Vie spirituelle

Foi et troubles mentaux

par le Père Max Huot de Longchamp

vendredi 29 janvier 2021

«  Le péché originel a introduit un déséquilibre fondamental dans la relation dont dépendent toutes les autres, la relation filiale à Dieu.  » Adam et Ève, de Michel-Ange, XVIe.

De plus en plus de personnes souffrent de problèmes psychologiques ou psychiatriques. La foi peut-elle leur apporter une aide spirituelle ?

Un Français sur quatre consomme régulièrement des anxiolytiques, antidépresseurs et autres hypnotiques pour améliorer sa santé mentale. Et nos messageries sont encombrées d’invitations à retrouver sérénité et équilibre, à travers des pratiques de méditation profonde, sophrologie et autres stages de développement personnel.

Posons chrétiennement la question : la pratique de l’oraison peut-elle être un remède à certains désordres psychiques ? Peut-elle améliorer un comportement névrotique, voire psychotique, une agressivité incontrôlable ou une angoisse paralysante, par exemple ?

Le déséquilibre du péché originel

Partons du fond des âges : le péché originel a introduit un déséquilibre fondamental dans la relation dont dépendent toutes les autres, la relation filiale à Dieu. En effet, c’est à partir d’elle que se construit notre personnalité à travers notre vie sociale : «  Je fléchis le genou devant le Père, de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom !  », nous dit saint Paul (Eph 3, 14sq). Plus précisément, le texte grec invite à traduire : «  de qui toute vie sociale tire son nom  ». Dès lors, si cette relation première est altérée, toutes les autres le seront, comme l’explique Marie-Dominique Molinié dans Le courage d’avoir peur : «  Un psychotique est un homme qui subit sans défense les contrecoups du désaccord entre son âme et Dieu, et traverse ainsi un purgatoire difficile à déchiffrer pour nous. Un névrotique se protège par des défenses rigides contre les effets du même désaccord…  »

Et c’est ainsi que depuis Adam et Ève, nos personnalités se construisent depuis l’enfance dans un déséquilibre plus ou moins grave, du simple fait qu’elles se construisent en relation à d’autres personnalités déjà déséquilibrées. Si bien que le même auteur ajoute : «  Nous pouvons avoir envie de dire Fiat à la volonté de Dieu (une envie dévorante venant du Saint-Esprit), tout en étant incapables de laisser sortir ce Fiat, parce que notre cœur est ennemi de Dieu malgré nous… Nous ne pouvons pas supporter que la vie divine s’engouffre en nous sans mesure avant d’avoir été purifiés…  » (Idem).

Nos désirs

Et ces «  actes manqués  » qui feront la joie de la psychanalyse, ne peuvent être interprétés correctement qu’à la lumière de cet appel de Dieu, en même temps qu’à celle de ce refus dans lequel le chrétien reconnaît non seulement le péché originel, mais aussi tous ses propres péchés qui en auront été autant de confirmations. Molinié poursuit : «  Nos désirs sont sans limite, ils s’élancent vers Dieu parce qu’ils viennent de Dieu, mais notre chair ne peut pas suivre parce qu’elle est trop lourde – lourde de nos péchés passés, des péchés du monde qui nous entoure et spécialement de ceux dont nous portons l’atavisme. La chair, ce n’est pas seulement ce qu’on appelle les péchés de la chair, c’est quelque chose qui ne sait pas réagir avec confiance aux appels de Dieu  » (Idem).

Inversement, en nous réapprenant à dire «  notre Père  », Jésus nous rétablit dans cette relation, dans la vérité de notre désir. Et c’est à partir de là que pourra se reconstruire harmonieusement toute notre personnalité.

(à suivre)

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