) ne s’appliquent qu’aux religieux consacrés.
Existe-t-il un saint laïc récent qui ait approché ce que les docteurs en théologie ascétique appellent le stade de l’union. Je ne peux penser qu’à quelques saintes femmes comme Gemma Galgani (1878 – 1903) qui aient probablement atteint ce stade, mais aucun homme. (Cela peut être dû à mon manque de connaissance hagiographique.)

Mais, pas de problème, Saint Louis de Montfort est du côté des laïcs.
Dans Amis de la Croix, Montfort s’adresse aux laïcs chrétiens courageux : « Vous êtes un groupe de croisés unis pour vous battre contre le monde pas comme ces religieux, hommes et femmes, qui quittent le monde par crainte d’être submergés, mais comme des braves, intrépides guerriers sur le front, qui refusent de reculer ni même d’abandonner quelques centimètres ».

St Thomas d’Aquin ne serait presque sûrement pas d’accord. Dans la Somme, il argumente que ceux qui sont entrés dans des ordres religieux pour le salut de leurs âmes ont fait la chose la plus prudente, en fuyant les tentations et les distractions du monde. Au contraire, l’équivalent que dépeint Montfort à l’état d’union, est simplement la grâce de continuer à se battre pour la vérité et la bonté chrétiennes, et de gérer avec prudence et courage les croix qui nous viennent dans nos vies – même celles que nous nous sommes nous-mêmes infligées.

Mais on saisit mieux la louange exaltée de la croix par Montfort dans le contexte de son plaidoyer permanent pour une consécration totale à Marie comme il l’écrit dans son livre Vraie dévotion à Marie. Montfort critique les auteurs spirituels et les directeurs qui sont influencés (dans l’étape de l’illumination) par la comparaison traditionnelle avec le sculpteur qui détache minutieusement des morceaux du bloc pour créer une image du Christ. Avec une consécration totale à Marie, affirme-t-il, on peut jeter les pics et les burins puisqu’ils sont remplacés par un moule qui progressivement et avec précision recrée l’image du fils divin de Marie.

Les croix sont confectionnées, adaptées par Marie avec une touche maternelle aux capacités de ses clients. Ceci, déclare Montfort, est le chemin le plus rapide et le plus facile pour atteindre la perfection.

Facile et rapide sont de fortes incitations, quoique les termes soient relatifs. Aussi ne devrions-nous pas être trop facilement découragés. Ceux qui suivent ce chemin de perfection spirituelle ne sauront pas à quelle « étape » ils en sont. Mais ils sauront sans aucun doute qu’ils sont entre de bonnes mains.

Source : https://www.thecatholicthing.org/2016/05/18/forms-of-lay-spirituality/

Illustration : Statue de Grignon de Montfort (St-Pierre de Rome).

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